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Charrier, Charles Eric

Le : 10-08-2015

Lieu : Nantes

propos recueillis par Fabien et publiés le 26-10-2015

Charles-Eric Charrier est un habitué de nos colonnes. Il a toujours quelque chose en tête, un projet en chantier. Infatigable, le vieux lion n'est pas encore rassasié. Il nous le prouve une fois de plus en nous parlant abondement de ce qu'il fait mais aussi de sujets aussi divers que l'état de la culture en France, de Coltrane ou de Gainsbourg. Ce qui apparaît ici comme une quête personnel de la connaissance de soi se transforme en une leçon de vie. Tout comme sa musique...

Liability : Salut Charles. Nous revoilà sur une interview. On avait un peu loupé la dernière pour x raisons. On avait parlé de pas mal de choses. C'était l'année dernière, à peu près à la même période. J'imagine que depuis il s'est passé pas mal de choses.

Charles-Eric Charrier : Tu as raison

Liability : On a vu qu'il y avait pas mal de choses qui s'étaient passées. Il y a encore pas mal de choses qui vont venir, notamment un album que tu vas enregistrer cet été. Peux-tu nous parler de ce projet là  ?

Charles-Eric Charrier : Ce n'est pour l'instant qu'un enregistrement et j'espère que cela deviendra un disque qui va s'appeler Genre d'homme. Très certainement au singulier. On va... Je dis on va, parce que j'ai engagé un gars pour faire les prises et les deux musiciens qui jouent avec moi très souvent en ce moment  : Laurent Benoît et Komlanvi Bel. On va enregistrer les derniers morceaux que j'ai fait et arrangé avec les gars dans des conditions du live avec deux très bons micros et un ampli à lampe et c'est tout en fait. Il n'y a que les voix qui sont refaites après mais dans la même configuration. Ca se fera en pleine campagne. Ca faisait très longtemps que j'avais envie de faire ça et, étonnement, cela n'a jamais pu se goupiller pour que ça puisse se faire et là ça se fait. La base des morceaux c'est la basse/voix. Je ne sais pas ce que t'en penses puisque tu as assisté à un des concerts où il y avait ces morceaux là même si certains ont changé. Il y en aura de nouveaux aussi. Il y a quelque chose d'assez proche d'Oldman, un disque que j'avais fais juste avec une basse/voix, une commande du label Joint Ventures Records, mais avec deux percussionnistes. Mais là c'est un truc que je suis content de pouvoir réaliser. Ca va se faire sur une semaine. Cela va être assez intense.

Liability : Ce sera quelque chose d'assez écrit ou d'improvisé  ?

Charles-Eric Charrier : Ce sont les morceaux que l'on joue sur scène avec de légères différences mais ce qui est important pour moi c'est l'instant, le moment. Que ce soit écrit ou improvisé cela ne change pas grand chose en fait. Après, je pense que si tout se passe bien on se gardera une latitude de morceaux plus improvisés aussi qui ne seront pas sur le disque mais qui, je ne sais pas, pourront être l'objet d'une autre chose ou un maxi ou des bonus. Ce n'est pas qu'ils n'ont pas leur place mais ils ne me parlent pas sur un enregistrement.

Liability : Tu sais déjà sur quel label cela va sortir  ?

Charles-Eric Charrier : Non. Bon, il y a les anglais de Ghize et d'Experimedia qui sont toujours heureux que je leur envoie ce que je fais. Après, comme tu sais, j'ai pas des contacts avec pleins de labels. J'aimerai... Je ne devrais pas dire ça parce que je vais me griller mais j'aimerai découvrir autre chose, notamment des labels vers lesquels je ne vais pas forcément. J'enverrai aux gens avec qui je bosse, oui mais j'ai envie de découvrir autre chose. Autant mon répertoire actuel est différent de ce que je faisais avant. Tu me diras que ce que je faisais avant ça ne se ressemble pas mais il y a vraiment quelque chose d'autre. J'ai l'impression de rentrer chez moi en fait avec cet enregistrement, de me tourner vers mon pays. Pas d'un point de vue nationaliste mais d'un point de vue de redécouvrir la langue, ce que les français font, ce que des étrangers installés en France font. Il se passe des choses intéressantes, quoi. Et oui, c'est comme si je rentrais chez moi. C'est étonnant. J'ai vécu plus de choses à l'étranger mine de rien. Enfin depuis que j'ai arrêté dans Man. Pour moi c'est une évolution. Donc j'ai envie d'aller vers des labels vers lesquels je n'allais pas avant. Donc des noms, j'ai regardé Crammed, j'aime bien. Je n'étais pas allé vers eux avant. Pas une seule fois. Pourquoi pas Naïve  ? Ou des choses comme ça.

