Méry, Thomas – Paris 18

Artiste : Méry, Thomas
Date : 2006-06-07
Lieu : Paris 18

Quelques jours à peine après la sortie de A Ship, like a ghost, like a cell, Thomas Méry répond à nos questions.

Liability : Certains disent que Purr
se termine après le 45 tours et le premier album.
Peut-on dire finalement que le disque Open Transport est le début d’autres aventures ?

Thomas Méry : Alors qui dit ça déjà ? (rires) En fait, je crois qu’il y a beaucoup de gens qui ont beaucoup aimé le premier album. Et après, un certain nombre de gens n’ont pas compris où on voulait aller avec le deuxième. C’est sûrement dû au fait qu’on n’a pas réussi à formellement présenter les choses correctement pour que ce soit compris.
Personnellement, je suis plus convaincu par ce qui s’est passé sur le deuxième album que sur le premier, parce que ça fait partie d’une évolution effectivement, et que des choses se sont posées à ce moment-là. Peut-être moins pour Jérôme qui fait partie de Berg Sans Nipple maintenant, que pour moi, mais il est clair qu’à l’époque j’ai commencé des choses que j’ai un peu poursuivies par la suite dans l’électronique expérimentale, que sur A Ship… je suis revenu à des chansons, mais ça fait partie de l’évolution aussi. J’y ai posé pas mal de choses, le français sur Open Transport par exemple, qui ont ou qui vont faire partie de ce que j’ai fait, de ce que je fais ou de ce que je vais faire. Et Open Transport pour moi, si on le réécoute dans cette optique-là, il y a vraiment des choses qui ont été posées pour le futur.

Liability : Des albums rock aux expérimentations sonores et visuelles, A Ship… est-il un aboutissement de ce qui a été commencé il y a un moment, un mélange de tout ça ?

Thomas Méry : Il y a eu un début de mélange avec un 4 titres qui s’appelle Hallonsaft, où l’expérimental est plus présent que sur A Ship…. Sur A Ship…, c’est aussi moi qui refais des chansons, qui réapprends la guitare autrement en allant vers l’acoustique, enfin essayer de développer un jeu qui m’intéressait. Mais ce n’est certainement pas un aboutissement.
A un moment donné, je me suis dit que j’allais refaire de la musique plus accessible parce que ça me correspondait à ce moment là, et qu’on m’avait dit que ce serait bien que je fasse ça. Il y avait des gens qui croyaient à ce que je pouvais faire là-dedans.
Et la suite, c’est encore de l’expérimental, mais mélangé avec des choses que j’ai faites sur A Ship…, c’est du français probablement qui va repartir sur les bases que j’ai posées sur Open Transport il y a longtemps maintenant, de l’acoustique encore. Enfin, il y a tout ce mélange, et c’est vraiment pour moi une question de rythme de production, parce que suis assez lent, enfin en tous cas je l’ai été, je n’ai pas produit beaucoup de choses, et si j’arrive à faire plus de musique -comme j’aimerais bien en faire plus-, je pense que tout ça va se mélanger et encore avancer.

Liability : Tu travailles mieux seul? A un moment, tu as dit que tu te diluais un peu en groupe?

Thomas Méry : Pour l’instant oui. Au moment d’Open Transport, j’avais l’impression de me diluer. Mais je prenais les choses du mauvais côté. J’étais dans une période où je voulais absolument développer des idées qui m’étaient propres, assez personnelles. Et dans ce sens-là, le groupe était un peu un frein, alors que j’aurais dû pouvoir prendre le groupe comme un groupe et faire une musique ensemble. Enfin c’était le cas, mais le résultat d’Open Transport était aussi le frein que Stéphane (le bassiste) ou moi pouvions mettre. On avait des idées ensemble, et au lieu de faire un disque de groupe, on a voulu forcer des choses.

Et si on refaisait un groupe aujourd’hui, ce serait vraiment pour faire de la musique avec des gens. Mais pour l’instant, je n’en suis pas là. J’ai plein de trucs dans la tête. Et je peux demander à des gens de m’aider pour le faire bien sûr, et qu’ils me fassent découvrir des choses que je n’avais pas forcément vues en moi.

Liability : As-tu tout fait seul sur cet album ?

