.:.Interview.:.

Pochette

Battant

Le : 26-01-2012

Lieu : Nantes, Le Pôle Etudiant

propos recueillis par Fabien et publiés le 15-03-2012

Arrivé au Pôle Etudiant et avant de suivre le concert de Battant, je devais interviewer Chloé Raunet, la chanteuse du groupe. Il était difficile de savoir dans quel état d'esprit j'allais la trouver. Il faut rappeler que son alter-ego, Joël Dever, était disparu quelques semaines plutôt de manière tragique. Malgré la douleur que lui a causé cette dispartion, Chloé Raunet avait tenu a honorer ses engagements. Pour autant, on m'avait demandé d'éviter d'aborder la mort de Joël puisque le sujet était, et je le comprenais aisément, des plus sensibles. Je décidais de ne pas l'évoquer pour que des souvenirs douloureux encore trop récent ne se réveillent.

Donc, oui, je m'attendais à voir une Chloé Raunet à fleur de peau et sur la défensive. Sur place, je ne savais pas vraiment à qui m'adresser pour qu'on me la présente. Heureusement, la jeune femme n'est du genre à rester dans sa loge. De toute façon, il n'est pas sur qu'il y ait de loge au Pôle Etudiant. Je la vois donc, aux abords de la salle avec ses musiciens. Je me décide de l'aborder et Chloé m'accueille avec un large sourire, avec belle amicalité et simplicité. On converse un peu et on décide de faire cette interview dans la foulée.

Voici donc l'interview d'une jeune femme sensible, la tête pleine de rêves qui a trouvé la force de relever la tête et qui nous parle de son dernier album As I Ride With No Horse ainsi que de Joël Dever (malgré tout) avec toute la pudeur adéquate. Un beau moment.

Liability : Bonjour Chloé, No Head a été l'une des surprises de 2009, est-ce que tu as eu le sentiment qu'on t'attendait au tournant avec As I Ride With No Horse ?

Chloé Raunet : Que le premier album c'était une suprise ? Bof, je ne sais pas. On a attendu un petit moment entre les deux albums. Ca nous a pris deux ans, deux ans et demi pour l'écrire et entre temps on a changé un peu tout. Donc, je pense que passer un an dans le studio à écrire, à enrengistrer, à vraiment ne pas tourner et tout on en sort complètement du monde...

Liability : Ca a vraiment duré un an la conception de cet album là ?

Chloé Raunet : Oui...oui...oui. On avait commencé... on est quoi là ? En 2012 ? Là l'album est sorti fin 2011, on l'a fini...ouais, ça fait un an. (rires)

Liability : Est-ce que tu craignais des réactions par rapport à ce nouvel album ?

Chloé Raunet : Ouais, c'est beaucoup plus calme. Au début, je pensais que c'était plus accessible que le premier album. Mais après avoir entendu ce que les gens disent, peut-être que les gens considèrent ça comme plus expérimental. Je ne comprends pas trop mais toujours quand on sort quelque chose on craint, on ne sait pas comment les gens vont le prendre, surtout juste après avoir fait un premier album assez naïf. Enfin, le deuxième est aussi naïf mais d'une autre façon. Et comme je te dis c'est beaucoup plus calme, je chante un peu plus, on a laissé beaucoup de fautes dans la prod. On voulait cet aspect un peu « crude ». Ouais, donc tout ça, ça fait un peu peur quand on n'a plus le contrôle.

Liability : D'ailleurs, à ce propos comment vous avez abordé l'enregistrement de As I Ride With No Horse ?