Liability : Naïve, ils ne vont pas très bien quand même, parait-il...

Charles-Eric Charrier : Ca je n'en sais rien, c'est toi qui le dit. J'ai aussi contacté il n'y a pas longtemps Stéphane d'Ici d'Ailleurs en lui demandant si il voulait bien écouter Oldman justement qui est facilement écoutable sur le Bandcamp de Joint Ventures. Tu vois, Stéphane d'Ici d'Ailleurs on s'était rencontré à l'époque de Man, je ne le tanne pas, je lui donne le lien et puis il voit.

Liability : Il y a quand même quelque chose que tu travailles plus actuellement dans ton projet, c'est la voix. Tu me disais, avant qu'on enregistre cette interview, que tu écoutais beaucoup de chansons françaises, ce qui t'étonnais un petit peu...

Charles-Eric Charrier : Oui, parce que c'est le fait d'utiliser ma voix en français. Ce sont des textes en français qui m'amènent à écouter de la chanson française et pas le contraire en fait. Ce n'est pas parce que je me suis mis à écouter de la chanson française que je me suis mis à faire ça. C'est quelque chose de vraiment plus intérieur. Mais, ceci dit, ce n'est même pas moi qui l'a remarqué, c'est un ami qui me l'a dit  :  «  en fait des textes, tu en as toujours fait  ». Et quand je regarde depuis 2006, il y a deux, trois disques qui sont entièrement instrumentaux et dans la plupart des disques il y a de la voix. De la voix et des textes. Ce n'est pas si nouveau que ça, en fait. C'est peut-être plus assumé.

Liability : Alors justement, cette voix, tu prends ça comme un instrument ou, comme tu le dis, comme quelque chose de plus intérieur  ?

Charles-Eric Charrier : Certainement plus intérieur. Après, ça me confronte à certaines limites aussi. Ce n'est pas évident de jouer, d'une manière intérieure, justement, et d'aller vers la voix en même temps. Cela nécessite d'abandonner des choses en soi pour arriver à, pas de la tranquillité mais de l'intensité. Et évidemment, je ne me suis pas les choses le plus facilement. J'aurai pu faire venir un bassiste, jouer dans une autre configuration et je ne fais que ça, tu vois. Je ne ferai que de m'occuper de ma voix. J'ai envie de raconter des histoires, dès fois de parler, dès fois de chanter... Il y a une certaine richesse dans la forme qui m'intéresse. J'ai remarqué que quand je parle ça va, je peux projeter des choses. De plus, certains morceaux appellent le chant. Donc, quand je commence à faire ça, j'ai des limites (rire). Donc oui, je suis confronté à ça et je trouve ça intéressant parce que je suis face une certaine forme de, par rapport à la voix, chantée, à une résistance intérieure justement. Je n'ose pas complètement encore. C'est très intéressant.

Liability : Justement, c'est quoi cette résistance  ? Qu'est-ce qui t'empêches d'aller plus loin  ?

Charles-Eric Charrier : Il y a ça dans un des textes. Ce texte s'appelle Quel est mon nom  ? . Tu ne l'as pas entendu celui-là. On l'a joué au dernier concert. Tu n'étais pas là à celui-là mais le texte est «  quel est mon nom qui pose la question  ? Mon nom est la gorge qui veut bien laisser passer.  » Je pense que ça résume bien et que ça répond bien à ta question tout en restant pudique. Il y a une forme de gène.

Liability : Il y a des choses que l'on ne peut pas dire  ?

Charles-Eric Charrier : Non, ce n'est pas ça. C'est une exposition pour ne pas dire que j'ai peur de l'intimité. J'ai déjà montré que je pouvais me mettre à nu mais là c'est encore plus une mise à nu d'une certaine manière. Et il y a des choses qui m'ont frappé qui sont de l'ordre du chant et je sais qu'il faut que je fasse comme ça. Le fonds appelle une forme dans ce sens là. Raconter des histoires je sais le faire. C'est une forme assez simple pour moi. Je suis un grand bavard, j'ai un sens de la rythmique et sur certaines choses ça me demande de m'ouvrir encore plus.

