Sabo – e-mail

Artiste : Sabo
Date : 2007-04-21
Lieu : e-mail

Sabo c’est un peu comme l’histoire d’une résurrection. Armand Gonzales et Virginie Peitavi ont formé il y a quelques années de cela un groupe en qui beaucoup croyaient : Sloy. Remi Saboul, de son côté, faisait partie de Drive Blind, formation non moins négligeable. Sloy et Drive Blind disparus, il aura fallu pas mal de temps avant que les trois amis refassent surface avec un nouveau projet : Sabo. A l’occasion de la sortie de leur premier album (8 Saison A L’OmbreRuminance), Armand et Rémi nous racontent leur parcours.

Liability : Bonjour. Sabo est la rencontre entre deux anciens membres de Sloy et d’un ex-Drive Blind. Comment s’est faite cette association ?

Armand : Nous jouions souvent ensemble Sloy et Drive Blind et étions
tous deux du sud. Nous sommes restés en contact car nous habitons à côté
et partageons surtout le même goût de la musique, des disques .
Nous nous sommes vite aperçus que même si nous jouions du rock , nous
avions beaucoup de disques de soul, de jazz, de funk, beaucoup de
musique de blacks alors que jouions de la musique de blancs. Tout
doucement, nous avons commencé par partager des idées de morceaux autour
de thèmes, d’accords de guitare, d’ambiance à consonance mineure avec
une grande attirance pour les musiques de films

Rémi : On se connaît depuis plus de 10 ans car on jouait souvent
ensemble à l’époque. L’album "Plug" de Sloy a été une grosse claque pour
moi et quand on s’est retrouvés il y a bientôt 4 ans Armand m’a donné
une démo de quelques titres de la première mouture de Sabo en duo, ça
m’a vraiment plu car c’était très surprenant de les entendre à nouveau,
mais dans un registre différent… Je leur ai proposé de faire quelques
parties de guitare sur des morceaux, et depuis, on a pas arrêté de
bosser ensemble !

Liability : Que s’est-il passé pour vous entre la fin de Sloy, de Drive Blind et
aujourd’hui ?

Armand : Sloy s’est arrêté en 2000, Armand a fait une tournée et un
disque avec Miossec en tant que guitariste , il lui a composé quelques
titres. ensuite nous avons pris le temps de vivre , sommes redescendus
vivre dans le sud , fait un enfant et oublier un peu la pression , les
tournées, les disques etc.

Rémi : après l’arrêt de Drive Blind en 1996, j’ai assez rapidement
intégré le live de "Rinôçérôse" avec qui j’ai collaboré sur scène et en
studio pendant presque 10 ans. En parallèle j’ai aussi eu deux enfants
et ai pris le temps de profiter d’eux au maximum…

Liability : Vous sortez votre premier album, 8 Saisons A L’Ombre, sur le label nantais Ruminance. Pourquoi ce choix ?

Armand : Fred, le boss de Ruminance, nous a contactés par myspace et nous
a proposé de sortir un disque sur son label. Nous nous sommes parlés au
téléphone et son discours nous a de suite emballé. Nous ne voulions pas
sortir un disque de Sabo avec des gens pas concernés par notre univers .
Fred a immédiatement pigé notre musique et cela nous a mis en confiance pour
aller vers lui. Maintenant, être sur Ruminance, c’est un peu ovni vu
leur catalogue. Mais encore une fois, Fred est comme nous, il veut
autre chose pour son label , comme nous qui avons envie de jouer une
autre musique.

Rémi : Comme te l’a dit Armand, ca a d’abord été une rencontre
"virtuelle" avec le label, au travers de myspace… Du coup, l’idée de
travailler avec Ruminance pour "8 saisons à l’ombre" était un défi très
motivant pour nous car à la fois nous nous sentons très proches de la
démarche et de l’univers de beaucoup de groupes du label mais en même
temps, Sabo ne ressemble pas vraiment aux groupes Ruminance… En tout cas
je crois que ça nous a permis de tenter des choses sur certains morceaux
qu’on aurait peut-être pas osé sur un label plus conventionnel , plus "chansons"…

Liability : Comment qualifieriez-vous ce premier opus ?

Armand : Une réussite… Un album surprenant en terme de compos, de construction et de sons. Nous n’avons pas de batterie dans Sabo et cela nous a poussés à composer autrement . Je qualifierais notre musique de low-fi folk à consonance mineure et
chanté en français

Rémi : Le fil conducteur de l’album c’est l’envie que nous avons tous
les trois de mélanger sur ces morceaux acoustiques (instrumentaux ou non) des univers musicaux qui nous plaisent et qui n’ont pas forcément
grand-chose en commun… Et aussi, nous avions vraiment envie de livrer
des morceaux personnels, presque intimes, on s’est tous les trois
poussés dans nos retranchements pour jouer une musique qui nous
ressemble le plus possible..

Liability : Comment s’est passé l’enregistrement ? Cela s’est-il révélé plus difficile que vous ne le pensiez ?

Armand : J’ai mon propre studio d’enregistrement et tout à été fait à la maison. Cela s’est étalé sur plusieurs mois, en fonction de nos emplois du temps et tout s’est fait sans difficulté car il n’y avait aucune pression, nous prenions notre temps pour trouver les bons sons et surtout
enregistrer sans stress.

