Hellfest 2022 – Partie 1

Hellfest 2022. Une année éminemment particulière. La dernière fois que nous avions foulé le sol de Clisson c’était en 2019. Pas d’édition en 2020 et 2021 pour les raisons que tout le monde connait. Heureusement le Hellfest a les reins solides à contrario d’autres événements qui, pour certains, ont du mettre la clé sous la porte. Les gros ont certes survécu mais les problématiques sont restés les mêmes. Deux années blanches auraient pu être fatales a pas mal de structures de cet acabit et même pour toute la filière.

L’équation est simple, l’année 2022 est celle de la survie, d’une remise en route, de renflouer aussi les caisses pour ne pas disparaitre vraiment. On a l’impression d’une année du quitte ou double. Pas mal de festivals ont misé sur une journée, voire deux, supplémentaires pour compenser ces deux années de vide. Le Hellfest, lui, a joué la démesure, le pari outrancier que seul lui peut se permettre au risque d’y laisser sa peau. Mais Ben Barbaud et son équipe savent ce qu’ils font. Ils savent qu’ils peuvent compter sur un public fidèle. Ils savent que le Hellfest est devenu incontournable. Ils savent qu’il y a plus de demande que d’offre. Pour autant, ils savent aussi que tout cela est fragile et que le droit à l’erreur n’est pas vraiment permis. Deux week-ends donc. C’est bien cela qui a été mis en place. Un de trois jours et un second de quatre. Deux éditions en un peu plus d’une semaine avec en point d’orgue la venue de Metallica. On n’y croyait presque plus tant c’était devenu un sujet de plaisanterie.

Gros pari donc. Le Hellfest qui aura survécu au Sonisphere, au Download, au Covid aura été surement été l’un des seuls festivals à présenter un peu plus de 350 concerts sur 7 jours répartis en deux week-ends avec une affluence d’environ 450 000 personnes. On vous épargnera le chiffre des milliers de litres de bières et de vin engloutis pendant ces sept jours. Ce qui doit rester à l’esprit c’est ce côté hors norme, hors catégorie du Hellfest qui à défaut de mettre tout le monde d’accord démontre une réussite insolente en 2022 alors que pas grand monde aurait misé un kopeck sur eux quand ils sont apparus sur les cendres du FuryFest.

Pour autant, l’auteur de ces quelques lignes ne s’y sera pas rendu. Pour des raisons assez diverses qui ne regardent que lui et qui, dans le fond, n’intéressent personne. Liability a été en sommeil quasiment pendant ces deux dernières années, ne publiant qu’une poignée de chroniques. A l’instar du Hellfest nous nous réveillons en 2022 et c’est avec un partenariat avec La Grosse Radio qui nous a aidé pour la rédaction de ce compte rendu. En échange, les photos prises par notre camarade Romain seront très certainement visibles sur La Grosse Radio en fonction de leurs besoins.

Merci donc à eux, merci au Hellfest et rendez vous en 2023.  

Fabien PONDARD – Liability Webzine

Premier week-end


Un premier week-end de feu pour cette première partie de la 15ème édition anniversaire du Hellfest. « De feu donc », tant pour la programmation que pour la canicule des enfers qui a frappé en particulier le vendredi et le samedi. L’organisation a donc logiquement autorisé les festivaliers à utiliser des gourdes. Et les jets à incendie étaient aussi de sortie pour arroser durant la journée les festivaliers devant les deux Mainstages.


Pour le plus grand bonheur des festivaliers, le festival a également apporté son lot de surprises. De nouveaux éléments de décors ont fait leur apparition dans le décor du Hellfest qui fait partie intégrante de l’expérience des festivaliers. Évidemment on ne saurait rater la nouvelle statue flambant neuve de Lemmy, mais aussi d’autres éléments qui attirent nos regards comme : un corbeau d’argent près de la zone de restauration avec la guitare, une œuvre mi-crâne mi-visage de femme particulièrement réussie, une nouvelle entrée squelettique pour le « Royaume du Muscadet »… Et surtout, l’organisation s’améliore encore avec l’arrivée d’un parking (le plus grand d’Europe). Un moyen de gérer les flux de festivaliers au sein de la commune de Clisson, en ne limitant la circulation de véhicules qu’aux résidents.