Liability : Tu sais où tu veux aller ou c'est toujours une inconnue  ?

Charles-Eric Charrier : Bah ouais t'es face à des limites que tu rencontres, donc ce sont des peurs, des choses comme ça. C'est comme une porte, soit tu décides de l'ouvrir, soit tu décides de ne pas l'ouvrir.

Liability : Et qu'est-ce qui te fais peur  ?

Charles-Eric Charrier : Au début, je croyais que c'était d'être ridicule mais c'est ça. C'est le masque en fait. Non mais c'est tout à coup j'essaye de sortir des trucs que je ne connais pas encore. Il y a des choses qui me surprenne dans les textes que j'écris mais ça je pense que ça se ressent sur scène. Il y a des choses que je découvre que quand je suis sur scène et quand je suis en train de dire ces choses là je me dis «  ah tiens je vois ça comme ça...  ».

Liability : Justement, cela peut t'arriver sur scène d'improviser un texte  ?

Charles-Eric Charrier : Oui, ça m'est arrivé. Les textes c'est quand c'est le moment en fait. Je me mets jamais à une table pour écrire. Dès je peux faire de la musique comme ça. Je joue et je vois ce qui se passe. Là ce n'est pas ça. Ca vient... tu vois, ça remonte et c'est là. Et bien souvent je ne les comprends pas tout de suite. Enfin de les comprendre au niveau du sens. Dès fois il y a des choses écrites dont je ne sais pas ce que cela veut dire. Dès fois il y a aussi des textes qui sont comme des discussions, il y au phrase qui sort et de fil en aiguilles il y a d'autres choses qui viennent. Généralement ce sont des trucs assez courts mais moi j'ai la sensation qu'ils sont très longs.

Liability : Il y a peut-être encore ce côté de conteur africain qui ressort  ?

Charles-Eric Charrier : Disons que ce serait confortable de se dire ça. Mais ce n'est pas vrai, je crois. Je peux le dire si on me demande ce que c'est comme genre de musique. Je pense qu'il y a quand même un de fonds de ma spiritualité dedans. Mais ce n'est pas ça vraiment. En fin de compte, au niveau de raconter des histoires, je suis plus proche de ce que mes grands-pères que des griots africains que je n'ai jamais rencontré. Mes grands-pères, ce sont des gens qui racontaient la même histoire trois milles fois de manière différente. J'adorais ça en fait. Pouvoir raconter une histoire dont le fonds est toujours le même et raconté de manière différente selon le moment que tu vis. Et c'est ça qui m'intéresse le plus. Donc effectivement, ce qui pourrait se rapprocher des griots c'est cette forme de transmission pour quelqu'un qui peut être initiatique pour quelqu'un qui le reçoit en fonction de ce que la personne vit ou est. Moi, je suis juste content de jouer et de me confronter à quelque chose de nouveau, même si je disais tout à l'heure qu'il y avait déjà plein de texte avant, mais de l'assumer complètement. Maintenant quand je me présente dis que je joue de la basse et de la voix. Mais le côté griot africain je ne peux pas le revendiquer. Je vois bien ce que tu veux dire mais je ne le revendique pas parce que ce ne serait pas très vrai bien qu'il peut y avoir des ressemblances. Surtout qu'à certains moment il peut y avoir de la basse très grave que l'on peut retrouver dans la musique de griots et des percussions. Effectivement, dans la forme il y a des choses comme le fait de raconter des histoires.

Liability : Cela ne t'as jamais tenté de faire quelque chose à double voix  ? De rajouter une voix  ?

Charles-Eric Charrier : Si, pourquoi pas. Je suis assez ouvert dans l'avenir dans la mesure où... je ne vais pas répondre directement à ta question mais je vais y venir... Avant ça foisonnait un peu. J'enregistrai à tire larigo. Il y a eu des choses avec d'autres voix, qui sont sortis, pas sortis. Là je me concentre sur ce que les choses me disent sur le moment. Pour l'instant, ce sont ces morceaux là. Mais faire d'autres trucs avec d'autres voix et des orchestrations différentes je pense que cela va être l'une des prochaines étapes.