Rémi : On n’avait pas envie d’enregistrer dans le stress comme on a pu le faire dans le passé, dans nos premiers groupes. L’enregistrement s’est presque étalé sur un an, et le groupe a aussi mûri tout le long de ce travail… Il n’y a pas eu de difficulté car nous avons tous les trois
la même vision de ce projet et par conséquent, à aucun moment on ne
s’est collé de pression inutile. Armand a beaucoup plus bossé que nous
sur le projet puisque en plus du travail des morceaux et des textes il
a enregistré, produit et mixé l’album…

Liability : A quoi correspondent ces huit saisons ?

Armand : Au deux ans de vie du groupe, à travailler, à peaufiner notre style.

Rémi : C’est le temps qu’il nous a fallu pour accoucher de ces
morceaux !! On a un rythme tranquille dans le sud !

Liability : Armand et Virginie vous avez déjà travaillé, par le passé, avec Steve Albini. Vous auriez aimé collaborer à nouveau avec lui ?

Armand : Pourquoi pas; mais je pense, pas sur la musique de Sabo. Albini est un génie dans un style de son, mais il existe aussi des génies dans
les sons et l’approche musicale que nous recherchons avec Sabo.

Liability : Sabo est une formule à trois. Est-ce celle qui se révèle la plus efficace à vos yeux ?

Armand : Non, cela correspond à notre rencontre… les rencontres font la musique… avec la musique de Sabo tout est ouvert…

Rémi : La force de la formule a trois c’est qu’il y a une certaine
fragilité! C’est un bon défi, en plus Sabo est quasiment acoustique, du coup, c’est presque sans artifices et cela t’oblige donc à te creuser pour que la formule fonctionne !

Liability : De qui vous sentez-vous le plus proche aujourd’hui, musicalement parlant ?

Armand : D’artistes comme Tom Waits pour son côté surprenant, atypique et sans compromis. En France ce que fait Herman Düne est particulièrement cool .Il y aussi Air.

Rémi : Les groupes qui m’intéressent sont capables de se remettre en question et de surprendre les gens même après une longue carrière genre Mercury Rev, Motorpsycho, Tom Wits évidemment, Marc Ribot, Sonic Youth, Tortoise, Flaming Lips, ici en France Calc, Phoenix, Microfilm, etc.

Liability : Qu’est-ce qui vous influence aujourd’hui ?

Rémi : On est des fans de musique, au sens large… On achète du vinyl, du cd, des nouveautés, des trucs vintages. Mais la musique de Sabo n’est pas directement influencée par un artiste ou une scène. On essaye d’être influencés par notre propre vie et nos différentes expériences et de mettre ça en musique… Ce n’est pas toujours facile mais en tout cas passionnant.

Liability : Sloy et Drive Blind avaient une bonne réputation sur scène. Sabo est-il prêt à être à la hauteur ?

Armand : L’approche de la scène est complètement différente de Sloy ou Drive Blind, nous faisions du rock ; la musique et l’énergie de Sabo est une autre part de cette comparaison . Dans Sabo il n’y a pas de batterie, c’est lounge, posé et basé sur les ambiances et l’émotion.

Rémi : L’avantage avec Sabo c’est que personne ne pourra comparer avec nos groupes précédents car ça n’a vraiment pas grand-chose à voir ! Mais on est tous les trois convaincus qu’on peut faire un concert intense, sans pour autant mettre des amplis Marshall à 10 !!

Liability : Comparativement à vos expériences passées, est-il plus facile d’exister artistiquement aujourd’hui qu’hier ?

Armand : C’est plus facile artistiquement d’exister aujourd’hui parce que les chapelles de genres sont complètements tombées et que l’on est prêt à accepter toutes les formes de mélanges à partir du moment où c’est bien fait.

Rémi : Je pense que c’est plus facile aujourd’hui d’un point de vue
matériel et technique… Aujourd’hui n’importe qui enregistre un CD en deux jours ! Mais ce n’est pas forcément le gage d’une qualité artistique meilleure.

Liability : Denis Olivennes, dirigeant de la Fnac, a sorti récemment un livre sur le piratage (La gratuité, c’est le vol : quand le piratage tue la culture – Grasset & Fasquelle – 2007). Ca vous inspire quoi sa prise de position, vous qui êtes aussi des acteurs de la création culturelle ?

Armand : Le piratage tue les maisons de disques et par conséquent la FNAC
mais pas les artistes. Ces gens-là veulent nous faire croire que sans maisons de disques, l’artiste n’est rien et que la culture va mourir… Il a oublié de noter que ces 5 dernières années l’affluence aux concerts a considérablement augmenté. Ces gens-là ne touchent rien sur les concerts !!!

Rémi : Avec le recul je pense que la grande majorité des maisons de disque et des acteurs culturels (on en fait partie) ont loupé le rendez-vous avec le numérique ! On a commencé par le "tout gratuit" avec le téléchargement "pirate" et après seulement, les maisons de disques et les artistes se sont réveillés et ont proposé leurs solutions payantes de téléchargement… Dur de faire machine arrière avec les kids qui ne savent pas ce qu’acheter un disque veut dire !! Le boom des prix du disque au moment de la démocratisation du cd a fait beaucoup de mal à mon avis…

Liability : Votre album va bientôt sortir. Y aura-t-il une tournée qui l’accompagnera ?

Armand : Oui, une tournée nationale à la rentrée 2007.

Liability : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Armand : De continuer le plus longtemps possible à prendre du plaisir à écrire et à jouer notre musique.

Merci à Julien de 5 Roses

Lien : http://www.ruminance.com

Par Fabien

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