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Kas Product

Le : 16-10-2012

Lieu : Paris, Crowne Plaza

propos recueillis par Romain S. et publiés le 28-11-2012

Jusqu'ici Kas Product, mythe français des années 80, ne faisait que des réapparitions sporadiques qui étaient sans lendemains. Les rééditions enrichies de Try Out ou de By Pass qui est suivi d'une tournée jusqu'en 2013 risquent bien de changer la donne. Mona Soyoc et Spatsz nous parlent donc ici de ces rééditions et nous laissent entrevoir que cette réunion des enfants terribles de l'électro hexagonal sauce 80's n'est peut-être pas qu'un one shot. Tremblez, fans, tremblez...

Liability : Bonjour, votre reformation coïncide avec la réédition de vos deux premiers albums. C'est le label Ici d'Ailleurs qui vous a apparemment contacté pour re-sortir ces deux disques. Quelle a été votre réaction quand ils vous ont annoncé leurs intentions ?

Mona Soyoc : En fait c'est suite à un concert qu'on avait fait l'année dernière. EMI avait contacté le label et qui voulait faire une ressortie de nos titres. Ensuite, ce qui s'est passé c'est que EMI a été racheté entre temps par Universal, donc c'était mis en stand by. Mais comme ça été mis en stand by un peu longtemps, Ici d'Ailleurs ont proposé de prendre la relève disons, et ils nous ont dit : « on ne va pas vous sortir sur Ici d'Ailleurs mais on va créer More Over ». Et voilà.

Spatsz : Enfin ouais, on sort sur la maison de disque d'Ici d'Ailleurs mais sur une division qui s'appelle More Over. Pour l'instant, on sera les seuls sur cette division du label. Ces rééditions vont comporter des éditions vinyles, cds et numériques c'est à dire sur les plateformes internet. Pour l'instant, nous n'y étions pas. Depuis des années nous n'étions pas sur ces plates formes. Par contre là c'est la troisième réédition puisque nous avions été réédité en 1995 sur un label qui s'appelait Last Call à l'époque et en 2005 sur DSA, les Disques du Soleil et de l'Acier. C'était un label nancéen aussi. Donc là on est réédité en cd et en vinyle comme je l'ai dis. On a choisi le vinyle parce que ces deux albums là avaient toujours été réédité en cd mais à l'origine ils ont été fait pour le vinyle parce qu'au début des années 80 il n'y avait pas encore l'avènement du cd et donc ces albums avaient été fait en studio et même le mastering avaient été fait pour le vinyle. Donc là sur ces galettes, ce sera vraiment la réédition originale des albums.

Liability : Est-ce que l'idée de la reformation est venue avec ou est-ce que cela vous tentait depuis quelques temps ?

Mona Soyoc : Ca s'est passé... En fait, on a eu l'opportunité parce qu'on nous avait invité l'an dernier pour un concert. D'un point de vue géographique, on n'habite pas en France et l'organisateur avait pris en charge d'organiser le concert donc, de faire venir Mona et de jouer en France. Donc, ça fait qu'on a pu rencontrer des gens. On a un site internet, il y a une certaine demande de gens qui souhaitaient savoir où trouver ces albums. On leur disait « nulle part » puisque les rééditions étaient épuisées. Là maintenant ces gens vont pouvoir se le procurer. Bien sur, il y avait les réseaux peer to peer mais les gens qui recherchaient les titres de Kas Product sont surtout des fans qui voulaient aussi des pochettes et pas seulement des morceaux trouvés sur le peer to peer.

Liability : Il y a déjà eu des reformations très ponctuelles de Kas Product (en 2005 et 2011). La tournée que vous êtes en train de réaliser annonce t-elle quelque de plus durable ?

Spatsz : Ben... pour l'instant...

Mona Soyoc : Ca donne envie. C'est à dire qu'on voulait faire des concerts et il s'avérait qu'on en avait plus que prévu. Du coup ça donne un coup de « reviens-y !» (rires).