Liability : A plus ou moins long terme  ?

Charles-Eric Charrier : Oui, parce que viennent s'intercaler entre ceux là un film. Un film de l'histoire que l'on a vécu avec ma famille pour la construction de cette maison qui est un truc particulier avec des rebondissements, des problèmes incroyables. C'est devenu un film, figure toi. Il aura sa première diffusion en janvier 2016 à Nantes. Et là je vais raconter un autre histoire sur des images que j'ai filmé avec mon téléphone, des photos, des vidéos et un musicien qui va jouer de la guitare et des percussions mais ce sera sa musique à lui. Ce sera encore une autre étape tu vois, qui passe tout à coup par le cinéma entre guillemets. Je ne peux pas me dire que c'est du cinéma mais c'en est certainement. J'en reparlerai quand ce sera le moment mais la première en janvier 2016, je sais au moins ça. Au Cinématographe.

Liability : D'ailleurs, comment est venu ce projet  ?

Charles-Eric Charrier : Quand on a acheté la maison on s'est retrouvé dans des soucis au niveau de la construction. Enfin, on s'est fait arnaquer en gros. C'est plus complexe que ça mais pour synthétiser on va dire ça comme ça. Du coup, je n'avais pas de téléphone portable et j'en ai pris un pour notre fils qui à 13-14 ans. Du coup, Béa en avait un et j'en ai pris un aussi pour communiquer rapidement parce qu'on s'est retrouvé à un moment à ne pas pouvoir rentrer dans notre maison, se retrouver à la rue. Heureusement il y a eu une entraide pour nous assez importante. Et donc, je me suis mis à prendre des photos, alors que je n'ai aucune velléité de photographe, ni encore maintenant en fait. Je me suis retrouvé très vite avec trois-quatre mille photos, peut-être moins mais une quantité comme ça. Et après j'ai filmé. C'est venu de fil en aiguille sans ma volonté en fait. Et puis, il y a quelque chose que j'ai ressenti qui était  : «  ça peut être utile à des gens  ». Ce n'était un truc que j'avais ressenti avant. Ca racontait une histoire sur tout ce que cela a pu m'apprendre.

Liability : Et donc, le musicien qui va jouer, il va créer vraiment une musique spécifique  ?

Charles-Eric Charrier : Oui, le principe c'est que l'on sait ce que l'on raconte mais c'est de pouvoir le raconter différemment chaque soir. Un peu comme ce que je te disais précédemment  : raconter une histoire avec un fonds qui est toujours une réalité, un apprentissage ou une connaissance de soi on va dire et nous on peut le raconter de plein de manières différentes.

Liability : Donc, chaque projection aura une approche différente  ?

Charles-Eric Charrier : Il y aura cette approche différente à chaque fois mais je ne veux pas que cela devienne systématique non plus.

Liability : C'est un projet que tu n'avais jamais abordé...

Charles-Eric Charrier : Et même, d'après certaines personnes, c'est quelque chose qui ne se fait pas du tout, c'est à dire des gens qui parlent sur un film avec de la musique jouée en live, il n'y en a pas. Soit les voix sont dedans, les voix sont intégrées dans le film. Moi je serai sur la scène en fait.

Charles-Eric Charrier : J'aimerai que cela devienne un objet, un dvd. C'est à dire que les gens puissent voir le film. Comme il y a des chapitres, ils peuvent le mettre dans le sens où ils veulent. Ca peut être intéressant. Et d'avoir trois ou quatre manière de raconter l'histoire. Un truc dans ce genre là. Mais ça c'est pour l'avenir. Après l'avantage qu'il y a c'est que cela peut être joué n'importe où. Dans une maison, dans un cinéma, tu vois... Il n'y a pas besoin de grand chose pour faire ça. C'est aussi un aspect qui me plaît bien en fait.

Liability : Une espèce d'aventure perpétuelle quoi...

Charles-Eric Charrier : Ouais, c'est dans le mouvement de la chose plus que la chose en elle même.

Liability : Alors là rien à voir, tu vas aussi faire venir des gens à Nantes, notamment Catherine Watine. Qu'est-ce qui t'as amené à rencontré cette personne  ?

