Band of Susans – Here Come Succes (ré-édition 2019)

Artiste : Band of Susans

Album : Here Come Success

Année : 2019

Label : Replica Records

Tracklist : |01 Elizabeth Stride (1834-1888)|02 Dirge|03 Hell Bent|04 As Luck Would Have It|05 Pardon My French|06 Stone Like A Heart|07 In the Eye of the Beholder (for Rhys)|08 Sermon On Competition Part 1 (Nothing Is Recoupable)

Note : 8

Je suis complètement passé à côté de Band of Susans à l’époque où ils étaient encore en activité. Non pas par ignorance, je savais qu’ils existaient, mais sans doute parce que j’avais un a priori à leur encontre et une flemme monumentale pour ne pas dire honteuse que j’ai mis de côté ce groupe pourtant considéré comme denrée non négligeable. Une denrée même non périssable puisque vingt-cinq ans après la sortie de ce dernier album des new-yorkais on arrive à lui trouver une certaine forme de modernité et d’intemporalité qui ne laisse aucun doute. Mais Band of Susans, à la base, c’est qui ? C’est quoi ? C’est d’abord la rencontre de Robert Poss et de Susan Stenger par l’intermédiaire de Rhys Chatam en 1987. Ce dernier enregistre Die Donnergötter, album dans lequel six guitaristes jouent de manière simultanée. Avec deux autres Susan (Susan Tallman et Susan Lyall) ils forment Band of Susans dont le nom vient du fait que les Susan sont omniprésentes dans le groupe. Voulant se situer entre une musique influencée par Rhys Chatam ou Glenn Branca tout en ayant une approche rock plus accessible, Band of Susans, après avoir sorti un ep sur Trace Elements (Blessing and Curse) et un album sur Furthur (Hope Against Hope) ils enchainent logiquement sur Blast First pour l’album Love Agenda. Logique puisque Furthur est un sous label de Mute et que Blast First l’est tout autant. Se succèderont deux autres disques sur le label Restless (The World and the Flesh et Veil) avant de revenir sur Blast First pour ce qui sera leur dernier opus avant de disparaitre corps et âme.

Quoi qu’il en soit Band of Susans n’aura pas eu le succès qu’ils auraient dû avoir. Comme pas mal d’autres formations d’ailleurs. Souvent restés dans l’ombre, connaissant ce qu’on appelle un succès d’estime et connus, dans le fonds, que par une large minorité, Bands of Susans sera l’éternel second rôle, l’outsider de luxe qui laissera la place et les projecteurs à parfois moins talentueux qu’eux. On connaît ce genre de scénarios tellement il s’est répété au fil du temps et de l’histoire de la musique. Pourtant, aujourd’hui, on reconnait aisément que Band of Susans n’a pas été un groupe de sous fifres. Bien au contraire. Leur discographie est même assez exemplaire. Here Come Success, dernier album au titre pour le moins ironique, en est le témoin et cette réédition chez Replica Records leur rends quelque peu justice.

Parce que oui, un album comme celui-ci ne devrait pas tomber dans l’oubli tant il permet de comprendre l’esthétique musicale new-yorkaise dans le tournant des années 80-90. Même si ce disque est un peu le chant du cygne du groupe. De l’aveu même de Robert Poss, après l’enregistrement de ce disque, Band of Susans semblait avoir tout dit et même si ce n’est pas la seule raison de l’arrêt du groupe, il n’y avait plus vraiment de sens à continuer ce projet. Here Come Success a beau avoir deux décennies et demie au compteur, il reste un disque qui garde toute sa fraîcheur, sa pertinence et sa spécificité. En effet, celle de Band of Susans a toujours été de garder un équilibre entre les guitares et la voix. Cependant ni Robert Poss ni Susan Stenger n’étant des chanteurs marquants et à la présence hors du commun ce sont bien les guitares qui raflent la mise. Ce n’est pas pour rien qu’ils ont été considérés comme la réponse américaine au shoegaze britannique et qu’on a dit d’eux qu’ils étaient dans le sillage de formations comme Sonic Youth. C’est pour Rhys Chatam qui a pourtant été leur modèle. Au point que de lui dédier un morceau sur ce disque (In the Eye of the Beholder [for Rhys]). Une manière comme une autre d’achever la boucle.

Certes, Band of Susans n’est pas le groupe que tout le monde retiendra mais, à leur manière, ils auront marqué l’histoire de la musique. Pas de manière majeure, on en conviendra mais personne ne pourra dire que leurs disques ont été inutiles. Here Come Success, au gré de ses huit titres, montre à quel point il fut injuste de les avoir négligés à l’époque. Rarement cités dans les anthologies, Band of Susans a, au moins, avec Here Come Success réussi sa sortie, développant une musique riche, vivante et résolument sonique. Si l’on doit parler de la musique à New York on doit nécessairement passer par la case Band of Susans.

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