This Is Not A Love Song 2019 – Journée 2 – Partie 2

Artistes : Courtney Barnett – Lizzo – Boy Pablo

Lieu : Paloma, Nîmes

Date : 2019-05-31

La nuit est en train de tomber doucement et Courtney Barnett investit la Flamingo avec un naturel déconcertant. On a l’impression d’avoir affaire à une jeune première qui découvre tout à coup qu’on s’intéresse à elle et à sa musique. Pourtant Courtney Barnett est désormais rodée. En quelques années elle a sillonné le monde, connu un succès qui ne s’est jamais démenti et son émerveillement devant tant d’attention reste intact. Il n’y a pas de fausse modestie chez elle. Elle vit tout simplement l’instant présent. C’est pour cela qu’elle est tout sourire, qu’elle ne donne pas l’impression de ne rien avoir à perdre parce que, de toute façon, elle ne sait pas faire autrement que de rester elle-même. De fait, le concert de Courtney Barnett est fait de simplicité, de bonheur simple et de spontanéité lumineuse. On comprend dès lors pourquoi elle rencontre tant d’éloges. Il n’y a rien d’infondé, rien de fabriqué, rien d’immérité. Courtney Barnett n’est pas là pour jouer un rôle ou être dans une posture de rock star. Elle fait juste vivre sa musique sans se poser de plus amples questions. Et c’est suffisant parce qu’elle est rayonnante sans avoir à se forcer. On peut alors aisément se laisser porter car on est tout de suite en confiance et que tout se vit ici naturellement. Il suffit parfois de pas grand-chose. Et ce pas grand-chose elle l’a en elle et sait le partager avec chacun d’entre nous. Il n’en fallait pas plus pour que sa musique, qui déjà sur disque vaut son pesant de cacahuètes, soit sublimée. Donc oui, on peut la remercier mille fois pour cela, pour ce moment de grâce et de naturel. Surtout, qu’elle ne change rien.

La tête encore un peu dans les étoiles, on va voir Lizzo qui joue dans la Grande Salle. J’avoue ne pas savoir qui elle est et je me dirige sans enthousiasme particulier. On me prévient pourtant : « tu ne connais pas Lizzo ? Elle passe sur toutes les radios ! C’est la diva du moment ! etc… » Il n’y a pas assez de superlatifs qu’on me jette au visage pour que je trouve cela quelque peu soupçonneux. Pourtant, on a bien fait de me prévenir parce qu’il m’était difficile d’imaginer ce que j’allais voir. Il faut dire ce qui est, Lizzo c’est un physique qui ne rentre pas dans la norme.  Elle n’est pas ce qu’on pourrait appeler une taille mannequin. Elle est même tout le contraire. Depuis longtemps complexée par sa corpulence Melissa Viviane Jefferson de son vrai nom a soudain pris conscience qu’elle pouvait en faire une qualité voire une « arme ». Adepte de la positivité corporelle et de l’estime de soi elle joue de son corps comme pour montrer à la face du monde que les différences peuvent aisément s’estomper voire disparaitre si on en a la volonté. En tout état de cause, n’ayant jamais rien vu et écouter d’elle, la voir arriver sur scène affublée d’une tenue qu’on n’oserait à peine mettre dans une salle de remise de sport mais qui, comme une sorte de provocation, met bien en évidence ses formes. Le message est dès lors assez clair. Et dès qu’elle se met à chanter, le public, bien plus au fait que moi sur la notoriété de la dame, savoure son bonheur. Et on les comprend, parce que quelle voix, quelle présence, quelle façon de nous dire « regardez moi bien, j’ai la confiance, je suis heureuse comme je suis ». Et tout le concert a été dans cette ambiance un peu what the fuck mais aussi avec une certaine forme de bienveillance de la part de la chanteuse. Les organisateurs s’estimaient heureux d’avoir pu la faire venir. Coup de bol, ils ont fait le deal avant le gros buzz qui l’entoure. Une chance pour eux, une chance pour nous. Lizzo impressionne et même si on n’aime pas ce qu’elle fait, on ne peut pas nier que c’est un personnage qui défie l’entendement. Et cela fait un bien fou.

On ne peut pas dire qu’on aura eu le même choc avec Boy Pablo. Le bonhomme est tout à fait sympathique. Ses comparses, qui sont d’ailleurs ses amis, le sont tout autant. C’est sautillant, spontané, presque naïf, très adolescent en tout cas. Souvent désigné comme quelqu’un qui est dans le sillage de Mac Demarco, Boy Pablo est là pour le fun, rien que pour le fun. De fait, en mode complètement décontracté, pour prendre du plaisir comme pour en donner, notre Boy Pablo en oublie parfois de chanter juste. Et ça peut-être un peu gênant, voire contrariant. Alors bien sur il compense, ses musiciens compensent également, s’agitent, renvoie du bonheur tout azimut. Cela semble suffisant pour eux, pour quasiment tout le monde en fait. Enfin, ceux qui se trouvent sur le devant. Mais ce chant, bon sang. Trop aléatoire. Et c’est un peu dommage car les morceaux de Boy Pablo sont comme des punchlines pop du plus bel effet. Oui, dommage.  Il arrive qu’on ne puisse pas tout avoir dans la vie.

Lien : https://thisisnotalovesong.fr/

Crédits Photos : https://fabienpondard.fr/

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