Charles-Eric Charrier : On s'était rencontré à l'époque de Man où elle m'avait interviewé je crois. Je ne suis plus très sur. C'est une interview ou une rencontre. En tout cas elle avait écrit, peut-être une chronique. C'est un peu flou. Il faut que je fasse un effort de mémoire gigantesque. Et puis cela s'était bien passé. On s'était perdu de vue et on s'est retrouvé à travers facebook, tout simplement quoi. Et j'ai été transporté, c'est le mot, par ce qui est ce qu'elle appelle son projet français, ce disque est sorti fin juin. Ce disque me touche particulièrement et sa démarche aussi. Alors ce qui est drôle c'est qu'elle l'a enregistré en Angleterre avec Ian Caple et c'est son projet français. Alors tout ça c'est assez marrant entre nous soi dit. J'aime vraiment beaucoup cette chose là et comme en plus c'est une personne, on ne se connaît pas énormément non plus, mais j'aime discuter avec elle, c'est très agréable et je me suis dit que ce serait bien de la faire venir à Nantes. Donc elle jouera le 23 et 24 Octobre à l'Hôtel Pommeray (nous y reviendrons en images ndlr). Le premier soir elle joue seule et le second soir elle jouera avec Lee Jeoung-Ju qui est une musicienne coréenne. J'ai trouvé ça intéressant de les mettre en relation pour voir ce qu'elles vont faire ensemble. Ca m'a parlé. J'ai trouvé ça intéressant qu'elle vienne jouer dans le cadre de l'hôtel Pommeray qui est un cadre superbe. Et qu'il y ait cette rencontre avec Lee Jeoung-Ju. On pourrait créer des choses comme ça à Nantes. Une personne vient, elle joue en solo et le lendemain une rencontre. C'est d'ailleurs ce que je suis en train de faire en fait avec un groupe de pop parisien, My Concubine. Il y a quelque chose de transcendant. Pas dans tous les morceaux mais c'est ça qui me touche en fait. Je ne suis pas certain qu'on dise que c'est bien pour ces raisons là mais il y a quelque chose de spirituel qui me touche en fait. Une spiritualité très simple, pas religieux hein.

Liability : Donc, le but est de faire venir un artiste, quel qu'il soit, le faire jouer un soir....

Charles-Eric Charrier : Et si possible faire une rencontre. Provoquer une rencontre avec quelqu'un qui serait d'ici. J'aimerai donc faire venir My Concubine. Joss Timbre aussi qui sont à cheval entre Paris et le sud de la France. J'aimerai bien aussi faire revenir Black Sifichi en solo. Ce sera plus simple parce qu'avec Black on est ami et puis aussi programmer comme l'envie.

Liability : Ca peut faire aussi l'objet d'un enregistrement, d'une série, non ?

Charles-Eric Charrier : Ca c'est en projet. Qu'il y aura des concerts à Pommeray, c'est certain. Après, les enregistrer c'est en projet parce que cela implique beaucoup de choses. Que les artistes soient d'accord, parce qu'ils ont des maisons de disques enfin, tu vois. Mais ce serait bien parce que cela mènerait le truc jusqu'au bout. J'y pense fortement.

Liability : C'est intéressant, une chose qui n'aurait pas été vraiment fait...

Charles-Eric Charrier : Une certaine forme de label en fait. Disons, un label, pas forcément pour vendre des choses mais au moins dire que c'est là. Mais même pour les gens de l'hôtel qui n'auront pas pu voir le concert parce qu'ils sont arrivés plus tard. Ou de pouvoir aller l'écouter sur un serveur. Je pense qu'il y a moyen de faire ce genre de chose. C'est le moment de réinventer des choses qui vont vers l'humain, tu vois. Déjà que ce n'est pas très brillant certaines choses mais je pense que c'est vraiment le moment dans ces instants un peu difficile qu'on vit tous.

Liability : Tu penses que dans la musique actuelle on perd un d'humanité ?

