Spelterini – Pergélisol / Chorémanie (2019)

Artiste : Spelterini

Album : Pergélisol / Chorémanie

Année : 2019

Label : Kythibong Records

Tracklist : |01 Pergélisol|02 Chorémanie

Note : 9/10

Spelterini n’est pas un groupe fait par des inconnus. Si on est un tant soit peu attentif les noms de Nico Joubo, Meriadeg Orgebin, Arthur de la Grandière et Pierre-Antoine Parois font parti de ceux qui ont croisé notre route à un moment donné. Si ces noms ne vous disent rien, sans doute que ceux de Chausse Trappe, Papier Tigre ou La Colonie de Vacances auront plus d’échos à vos oreilles. Par avance, on sait que le quatuor n’officiera pas dans une musique prompte à adoucir les mœurs. Et rien que le choix du nom donne une indication très nette de l’orientation du groupe. Maria Spelterini était une funambule qui s’est fait connaître autour du dernier quart du XIXème siècle en étant la seule femme à avoir franchi le Niagara sur une corde raide.  Exploit qu’elle a réalisé à deux reprises et qui n’a jamais été égalé à ce jour par aucune autre femme. Ainsi, Spelterini, le groupe, s’en est inspiré pour créer une musique à l’équilibre précaire, à la prise de risque totale, sans filets, sans filtres, sans issue de secours. Ça passe ou ça casse. Pour autant, les membres de Spelterini, nous l’avons vu, ne sont pas les premiers venus. Ici avec un album composé de deux morceaux de tous les dangers, ils nous mettent volontairement dans une certaine forme d’inconfort. Abrasifs et percutants, ils optent pour la tension permanente, la sortie de route nous emmenant dans un voyage qui n’a pas de destination mais qui se vit comme une montée sauvage d’adrénaline. C’est comme si le groupe faisait jouer son instinct de survie. Employant des rythmes brutaux, des distorsions noises et des drones inquiétants, le groupe peut laisser penser qu’il est dans la simple performance. En un sens c’en est une mais cela va bien au-delà. Si le groupe cite comme influence This Heat, Swans et Eliane Radigue, on assiste surtout ici à l’exaltation d’une musique libre et débridée qui s’affranchit des luttes d’arrières garde et qui ne se pose aucune question. En clair, Spelterini n’aime pas les routes trop bien bitumées. Ils ne les empruntent jamais, les évitent soigneusement et préfèrent couper à travers champs, fonçant comme des fous furieux. Cependant, nous sommes loin d’entendre un magma sonore fait de n’importe quoi. Le cheminement de ce disque reste pensé, réfléchit même s’il répond bien souvent à l’instinctif. Il n’en demeure pas moins que Pergélisol /Chorémanie (on vous renvoie à ce que veulent dire ces deux termes et vous verrez que là aussi c’est très parlant quant à la musique qu’ils font) vous déboîte la mâchoire au point que la convalescence en devient plus longue que prévue. Soit dit en passant, qui a besoin de vraiment guérir d’une telle jouissance musicale ?

Lien : https://www.facebook.com/Spelterini/

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