Vendredi


Dès le matin, Frog Leap fait office d’échauffement en reprenant des classiques de musique plus mainstream version metal. (Ghostbusters ou Party Rock Anthem de LMFAO par exemple). Côté programmation, on voit que l’organisation essaye toujours de donner des touches musicales à certaines journées. Même si le groupe suédois SOEN est décalé à samedi, le vendredi après-midi en Mainstage 2 est consacré à des mastodontes du metal progressif. Mastodon est d’ailleurs logiquement présent, tout
comme Leprous et Opeth.

On retrouve de prometteurs Français comme Laura Cox, avec des tubes très classiques et hard-rock qui ont enchanté le public tôt dans la journée. Ou encore The Great Old Ones et son black atmosphérique enchanteur. Sous la Valley, les quelques curieux auront pu assister à la pépite du rock atmosphérique Black Mountain ou encore au très mélodique Baroness et sa signature musicale « sludge progressif » assez unique. Sur les autres scènes quelques autres gros noms : At The Gates en Altar, Abbath et Mayhem sous la Temple. Ce vendredi est aussi l’occasion de voir que le Hellfest continue toujours de programmer des groupes rock plus grand public, comme The Offspring et ses classiques tubes punk rock, ou encore les agriculteurs et très bons rockeurs français The Inspector Cluzo. En parallèle, on retrouve les habitués Dropkick Murphys de Boston, venus interpréter du bon rock irlandais.

Vers les coups de 23h30, ce sont les légendaires Deftones (sans le guitariste Stephen Carpenter) qui ont fait vibrer les spectateurs de la Mainstage, avec des classiques du neo metal qu’on ne présente plus. Chino Moreno, le chanteur du groupe, a montré une énergie dingue, malgré la chaleur accablante. Enfin, les plus courageux auront veillé pour aller voir le metal à la sauce Elvis Presley de Volbeat. Un show carré et efficace qui aura ravi les fans du groupe. Mais on retiendra surtout le dernier concert de la journée sous la Warzone. Celui où Suicidal Tendencies a continué à jouer malgré les deux heures du matin passé, en invitant des dizaines de festivaliers sur scène à faire un circle pit.

Samedi


Le samedi part donc sur la même lancée que la veille et les Mainstages se font beaucoup plus accessibles qu’à l’accoutumée. On peut commencer la journée par les très bons Français Last Temptation et leurs riffs hard rock super efficaces. Ou se laisser tenter par de la curiosité avec le mélange de rock et de musique traditionnelle gascone du groupe Artús. Mais aussi se laisser envoûter par le blues rock du duo allemand The Picturebooks, une prestation qui transpire la musique et l’authenticité. Sur la Valley également, un grand nom de la scène metal, Nergal, chanteur et guitariste du groupe de black-death metal Behemoth. Mais c’est cette fois dans un tout autre registre pour son projet solo Me And That Man country-folk et acoustique.

Pour les courageux qui auront bravé le soleil et la canicule, un début d’après-midi assez rock sur la Mainstage 1, avec le groupe de rock moderne / alternatif chrétien Skillet qui fait sourire lorsque l’on sait que Ghost est en tête d’affiche ce soir. On retrouve également les excellents Rival Sons qui proposent un rock-blues rafraîchissant aux influences britanniques des 60-70’s. Sur la Mainstage 2, on retrouve également de gros noms comme les mythiques The Darkness, le groupe du cultissime titre « I Believe in a Thing Called Love », souvent rare en festival, ou les mythiques Deep Purple qui restent avec l’âge toujours en forme.

Entre temps, on a aussi eu le droit au metal pirate d’Alestorm et au glam rock extravagant de Steel Panther. Mais si la majorité des festivaliers attendait ces deux groupes, c’était aussi le moment de découvrir de jolies pépites sous la tente de la Valley: le super rock psychédélique mais pas moins mélodique de The Vintage Caravan, l’expérience post-rock perchée dans une chaleur suffocante de Pelican, ou encore la performance remplie d’émotion de Messa, un groupe de doom metal italien qui mélange de nombreux genres et influences musicales.