Charles-Eric Charrier : C'est plus compliqué. On est des êtres humains avant, donc c'est forcément plus compliqué. Je crois que l'aspect culturel des choses, je ne parle pas de que comment c'est organisé, comme les festivals, il y en a partout. Je pense que d'ores et déjà c'est quelque chose de révolu. Et tu vois, je dis ça au moment où l'on coupe les budgets pour qu'il n'y ait pas ces trucs là. Mais je pense que la culture on doit la créer tout le temps. Pas des systèmes qui perdurent et tout ça. Après qu'on soit dans des gouvernements qui coupent dans la culture, enfin bon, on ne pouvait pas s'attendre à autre chose en fait. Je ne crois pas en tout cas. Je ne veux pas forcément polémiquer mais je pense que la manière dont on fait les choses est à révolutionner aussi. Moi, j'essaye de faire les chose en fonctions de ce que je ressens et de ce que je vis. Je ne dis pas que c'est mieux mais au moins c'est proposer quelque chose de différent. Il y a plein de choses qui sont en train de se développer fait par des gars ou des femmes comme par exemples ces gens qui vont faire des émissions sur internet pour présenter des groupes qu'ils aiment. On sent qu'ils ont envie de partager leur truc. Et en même temps c'est très pro dans le bon sens du terme. Je trouve ça génial.

Liability : Tu aimerais que ça se développe plus ?

Charles-Eric Charrier : Ce n'est pas que j'aimerai. Ca se développe. J'aime tellement pouvoir faire des choses différentes, en même temps je lutte contre moi même... On peut rester dans son coin et se plaindre. Mais tenter des choses, de nouvelles choses. Je pense du coup, que ce n'est pas un revival 80's mais un esprit qui viendrait de là. C'était déjà plus comme ça à cette époque là.

Liability : Se démerder par soi même, créer sa propre voie...

Charles-Eric Charrier : Bah oui. Dès fois la culture en France, la musique particulièrement en fait, on est toujours en train de pleurer à droite à gauche. Mais de toutes façon les mecs vont demander un gouvernement qui se sert d'eux. Donc c'est complètement con. C'est comme les gens qui sont dans des quartiers difficiles, d'aller pleurer à ceux qui les maintiennent là dedans pour obtenir des choses. Il y a quelque chose de ridicule à un moment. Donc, les gens qui vivent dans ces endroits là et qui ont envie de faire des choses, se prennent en main en fait. Tu as beaucoup d'associations, notamment des femmes, qui font pleins de trucs pour aller de l'avant. C'est ça qui est intéressant je trouve. Et dans les périodes difficiles, on peut pleurer ou se jeter dans la gueule du loup mais on peut aussi essayer d'inventer autre chose. Ce n'est pas de la polémique sur la politique, parce que ça fait chier enfin c'est juste pour dire qu'on peut faire autrement. Faire des concerts à la maison plutôt que de faire des tournées et investir une ville sur 4-5 dates. Jouer chez l'habitant où tout le monde se retrouve... Enfin moi c'est ce que j'essaye de faire.

Liability : Il y avait une interview comme ça du mec de Jessica 93 qui disait grosso modo peu importe l'endroit où on joue et qu'il fallait arrêter de pleurer sur le fait que de toute façon à partir du moment où l'on fait du rock on sait très bien que ça va être difficile.

Charles-Eric Charrier : Après du rock étatisé je ne sais pas ce que c'est. Tu vois ce que je veux dire. Après évidemment, tu as un aspect business dans pas mal de choses. Après, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas faire du business de manière humaine et de changer des choses. On ne peut pas à un moment, être dans un truc et dire que c'est merdique et attendre que ce truc merdique te prenne dans le wagon. Il y a quelque chose de pas logique là dedans. Il n'y a pas une voie à suivre, il y en a des multiples. Autant qu'on est quoi. Ce que disait cette personne, Jessica je ne sais pas quoi, oui. Quand tu vois les vidéos de Coltrane quand il jouait trois-quatre concerts par soir, les mecs ont un niveau de jeu et d'ouverture qui sont gigantesques. Là quand tu joues une fois tous les deux ans, en espérant que tu vas être bombardé au Printemps de Bourges en étant un petit groupe, ça va être chaud quoi. Comment tu développe ton langage si tu ne pratiques jamais ?

Liability : C'était à peu près le discours de ce mec là.

Charles-Eric Charrier : Bah oui, il a raison. Enfin, je suis d'accord avec lui. Si tu ne pratiques pas, on parlait de la voix tout à l'heure, si je ne pratique pas ma voix je vais avoir des problèmes. L'inspiration c'est le travail. C'est la même chose en fait.

Liability : En gros, il manquerait de l'audace chez les artistes actuels ?