Spatsz : Oui, parce que là on est dans le présent. Donc là, pour l'instant, même en début d'année on n'était pas convaincu qu'on allait faire une tournée en fin d' année et ça s'est fait comme ça. D'un autre côté on avait des propositions de concerts depuis des années qu'on n'avait pas pu honorer. Parce que bon, pour des raisons matérielles, géographiques et de vie tout simplement. Donc là, le simple fait de recontacter ces gens là, ils ont été ok et monter la tournée n'a pas été un problème. On a eu facilement des dates. Et même maintenant que cette tournée est montée on a déjà des dates pour l'an prochain, par exemple. Ca a fait tout de suite un effet boule de neige si l'on peut dire. Au niveau de faire des inédits ou des nouveaux titres, là on fait deux inédits sur scène pour la tournée de novembre. Après si on a l'occasion de les faire dans un home studio, peu importe l'endroit, si on arrive à trouver une conjoncture, une alchimie qui fasse qu'on ait envie de refaire des titres en 2012 ça se fera. Mais on n'est pas vraiment dans cette démarche là. Pendant des années on a jamais été dans cette démarche de faire un album tous les ans et tout ça. La preuve en est là d'ailleurs.

Liability : Kas Product est souvent présenté comme un groupe qui a influencé pas mal d'artistes. Est-ce que c'est quelque chose que vous sentez encore aujourd'hui et est-ce que ce n'est pas trop dur à porter ?

Spatsz : Bah disons qu'on ne se pose pas ce genre de questions. On a fait ces titres dans les années 80...

Mona Soyoc : ...avec une volonté de... On avait une démarche de faire quelque chose de radicalement en marge, disons, et alternatif à l'époque, d'avoir une certaine démarche sonore et conceptuelle, c'est vrai. On ne s'attendait pas qu'on se réfère à nous après tout ce temps mais je suis bien contente de ça. C'est vraiment super.

Spatsz : C'est une analyse à posteriori parce que nous quand on a créé ça on ne s'est pas posé la question. Maintenant, qu'on influence, ce serait pas très humble de notre part de penser ça en permanence. D'ailleurs on n'en parle jamais entre nous, ce n'est pas du tout le sujet de conversations qu'on a de savoir qui on a influencé ou des choses comme ça. On en n'a plus rien à faire.

Mona Soyoc : Je pense que c'est toi ou le public qui peut nous le dire. On a voulu contribuer au paysage musical, sonore. On a voulu contribuer à notre façon, chacun et ensemble, c'est vrai et on est content que ce soit reçu et perçu ainsi en tout cas.

Spatsz : On n'est pas dans l'analyse par rapport à ce sujet, disons...

Liability : Qui, d'après vous peut porter l'héritage de ce que vous avez pu faire il y a trente ans ?

Mona Soyoc : (rires)

Spatsz : C'est un peu le même genre de question.

Mona Soyoc : Je ne sais pas trop, peut-être que tu as des noms en tête parce que ça fait longtemps que personnellement je ne suis pas en France et je ne sais pas trop ce qui s'y passe mais. Peut-être tu as des noms ?

Spatsz : Non, nous par rapport à ça, c'est vrai que nous au début des années 80 on a utilisé des machines, des synthés et maintenant on ne peut pas trop comparer parce que ce n'est pas la même utilisation. Parce que dans les années 80 c'étaient des synthés analogiques bien particuliers, il n'y avait pas de séquenceurs, il n'y avait pas d'informatique, tout ce qu'on faisait c'était à la main. En fait, cite moi peut-être un groupe, moi, je n'en connais pas beaucoup mais en 2012 qui puisse faire tout à la main.

Mona Soyoc : Peut-être, ils mixent en direct ?

Spatsz : Ouais, non mais ça c'est une autre approche. C'est à dire que tout, même les basses, tout est joué, il n'y a pas de séquenceur. Nous on l'a utilisé mais par la suite et depuis 80 on avait, quand on est rentré en studio, on avait deux synthés, un synthé monophonique, un synthé duo et monophonique et une boite à rythme. Pour le premier album, c'était en 78, un Korg, pour donner les références, un Korg S770 et un Korg 800DV. C'était notre base de travail. On avait une guitare qu'on avait acheté dans un supermarché. On avait un Vox excort qui est un ampli qui marchait sur piles quoi. Donc, nous, le premier album, il n'a été fait qu'avec ça. Il y a eu des rajouts en studio de sons de pianos ou de choses comme ça mais la base de l'album a été fait avec ce matériel là.

Liability : Les rééditions de By Pass et de Try Out vont être complétés par des morceaux issus des différents ep qui étaient depuis longtemps introuvables. Quel regard portez-vous sur ces morceaux ?

Spatsz : Ce sont des morceaux qui ont été enregistré dans des conditions très artisanales, très simples. C'était enregistré avec des deux pistes en une seule prise. Donc, on répétait un peu avant et on enregistrait d'un seul coup et on faisait le vinyle après. Il n'y avait pas du tout d'overdub, pas d'effets, même pas de reverb, la voix est telle quelle sans effets, sans rien. Donc c'étaient quand même des moments bien particuliers qu'on a cristallisé à un moment donné. Peu importe les moyens. Nous, le résultat nous plaisait à l'époque.