Sur les autres scènes, comment ne pas évoquer un des shows les plus énervés du week-end avec Sepultura sous l’Altar, le folk death metal de Ensiferum sous la Temple juste avant, ou encore le punk rock californien culte de Social Distortion en Warzone. Mais le temps fort de la journée revient bien à la tête d’affiche du jour Ghost avec un show digne des plus grandes têtes d’affiche, malgré une affluence très limitée du fait des conditions caniculaires et venteuses. Le heavy pop des Suédois s’impose comme une référence de la scène rock metal actuelle, et le show nous en met plein les yeux : costumes à gogo, musiciens masqués, satire, blagues et tubes super efficaces, et même un live premiere du nouvel album avec un chœur sur scène pour l’occasion. Même si le show est écourté d’une chanson du fait du problème de voix du chanteur Tobias Forge, on repart avec le sourire après une telle performance. D’ailleurs la pluie a commencé à tomber à la fin du set, ce qui découragera pas mal de festivaliers à rester pour les showmans australiens d’Airbourne ou pour le punk rock américain d’Anti-Flag.

Dimanche

Pour cette dernière journée, un vent de fraîcheur souffle sur Clisson, et ce n’est pas plus mal pour nos organismes de festivaliers déjà bien attaqués durant les deux jours précédents. D’autant que le programme de dimanche s’annonce tout aussi réjouissant. On peut commencer par le black metal français de Deliverance sous la Temple ou se laisser tenter par l’indus des sympathiques Deadly Apples, les seuls Québécois de cette édition. Après le bon hard rock rafraîchissant du groupe d’adolescents américains Tempt, on a le choix. On peut jeter un œil aux extravagants et décalés Autrichiens de Kontrust qui proposent un schmilblick musical très fun en mainstage. Ou sinon, on peut aussi aller à la Warzone, déjà très bien remplie sur l’heure du déjeuner. Pour quoi faire ? Pour assister au show des Marseillais LANDMVRKS, en pleine progression et se régaler devant une prestation metalcore de qualité !

Après la pause déjeuner, il devient de plus en plus difficile de circuler au niveau des tentes. En effet le groupe de black metal français Regarde Les Hommes Tomber reçoit un énorme accueil du public. La Temple est comble et il est quasiment impossible d’y entrer. Pas grave, car on peut se poser en Valley pour attendre le show de l’un des ovnis de ce week-end, Twin Temple. Un couple américain qui propose une musique très soul et rythm & blues, mais avec surtout un show très satanique qui vaut le coup d’œil et qui en décontenancera plus d’un. Le reste de la soirée n’a d’ailleurs pas fini de surprendre. Jinjer, le groupe de metalcore progressif ukrainien a en effet marqué ce premier week-end tant par son show que par le contexte géopolitique actuel. En effet le groupe a été exceptionnellement autorisé à partir en tournée par le gouvernement ukrainien, et ainsi véhiculer un message anti-russe pour l’occasion.

S’il n’a pas été possible d’aller assister au stoner très mélodique des Red Fang tant la tente était bondée, on a pu se placer pour l’un des shows les plus délirants du weekend. Oui Maximum The Hormone, le groupe japonais est de retour en France après plus de dix ans d’absence. C’est sûrement l’un des sets les plus énervés du weekend. En même temps mélanger du thrash metal avec de la pop japonaise, il fallait le faire. Du grand n’importe quoi.

Les gros noms de la musique étaient d’ailleurs présents sur toutes les scènes ce soir, Devin Townsend sous l’Altar, Alcest et Watain sous la Temple, While She Sleeps et Walls of Jericho en Warzone, et Perturbator et Killing Joke sous la Valley. Les cultissimes Korn et Judas Priest ont aussi frappé fort en Mainstage. Que du lourd, mais le bouquet final est bien français. Et c’est sans surprise Gojira qui a continué de marquer son empreinte sur la planète metal, en nous délivrant le spectacle son et lumière du festival. Si on n’en avait pas déjà eu assez, un feu d’artifice est venu conclure ce premier week-end historique.

Antoine DONNAY – La Grosse Radio


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