Charles-Eric Charrier : Ca dépend à quoi les êtres humains s'identifient. Si tu penses que la réussite c'est de faire plein de disques, que beaucoup de gens les achètent et d'être dans un système promotionnel comme il existe. T'essayes. Il y a deux solutions, soit ça marche, soit ça marche pas. Après tu peux avoir compris que ce dont tu as besoin c'est toi. Je ne jette pas la pierre aux gens qui vont adhérer à un système parce qu'ils en sont là. Et qu'est-ce qu'on peut dire à ça ? Rien. Je ne pense pas à une hiérarchie de conscience. Ce sont juste des consciences différentes. J'ai cru aussi dès fois, pourtant j'ai entrepris des choses, que la réussite c'était ça et ça. Si un jour un ami m'a dit : « tu as fait combien de disques Charles ? 

-J'en sais rien...

-T'en as fait un bon paquet. Tu as fait ci, tu as fait ça. »

Tu appelles ça comment ? Un échec ? Tout dépend à quoi tu t'identifies. Si tu t'identifies au fait d'être une star au-delà des Beatles tu peux te dire que tu vas en chier.

Liability : Et toi tu t'identifies à quoi justement ?

Charles-Eric Charrier : e crois que ça change du matin au soir (rires). Disons que ma vie m'a amené à passer de l'âge de l'enfant à celui de jeune adulte je dirais. Intérieurement parlant. Je vais peut-être un truc un peu choquant mais l'enfant en moi est mort mais pour des bonnes raisons. Donc le système d'identification est moins là. C'est beaucoup qu'on est un enfant et qu'on a besoin de s'identifier à ci ou à ça. Jusqu'à s'identifier à sa pensée, à sa manière de voir, à ses convictions. Je n'en suis pas là. J'ai plutôt l'impression de, quand je suis relativement ouvert, pouvoir saisir que je suis celui qui reçoit les choses et non pas ces choses là. Il n'y a pas d'identification en fait.

Liability : C'est ce que tu essayes aussi de transmettre dans ta musique ?

Charles-Eric Charrier : Est-ce que j'essaye de faire ça ? Je n'essaye pas. Mais j'ai conscience que cela puisse être comme ça. Je fais de la musique parce que j'aime ça tout simplement. Il y a un an, un an et demi, j'ai ressenti un truc profondément en moi que ce que je faisais il y aussi quelque chose pour les autres aussi. C'était une drôle de surprise de ressentir ça vraiment. Pas pour obtenir quelque chose, pour une stratégie d'amour mais j'ai ressenti qu'il y avait ça comme potentiel à développer. Je viens de synthétiser ce qu'on vient de dire avant. Le système dans lequel on est ne favorise pas à ce que les potentiels se développent. Et c'est ça que je trouve dommageable.

Liability : On a parlé de pas mal de choses mais est-ce que tu te projettes dans d'autres projets ?

Charles-Eric Charrier : Non pas trop. Je fais juste de petites vidéos avec mon téléphone que je mets sur facebook avec des morceaux de musique inédits. Il y a ce qui est sorti mais ce n'est rien à côté de ce qui est enregistré. Il y a plein de choses comme ça que je redécouvre, que je remixe et donc je fais des petites vidéos comme ça où je me mets en scène. C'est un truc qui se fait comme ça, un peu. J'aimerai beaucoup dans les temps qui viennent pouvoir exercer quelque chose que je fais depuis un certain temps c'est de la réalisation artistique pour les autres. Et la prog à Nantes, m'intéresse. Après artistiquement parlant, il y a déjà du travail avec ce nouveau disque et je pense que les morceaux auront une durée de vie assez importante.

Liability : Tu vas laisser vivre la chose ?

Charles-Eric Charrier : Oui. Avec ce que j'ai appris c'est que bon j'essaye de faire tout ce que je peux faire mais je ne maîtrise pas les choses. Ca, j'ai abandonné (rires). Tu fais ce que tu as à faire et après ce n'est pas nous qui décidons.

Liability : Donc, il n'y a plus d'urgence.

Charles-Eric Charrier : Non, je ne ressens pas d'urgence. Je ressens de l'intensité par contre. De temps en temps il arrive qu'un petit démon se réveille. Je le regarde et je souris : « Qu'est-ce que tu veux me dire exactement ? De quoi aurais-tu besoin, cette petite voix qui parle ? » T'aimerai qu'on te reconnaisse. Ah bon, d'accord. Tu nourris la chose qui t'emmerdes en toi plutôt que de la chasser.

