Komintern – Le bal du rat mort (réédition 2018)

Artiste : Komintern

Album : Le bal du rat mort

Année de sortie : 1971 (réédition 2018)

Label : Replica Records

Tracklist : |01 Bal pour un rat vivant|02Hommage au maire de Tours|03 Petite musique pour un Blockhaus|04Pongistes de tous les pays|05 Fou, roi, pantin

Note : 7,5

Autres temps, autres mœurs. Préfigurant des groupes comme Etron Fou Le Loublan, Komintern apparaît dans un contexte post-68 à une période où, croit-on, toutes les utopies sont possibles. Après des dissensions au sein de Red Noise pour des raisons d’ordre musicales et politiques, Komintern voit le jour. Avec Maajun et Dagon ils fondent au début des années 70 la Force de Libération et d’intervention Pop avec lequel ils militent pour la gratuité des festivals pop tout en restant proche de la Ligue Communiste Révolutionnaire. Ce caractère politisé du groupe est parfaitement assumé au risque de leur fermer quelques portes. D’ailleurs le groupe ne s’est pas nommé Komintern par hasard. On sait à quoi cela renvoie (la IIIème Internationale Communiste) et, à l’origine, Komintern ne se vouait pas spécialement à être un groupe musical. A l’image d’une formation comme Floh en Allemagne, Komintern mélange théâtre satirique et musique tout en utilisant le rock et parodiant des styles plus populaires pour mettre en avant des textes contestataires. Outre la Ligue Communiste Révolutionnaire, on verra aussi Komintern être proche de mouvements d’extrême gauche comme La Cause du Peuple ou Vive la Révolution.

Il n’en demeure pas moins que la formation signera avec une major et rentrera dans les studios de Pathé Marconi avec l’aide de Philippe Constantin et Etienne Roda-Gil pour ce qui sera leur unique disque : Le bal du rat mort. Pour autant, si le groupe, qui a largement tourné dans les festivals à connotation politiques, les usines en grève, les théâtres ou les universités, pensait pouvoir attaquer le « système » de l’intérieur, l’expérience tourne court et l’enregistrement ne se déroule pas comme prévu. Le disque se trouve amputé de pas mal de sa matière première devant les réticences de leur producteur. Le bal du rat mort est un disque que Komintern ne reconnaîtra que du bout des lèvres et encore. Sans le renier, ils ont conscience que ce disque ne renvoie pas tout ce qui fait l’essence du groupe. Pourtant, le succès critique est bien présent malgré des ventes assez relatives. Ceci étant, Le bal du rat mort reste un disque essentiel qui préfigure les grandes heures du Rock in Opposition. On y trouve toute la démesure du genre, son sens de la dérision, son côté absurde, sa capacité à détourner les genres et son orientation totalement free. Même si pour le groupe ce disque est loin d’être abouti il participe avec quelques autres à l’éclosion d’une musique débridée et presque folle qui était à mille lieux du conformisme post-yéyé qui régnait alors. Komintern n’aura pas le temps d’enregistrer d’autre album puisque celui-ci se saborde définitivement en 1974.

Aujourd’hui la contestation, l’activisme politique dans le rock a quasiment disparu ou s’est fait très discret. L’époque de Komintern semble lointaine et on comprend assez que la musique n’est désormais qu’une sorte de divertissement qui n’amène que rarement à une réflexion que l’on pourrait qualifier de politique. Difficile de dire si nous avons encore besoin de ce genre de héros mais la question peut toujours se poser. En tout cas, Le bal du rat mort est bien le fruit de son époque, inventif, subversif, dangereux. Il aurait pu l’être davantage si on les avait laissé faire.

PS : cette chronique doit beaucoup au livre d’Eric Deshayes et de Dominique Grimaud, L’underground musical en France paru chez Le Mot et le Reste en 2008.

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