Liability : Ces deux disques vont être également être réédités en vinyles. Il y a un vrai retour de flamme pour ce format. Comment l'expliquez-vous ?

Mona Soyoc : Peut-être le son tout simplement. Le plaisir du son et de la dynamique. Ce n'est pas la même dynamique, c'est plus physique avec le vinyle c'est à dire qu'il y a des fréquences qui sont présentes avec le vinyle quand c'est lu avec une aiguille et les fréquences quand c'est en digital c'est zéro, il n'y a pas les mêmes fréquences sonores. C'est moins naturel, je dirais.

Spatsz : Moi, je vois ça par un côté technique. La bande passante est de 20hz à 20khz. Elle est limitée, enfin le chantier des fichiers images à 44 ans alors que sur le vinyle il n'y a pas de limitation vraiment. La limitation se fait plutôt au niveau du mastering puisqu'on ne peut pas faire de sons très large au niveau des phases ou des choses comme à ça où on ne peut pas mettre beaucoup de basses parce que plus le champ stéréo est large plus on mets de basse et plus le sillon lui même devient large et donc pourrait...

Mona Soyoc : ...se mêler au sillon suivant. Ca déborde.

Spatsz : C'est le même sillon mais ça peut déborder sur le voisin. Nous on a appris parce qu'on a assisté à différentes gravures dans les années 80 que normalement le sillon ne peut pas dépasser la moitié du sillon suivant. Sinon, à partir de ce moment là la tête de gravure saute.

Mona Soyoc : On se dit qu'il est rayé (rires)

Spatsz : Non, non, il faut juste recommencer le master, la matrice quoi. Vraiment, au niveau de la réalisation technique des vinyles, c'est vrai qu'il y a beaucoup de paramètres à gérer. En digital, beaucoup moins et c'est vrai qu'on a justement tendance à tuer la dynamique avec des limiteurs ou des choses comme ça ou on a tendance à vouloir beaucoup de niveau et pas forcément de dynamique. Enfin, à l'heure actuelle. Quand on écoute la plupart des titres, ils ont une ou deux dynamiques, de battements dans le morceau.

Liability : Vous allez faire plusieurs dates sur le mois de novembre mais vous en avez déjà fait quelques unes notamment à Marsatac. Comment avez-vous vécu ce retour sur scène ?

Spatsz : On a commencé en faisant une résidence à Nancy pendant trois jours pour se remettre un peu dans le contexte de la scène. Après on a joué le 28 à Strasbourg. Pour nous les deux concerts se sont bien passés, on n'a eu aucun problème. Voilà, le public a bien réagi. On ne s'attendait pas à un accueil aussi après tant d'années. Enfin, un accueil à ce niveau là. On a pu aussi rentrer en contact avec d'autres groupes beaucoup plus jeunes et ça c'était intéressant d'échanger avec des groupes qui tournent actuellement en 2012 avec toutes les contraintes qui existent actuellement qui sont vraiment différentes de ce qu'on a vécu. Ne serait-ce qu'il y a cinq ans parce que cela a évolué en l'espace de trois ans. Voilà, c'était vraiment très intéressant. Et puis au niveau technologique, de pouvoir utiliser sur scène tout ce qui est nouvelles technologie, même d'un point de vue du son. Par exemple les ear monitor ce n'est pas vraiment nouveau mais ça nous permettait d'avoir une autre approche du son sur scène. Mona peut en parler si tu veux.

Mona Soyoc : Oh moi ça c'est technique. Au niveau technique c'est vrai que j'ai des ear monitor et avant je me faisait emporter la tête par les retours et là Spatsz peut être à fonds je m'entends bien (rires). Enfin, sinon, au niveau de l'accueil du public, pour moi de remonter sur scène c'est super et d'avoir un mélange de génération, des gens qui nous ont écouté à l'époque et ceux qui nous écoutent aujourd'hui qui sont plus jeunes.

Liability : Après cette tournée avez vous des projets particuliers ?

Mona Soyoc : C'est qu'on vit un peu dans le moment. On fait cette tournée. On a l'intention de faire des concerts et avec ces concerts améliorés peut-être qu'on rajoutera des choses. Pour l'instant, on n'a pas encore parlé ensemble de sortir d'autres choses mais on avance. C'est tout nouveau.