Liability : C'est une question qui reviens : « Qu'est-ce que t'aimerais ? »

Charles-Eric Charrier : Ouais, ça revient tout le temps en fait. Quand on vit des chose, il faut pouvoir prendre des décisions. Là, on vit des choses et il faut prendre des décisions sinon on n'avance pas. Il y a toujours cette question là :  « Qu'est-ce que tu veux ? » . Et je pense que tu l'affines. C'est encore une histoire d'identification aussi. On peut être identifié à des choses très haute en nous et ne pas être spirituel. Je ne sais pas comment ça se passe pour toi mais quand j'entends une voix dans ma tête, je me rends compte qu'il n'y en a pas qu'une seule mais plusieurs. Une sorte de cacophonie comme ça. Une partie de toi aimerai ça, une autre ça, le désir de tes parents qui ont été transposés sur toi. Enfin, tu vois. Il y a tout un tas de trucs comme ça qui s'expriment donc ce que j'essaye de faire c'est de leur donner un espace d'expression en moi.

Liability : Pour finir, tu apparais comme quelqu'un d'apaisé et de relâché par rapport à ce que tu fait...

Charles-Eric Charrier : Ce n'est pas aussi simple que ça. Je suis moins volcan que j'ai pu être. C'est certain. Je suis plus calme intérieurement. Je suis dans ce monde, dans cette vie, donc il y a des fois je ne refuse plus d'être en colère donc ça me rends plus calme. Ca ne fait plus chier de vivre certaines choses. Ca me fait moins peur.

Liability : Et c'est ce qui se ressent dans ta musique ?

Charles-Eric Charrier : Je ne sais pas. Je ne l'analyse pas. De temps en temps je perçois un impact tout simplement. Comme ce morceau Ma Gorge qu'on a joué à la Chapelle de l'Oratoire, quand on est arrivé à ce truc là, quand la voix est partie, dans une chapelle en plus, il y a eu un impact qui est venu, plus loin que moi. Ca je peux le voir. Analyser le truc, pfooou... Non, je n'ai pas envie en fait.

Liability : Tu laisses ça aux autres ?

Charles-Eric Charrier : Oui, si ça ne les ennuie pas. Ca peut faire rigoler dès fois ou être très instructif d'un certain point de vue. Ca renseigne plus sur la personne qui analyse que sur ce que tu fais toi vraiment. Mais c'est intéressant, c'est aussi un sujet d'échange quelque part. Mais moi je ne le fait pas. C'est comme ça vient. Et puis après il y a les choses qui me touchent sur le moment et que j'essaye de restituer au plus près de ce que c'était. Mais c'est mort. Il y a un temps pour la guérison et un temps pour autre chose. Et la guérison est plus derrière moi.

Liability : On peut donc considérer que Charles-Eric Charrier est guéri d'un certain point de vu ?

Charles-Eric Charrier : Il connaît sa cicatrice, Charles-Eric Charrier.

Liability : Et il l'entretient ?

Charles-Eric Charrier : Euh, c'est une bonne question. Euh … non mais je l'ai entretenu. Mais plus maintenant, non. Je l'ai accepté complètement par contre. Je l'entretenait quand je ne savais pas ce que c'était.

Liability : En fait, tu te connais mieux.

Charles-Eric Charrier : Exactement, je peux toujours être une tête de con, être en colère sauf que ce n'est pas vécu de la même manière. Il y a de moins en moins ces identifications à ce que je ne suis pas. Je vais te donner un exemple. Il y a un moment j'aurai aimé être riche et célèbre. Bon, riche, on peut comprendre mais je me suis rendu compte que ce n'était pas mon désir. Mais ce truc là qui apparaît comme négatif m'a amené à avoir une vraie expression sincère de musicien. Je pense qu'un mec comme Gainsbourg avait ça. Il avait décidé de ne pas se guérir. Il a créé pour ça Gainsbarre. Ca c'est entretenir sa cicatrice.

Liability : Ok, on arrête là dessus ?

Charles-Eric Charrier : Un petit coup de blanc ?

Liability : Ca marche...

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