Kvelertak – Splid (2020)

Artiste : Kvelertak

Album : Splid

Année : 2020

Label : Wørld Recørds, Petroleum Records

Tracklist : |01 Rogaland|02 Crack of Doom|03 Necrosoft|04 Discord|05 Bråtebrann|06 Uglas Hegemoni|07 Fanden Ta Dette Hull!|08 Tevling|09 Stevnemøte Med Satan|10 Delirium Tremens|11 Ved bredden Av Nihil

Note : 8,5

Avec Splid, le sextet de black’n’roll norvégien se savait attendu au tournant. Après le départ de Erlend Hjelvik, leur charismatique chanteur au masque de chouette en 2018, les fans pouvaient avoir des craintes quant à l’avenir du groupe. Ceux qui, comme moi, ont eu la chance de les voir au Hellfest l’année dernière ont dû être rassurés. Le concert n’était pas commencé depuis 10 minutes que son remplaçant Ivar Nikolaisen avait déjà sauté dans le public. Et malgré une playlist sans surprise ni nouveauté, le groupe
enchaînant ses tubes tels que Bruane Brenn, Berserkr, Evig Vandar ou 1985, et en dépit de quelques problèmes techniques, leur set reste selon moi l’une des plus grosses claques de l’édition 2019. Arte l’a proposé en replay pendant des mois, il reste visible sur YouTube.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul changement de line-up puisque le groupe a confirmé le remplacement de son batteur Kjetil Gjermundrød par Håvard Takle Ohr depuis l’enregistrement de l’album en août 2019. Il semblerait que le casting ait été aussi exigeant que pour remplacer Erlend, puisqu’il se révèle tout aussi efficient, endurant et éclectique que le démissionnaire.

Ivar n’est pas un inconnu puisqu’il avait déjà été invité à participer au morceau Blodtørst sur le premier album du groupe. Critère indispensable afin de ne pas déstabiliser la fan base, sa voix reste assez proche de son prédécesseur, en légèrement plus aigüe. Il s’en distingue par contre dans son utilisation beaucoup plus fréquente du chant non hurlé, sa
voix “claire” rajoutant au côté iconoclaste de la formation. En effet, depuis ses débuts, le groupe ne souffre aucune limite de style et explore sans vergogne toutes les nuances de musiques extrêmes, les structures parfois alambiquées des compositions lui permettant de changer d’ambiance au gré de ses humeurs. Et si le black metal ne reste jamais très loin, se rappelant régulièrement à notre bon souvenir à l’occasion de breaks binaires violemment épileptiques, Splid alterne riffs punk rock californien (étrangement chaleureux pour des norvégiens…), arrangements new-wave, réminiscences garage et mélodies pop autour d’un inébranlable socle heavy metal aux estimables références early 80’s.

Et pourtant jamais le groupe ne se perd en digressions, et c’est cet éclectisme qui, paradoxalement, lui donne une homogénéité et une personnalité originale, renforcé par quelques constantes comme l’usage régulier de la guitare folk par exemple, souvent sousmixée, qui vient appui dans les bas médiums, ou les refrains chantés à l’unisson en voix claire par les guitaristes.

Splid se veut donc encore plus audacieux. Il débute par Rogaland et son intro guitare saturée/reverb à la My Bloody Valentine. Rapidement Ivar met les points sur les “i”, il n’est pas question ici de s’égarer dans les brumes d’un shoegaze planant, même si le refrain à l’unisson rappelle le côté pop. Que les fans de la première heure se rassoient, le groupe ne s’est pas assagi avec le départ d’Erlend, comme le prouve l’imparable stoner Crack Of Doom et son invité de marque, Troy Sanders de Mastodon.

On se rapproche du black avec le plus classique mais efficace Necrosoft. Discord est plus emblématique de la formation de par sa construction : riff punk, voix limite screamo, arrangements mélodiques de guitares élaborés, solos à la guitar hero. Nouvel invité notable au chant sur ce titre : Nate Newton de Converge/Doomriders/Cavalera Conspiracy (non, pas le joueur de Football Américain…). Pour la petite histoire, cela fait 10 ans que Converge partage régulièrement l’affiche avec Kvelertak, depuis que leur
guitariste Kurt Ballou a produit leurs 2 premiers albums. Il est de retour derrière les manettes avec celui-ci et son travail est toujours aussi chirurgical.

Mêmes remarques pour Bråtebrann qui n’aurait pas dénoté sur l’un des précédents opus : structure à tiroirs, riffs ultra efficaces, voix hardcore, refrain pop accrocheur (en norvégien…), breaks radicaux, variations de rythme, solo heavy metal. Puis suivent Uglas Hegemoni, pur punk de skateur avec Ivar en chant clair, et le plus surprenant Fanden Ta
Dette Hull
!. Après une première partie plus apaisée, m’évoquant le rock sudiste US du début des 90’s, s’incruiste un improbable speed métal à la Slayer avant de ralentir le tempo pour se terminer sur un chant de feu de camp repris à l’unisson (même si on imagine plus des bûcherons maquillés de noir réunis autour d’une croix qui brûle, des chopes de 4L de bières à la main, que d’innocents scouts faisant griller des
marshmallows…).

Et que dire de Tevling et de son intro guitare delay new-wave évoquant quelque groupe allemand inconnu ayant sévit à la fin des 80’s ? Encore une fois, Kvelartak se joue de codes, n’hésitant pas à s’amuser avec humour de certains poncifs éculés, flirtant parfois avec la caricature, plus clins d’oeil jouissifs qu’exercices de style. Il suffit de les voir sur scène ou de consulter leur page facebook pour en avoir la confirmation, le groupe et
notamment son chanteur guitariste Maciek Ofsad, ne sont pas les derniers pour sortir des conneries. Ivar au Hellfest à propos de Notre Dame De Paris : “You know, 20 years ago, we used to burn churches in Norway. And now, you do the same thing, fucking copycats !”

L’efficace Stevnemøte Med Satan reste du pur Kvelartak comme on aime avec changement de style à chaque break, alors que Delirium Tremens, son intro en son clair et sa montée en puissance emmènent progressivement le groupe dans ses retranchements les plus extrêmes, me rappelant certaines compositions “grand écart” des japonais d’Envy.

L’album se conclut avec Ved bredden Av Nihil qui, malgré son intro d’arpèges à la guitare folk, rappelle à grand riffs de black mélodique aux auditeurs déboussolés les sombres racines de la formation, avant de se terminer sur un fade out infini.

Splid se révèle donc plus ambitieux que ses prédécesseurs, peut-être pour rapatrier les déserteurs égarés avec le pourtant très réussi Nattesferd, dont le melting pot a semble-t-il lassé les fans de la première heure. Le groupe a profité du changement de line-up pour se ressourcer, sortir de sa zone de confort, s’éloigner du basique mélange hardcore/black métal qui a fait sa réputation initiale pour s’aventurer vers de nouveaux territoires et tenter
avec succès d’invraisemblables cross over sans pour autant se fourvoyer.

Liens : https://www.facebook.com/Kvelertak/

https://www.kvelertak.com/

Concert de Kvelertak au HellFest 2019 :

Clip :


Piotr.

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