Spatsz : On va essayer d'expérimenter des choses sur scène. Déjà on expérimente deux nouveaux titres après on verra parce qu'au niveau discographique on verra si on a envie de sortir quelque chose. Ca peut être un live, ça peut être plein de choses. Ce n'est pas forcément faire de nouveaux titres. Des titres, on en a de toute façon mais est-ce qu'on a envie de les sortir en ce moment. On verra. Pour l'instant, on n'a rien de défini. Pour l'instant on fait cette tournée et plus. Et comme on disait en début d'interview le fait de faire ces dates ça en a amené d'autres. On va déjà honorer ce qu'on doit faire et on verra. Le fait de faire un album, même pour nous, ça demande beaucoup de temps, beaucoup de travail. Même les albums comme Try Out ou By Pass, en fait, on a passé énormément de temps pour les préparer. Si on veut se remettre dans la même dynamique, ce qu'on a besoin c'est du temps.

Liability : Est-ce que le Kas Product de 2012 est-il si différent que le Kas Product de 1980 ?

Mona Soyoc : Bah on a trente révolutions solaires en plus (rires) et donc il y a une plus grande auto-dérision.

Spatsz : Pour moi c'est la même chose.

Mona Soyoc : Et au niveau vocal je crois que j'ai plus de maturité et plus de facilité.

Spatsz : Au niveau de l'énergie, je ne trouve pas trop de changement. On n'a pas essayé de ramollir les morceaux. Je pense qu'on reste dans les mêmes rails. Ca par contre on n'a pas essayer de faire, d'aller dans une autre direction qui aurait été beaucoup plus simple ou beaucoup plus facile pour nous. Donc voilà, je ne pense pas qu'il y ait de gros changements.

Liability : Kas Product était considéré comme un groupe qui bousculait l'ordre établie, une sorte d'exception à la règle. Pensez-vous que cela puisse être encore possible aujourd'hui et mis à part vous, qui pourrait avoir cette réputation ?

Mona Soyoc : Celui qui a envie (rires) ! On a eu une démarche de faire différemment, de casser un peu le moule.

Spatsz : C'était un contexte aussi.

Mona Soyoc : C'était un contexte, c'est vrai...

Spatsz : C'était le début des années 80. Maintenant reprendre et remettre dans un autre contexte... Ne serait-ce que maintenant la musique électronique a tellement évolué et on est tellement rentré dans le système, elle fait vraiment partie du système. Au début 80, à posteriori, on fait figure de pionniers parce qu'à l'époque il y avait très peu de gens qui se permettait, peut être de faire des choses en studio avec des machines, mais après de jouer sur scène avec des machines, il avait très peu de gens. Enfin, qui se permettaient de le faire. C'est surtout là dessus qu'on nous faisait la différence parce que non seulement on le faisait en studio mais on le faisait sur scène aussi. C'est vrai que les gros studios au début des années 80 existaient déjà, il y avait déjà des 16, 24 pistes, on pouvait déjà faire de l'overdub mais sur scène c'était autre chose. Et souvent les gens remplaçaient les boites à rythme par des batteurs. On nous a reproché tout le long des années 80, quand on jouait sur scène, les gens nous disaient « pourquoi vous ne jouez pas avec un batteur ?»  C'était le leitmotiv de chaque concert. On disait, nous notre démarche c'est de jouer avec une boite à rythme, on travaille avec une boite à rythme donc on maintient notre position. C'est notre manière, c'est notre concept donc on reste avec.

Liability : Si on vous donnait l'occasion de revenir trente ans en arrière, est-ce que vous referiez tout de la même manière ?

Mona Soyoc : (rires) Je pense que certaines chose oui, ça c'est sur, et d'autres non (rires)

Spatsz : Non, du point de vue des titres, la plupart des morceaux qu'on a créé c'est à base d'improvisations aussi mais pas tout, il y a des morceaux qu'on a aussi plus réfléchi. Il y a beaucoup d'improvisations. A savoir si on pourrait recréer ces moments qu'on a su créer dans les années 80 c'est assez difficile à dire. Mais, personnellement, je n'ai pas vraiment de regrets par rapport à ça parce que de toute façon le fait de faire ce groupe, de partir de pas grand chose, parce qu'à la base on était dans un petit village dans le fin fond de la Lorraine, on a fait nos compos et moi je n'ai pas de regrets par rapport à ça. Après c'est la vie. La vie on ne peut pas la contrôler. Ce n'est pas possible de contrôler la vie tu vois ? Mais je n'ai de regret par rapport à ça.

Crédits Photos : Bruno Arachnéen

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