Shylock – Île de fièvre (1978, réédition 2019)

Artiste : Shylock

Album : Île de fièvre

Année de sortie : 1978, réédition 2019

Label : Replica Records

Tracklist : |01 Île de fièvre|02 Le sang des capucines|03 Choral|04 Himogene|05 Lierre d’aujourd’hui|06 Laocksetal

Note : 8

Je me souviens. Oui, je me souviens de ce genre de discours qui tenait à un principe assez simple. Ce genre de misérabilisme nimbé de mépris qui faisait dire à beaucoup qu’il ne s’est pratiquement rien passé d’intéressant musicalement parlant en France dans les années 60, 70, 80. Mais de quoi parle t-on exactement ? Des artistes, des groupes dont on nous a rabâché l’existence depuis des lustres sans chercher à savoir s’il n’y avait pas autre chose, des musiques de l’ailleurs, des artistes qui auraient été oublié par les « sachants ». Peu à peu on semble les redécouvrir au gré d’initiatives d’exhumation. On commence à voir des publications sur le rock dit underground en France, des remises en avant le travail d’une certaine presse comme ATEM ou de labels disparus, de rééditions de disques qu’on croyait introuvables où dont on ignorait jusqu’ici l’existence. Le label Replica fait cet effort et nous avons déjà croisé leur chemin avec les rééditions des disques de Komintern et Speed Limit. Ici, on redécouvre Shylock, groupe qui, pendant la seconde moitié des 70’s, fit un passage éclair dans la nébuleuse prog francophone. Ce trio (à l’origine. Ils seront rejoints par la suite par Serge Summa) composé de Frédéric l’Epée, Didier Lustig et André Fisichella sera d’ailleurs un des seuls à avoir été signé à l’époque par une major. Auteurs d’un premier album autoproduit (Gialorgues – 1975), il sera réédité en 1977 par CBS lorsque le groupe signera avec eux.

Île de fièvre est leur second disque mais aussi leur dernier. Fait sous la pression du label n’a sans doute pas la même teneur que son prédécesseur mais il n’en est pas moins intéressant. Dans le style rock progressif, Shylock montre de réelles qualités de compositions mais aussi d’improvisations. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Shylock reste quelque peu en dehors des poncifs du rock progressif. Il n’y a pas de lourdeur chez eux, pas de longueurs inutiles ou de remplissage sans imagination. Pourtant ce disque est fait sous tension. Des tensions, on l’a vu, qui venait du label qui pressait le groupe de sortir un disque rapidement, mais aussi des tensions, au sein même du groupe, liées à des « querelles esthétiques » selon les dires de Frédéric L’Epée. Selon le même, la volonté d’intégrer des séquences improvisées (chose qu’ils faisant régulièrement en live) dans le disque aurait nuit à l’homogénéité de l’ensemble. Possible. Pour autant cela ne semble pas aussi évident aujourd’hui. Certes cela peut partir dans pas mal de sens différent avec des tendances à la King Crimson. En tout cas, il y a ici une vraie prise de risques, de celles qui peuvent montrer des imperfections mais aussi une réelle inventivité qui ne se dément pas tout au long du disque. Contrairement à ce que l’on pourrait penser il n’y a pas de réel temps mort et le groupe semble vouloir les éviter à tout prix. Le manque d’homogénéité est un faux problème. C’est probablement ce qui donne au disque toute sa force et ce même encore aujourd’hui où Île de fièvre est toujours considéré comme l’un des grands disques de prog français. Autant vous dire que le statut (mérité) de ce disque a fait que la présente réédition s’est très vite écoulée. Reste pour les retardataires une version téléchargeable…

Lien : https://replicarecords57.bandcamp.com/



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