Thomas Méry : J’ai presque tout fait tout seul. J’ai été aidé au niveau du son, pour enregistrer. Mais j’ai enregistré les enregistrements seul par exemple.
Il y a Marielle Martin, de Playdoh, qui est venue chanter un petit peu. Mais finalement, sur tout ce qu’on a fait, on en a gardé peu.

Il y a une guitare d’un ami à moi qui s’appelle Guillaume Eluère, qui a joué sur un morceau.

Je crois que le processus de cet album a fait que j’avais des choses en cours, je les ai réalisées.
J’ai essayé de jouer un peu avec Jérôme, de Berg Sans Nipple, mais finalement, les dates, les disponibilités faisaient que…
Je pense que pour la suite, si j’ai envie d’intégrer des gens, je m’y prendrai plus tôt.

Liability : Vous referez des concerts avec Purr comme à la Maroquinerie ?

Thomas Méry : Probablement pas. Si on refait des choses tous les trois, c’est qu’on aura un mois de libre, qu’on se réunit…

Liability : Dans cet album, il y a quelques extraits sonores de films, tu as fait de la musique pour certains projets… As-tu un rapport particulièrement important avec le cinéma ou les vidéos? Y a-t-il un parallèle entre les images et la musique?

Thomas Méry : Je travaille avec des vidéastes, Marie Daubert et Benoît Toulemonde. On a une sorte de collectif, une plateforme de production qui s’appelle Shif-t. J’ai fait de la musique pour les vidéos de Marie, je fais des images aussi quand j’ai le temps. Ca m’intéresse pas mal.

C’est assez important. Ca date d’il y a longtemps, mais c’est vrai que j’ai un rapport assez cinématographique… Je ne sais pas trop comment dire ça. Les images sont très importantes, le cinéma moins aujourd’hui qu’avant pour moi. Par contre, je me retrouve bien dans les images ou la matière des images de Marie ou de Benoît, parce qu’ils ont une sensibilité sur l’image à peu près la même que la mienne sur la musique, et notamment au niveau émotionnel et expérimental aussi dans le sens où ils essaient des choses. Mais on n’est pas dans l’expérimental concept. Enfin, il y a du concept, mais beaucoup de ressenti aussi. C’est abstrait, des concepts sous-tendent ça, mais on n’est pas dans l’art contemporain conceptuel à fond. Des gens qui sont autour de Marie disent de nous trois qu’on est le club de l’émotionnel. On est plutôt dans le sensible.

Liability : Tu continues tes projets visuels (Smoke) ?

Thomas Méry : J’aimerais bien, mais je n’ai pas trop le temps. Mais j’ai des images, j’ai des choses. Je participerai sans doute à un projet de Marie et de Benoît, enfin, ces deux-là pour l’instant, plus comme une personne extérieure qui regarde…

Liability : Shif-t est une structure qui est amenée à s’agrandir ou c’est une structure pour vos travaux ?

Thomas Méry : C’est un gros débat. Pour l’instant, c’est une micro structure. J’aimerais bien qu’on arrive à poser des bases. Ce disque-là, par exemple, est sorti sur le label Dora Dorovitch et sur Shif-t. Shif-t a fait beaucoup de choses, qu’il sorte dans le commerce c’est pour nous l’apprentissage d’une production. Je pense que Shif-t va rester sur nous trois pour l’instant, parce qu’on a le souci de poser des choses, de les développer. Mais il est possible, et ce sera sûrement le cas, que dans 6 mois ou dans un an, on sorte une compilation de vidéos de gens qui sont proches de nous artistiquement. Enfin, on ne s’est pas dit qu’on ferait un label vidéo ou musique pour sortir le travail d’autres gens. On essaie de développer notre travail pour l’instant, et de solidifier les choses, de voir comment ça marche.
J’ai l’expérience de travailler avec des gens à qui tu proposes des projets qui te disent qu’ils ont envie de travailler avec toi, et c’est une grosse responsabilité. Je le vois bien en tant qu’artiste : j’attendais beaucoup des gens avec qui je travaillais et pour eux, malgré une bonne volonté évidente, ce n’est jamais assez, ça ne va jamais dans le bon sens. En tant que label, par rapport à l’artiste, tu es hyper responsable, et il faut être conscient de ce que tu proposes. Et en plus, il faut du temps. On est des artistes tous les trois (Benoît est celui qui aurait le plus le rôle de producteur), et on a d’abord des choses à faire pour nous ; et comme on bosse tous les trois aussi à côté parce que malheureusement on ne vit pas de ce qu’on produit…

Liability : Ton travail de production ou de regard extérieur pour Loisirs, Playdoh, Téléfax ça continue ?

Thomas Méry : Ca ne continue pas dans les faits. Certaines personnes m’ont demandé de mixer ou d’être ce regard extérieur. En soi, ça m’intéresse pas mal, mais c’est encore une question de temps. Mais oui, pourquoi pas ? J’ai tellement de trucs en cours que ce n’est pas une chose que je développe activement.

Liability : Au Pop In, tu étais seul à la guitare sur scène. En concert, ce sera toujours cette configuration-là, ou peut-on envisager un piano, d’autres musiciens ?

Thomas Méry : Pour l’instant, c’est moi à la guitare et avec les machines. Ca permet de faire des concerts et de jouer des chansons dans n’importes quelles conditions. Ca va rester comme ça pour cet album.
Par contre, va rentrer sur scène l’ordinateur et les méthodes que je pouvais utiliser quand je faisais des concerts où j’improvisais totalement la musique qu’on va appeler électro-acoustique. Par rapport aux chansons du disque, il y a ce qui a été produit comme arrangements qui peuvent être inclus avec un ordinateur sur scène, mais surtout l’ordinateur, et le moyen de faire des boucles, de traiter le son sur scène, le moyen de déconstruire les morceaux, et d’improviser aussi par rapport aux morceaux. Ca va être mis en place cet été, et ce sera pour les concerts de la rentrée.

Liability : Des festivals cet été ?

Thomas Méry : Pas que je sache. J’aimerais bien. Mais, on a décidé de sortir le disque en janvier/ février. On l’a fait. On a voulu que ça sorte avant l’été, et c’était un peu difficile de le promouvoir pour aller faire des festivals. J’espère vraiment que les choses vont se déclarer à la rentrée, et l’année prochaine.

Liability : Quelles sont tes influences ? Les choses qui ont compté pour toi ?

Thomas Méry : Tu as du temps ?
C’est très vaste. Je ne sais plus trop comment répondre à cette question en fait.
C’est passé par tellement de choses.
Des trucs qui ont compté pour moi : j’ai découvert la musique avec Nirvana. Je suis un enfant de Nevermind. Et après, Sonic Youth. Puis, ca s’est beaucoup diversifié. Ca peut aller de la bossa brésilienne à l’électronique minimaliste, ou des trucs beaucoup plus denses comme Fennesz, jusqu’à quelques albums de Kate Bush. J’aime beaucoup les filles en général. Je suis assez touché par Cat Power par exemple.
Récemment, il y a un groupe qui m’a vraiment impressionné, c’est The Books, ça m’a vraiment marqué. Grand grand fan de Nick Drake évidemment. C’est par période en fait.
Peu de chanson française, mais j’en écoute aussi : Julien Clerc des années soixante-dix, Dominique A. J’aime beaucoup certaines chansons d’Arman Méliès en ce moment. Ce ne sont pas vraiment des influences. J’écoute Fugazi de temps en temps. En ce moment c’est un peu plus calme, je suis plus fatigué par le rock’n roll. J’ai réécouté le premier album de Blonde Redhead, parce que ça m’a marqué énormément. Et j’oublie plein de trucs évidemment.

Liability : A l’avenir, des collaborations prévues ?

Thomas Méry : J’ai l’impression d’avoir été endormi. J’ai fait des choses pendant quatre ou cinq ans. Et le fait de sortir un album, un vrai, ça change, c’est un peu comme si tu revenais à la lumière du jour. Tu rencontres plus de gens. Je suis en contact avec plein de gens, et quand je rencontre quelqu’un de nouveau, je me dis qu’on va faire un truc ensemble, et puis je rencontre quelqu’un d’autre, et puis… Je crois que ça va dépendre de la façon dont mes relations avec les gens vont évoluer par la suite. Et j’espère réussir à synthétiser ces rencontres-là. Je suis sur Myspace, comme à peu près la terre entière, et je me rends compte de toute la bonne musique qu’il y a. Et après, avec les concerts, je verrai les gens avec qui il y a plus d’affinités. Mais aujourd’hui, je ne sais pas, c’est trop dur.

Liability : Je n’ai pas d’autres questions. Merci Thomas

Thomas Méry : D’accord, merci.

Lien : http://www.shif-t.net
http://www.doradorovitch.com

Par Noémie

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