Chloé Raunet : C'était...ouais, Joël qui n'est plus là, on l'a écrit ensemble. On avait enregistré beaucoup de sons nous mêmes. Genre on bossait dans une petite chambre, dans ma maison. J'y ai fait un studio mais vraiment très basique (rires). Et donc, l'enregistrement ça a commencé au moment de l'écriture. Quand on a commencé à bosser dans le studio avec It's a Fine Line / Tim Paris et Ivan Smagghe, on a quand même utilisé pas mal d'enregistrements qu'on avait déjà fait. Genre, il y avait des sons bizarres, le bruit d'une chaussure qu'on avait samplé, on avait des petits trucs de percu, des bouteilles avec du riz dedans, n'importe quoi, des lignes guitares qui étaient tellement décordées qu'on arrivait pas à rejouer d'une même façon dans le studio. Donc, ouais, on s'est vraiment basé sur les démos, dans cet esprit là. Dans le studio avec Tim et Ivan on a refait quelques trucs. Comme on avait écrits tous les synthés, c'était quand même des synthés... On a refait des synthés avec de vrais synthés, comme ça. Mais là c'était différent que la prod du premier album. Là, on voulait vraiment apporter plus.

Liability : Il y avait un côté bricolo comme tu viens de me le dire mais qu'est-ce qui a été le morteur d'inspiration pour ce disque ?

Chloé Raunet : C'est très triste de le dire maintenant parce que Joël n'est plus là mais c'était vraiment un travail de moi et Joël. C'était mon meilleur ami, on partageait le même univers. Je ne sais pas... on voyait le monde d'une même façon, on partageait les mêmes genre d'images, on se comprenait au même niveau. Je n'ai jamais eu ça avec quelqu'un, que je peux le regarder et d'un coup on comprend les même blagues, on voit le monde d'une même façon. Une façon un peu bizarre, un peu surréelle. Et ça venait de ça et chaque morceau c'était dans cet univers qu'on partageait. C'était sur notre relation, ce qui se passait entre nous. Du coup, pour moi, quand j'écoute ça, je trouve que c'est beaucoup plus sentimental, qu'il y a beaucoup plus d'émotions mais après je ne sais pas. Si ça se ressemble à l'écoute, si tu n'es pas dans ce monde, c'est quelque chose pour moi de très très personnel et du coup c'est plus dangereux quand on le donne au public.

Liability : C'est comme si tu te livrais au public...

Chloé Raunet : Oui.

Liability : Tu donnes une part de toi même, quoi.

Chloé Raunet : Une part de moi même et une part de Joël, donc c'était un tout.

Liability : D'ailleurs si il y avait des choses à refaire dans ce disque qu'est ce que ce serait ? Rien ?

Chloé Raunet : Rien. Là maintenant, ce disque c'est le truc le plus précieux que je peux avoir. Donc vraiment rien. Je tiens à ça. Le live c'est une autre chose. Là, je reprends le live, j'ai trois musiciens avec qui je bosse. Ca ne fait pas longtemps que je bosse avec eux. Je réinterpète les morceaux avec eux d'une autre manière mais le disque, je n'y touche plus... Ah non, ce n'est pas vrai. Il y a un autre truc. La façon dont je chante Scarlet. Je pense que j'aimerai la rechanter.

Liability : D'une autre manière ?

Chloé Raunet : Bah ouais. On a fait deux prises et j'avais pris la prise qui était un peu plus...qui était plein de fautes, vraiment « haaaan ». Et le piano je trouve que c'est tellement beau et tout que ma voix, ça gâche un peu. Mais à part ça (rires)

Liability : A part ça, non, rien...

Chloé Raunet : Non, rien (rires)

Liability : Avec ce disque est-ce que tu as eu l'impression d'être allé plus loin que le précédent ?

Chloé Raunet : Moi oui, mais il faut être honnête de dire comment le premier disque s'est fait. A l'époque je bossais avec Tim Fairplay. On avait écrit des chansons ensemble et au niveau de la prod, c'est vraiment Ivan et Tim / It's a Fine Line qui nous ont mis dans la bonne direction. Donc, c'est eux qui ont dirigé les trucs. Moi, je savais ce que je voulais comme son mais je ne savais comment y arriver. Donc eux, ils ont fait beaucoup de travail, on n'était pas vraiment en studio, c'étaient vraiment eux les producteurs et nous les artistes. Et avec cet album là, c'est nous qui avons fait le travail, c'est nous qui avions tout écrit. Nous avons été influencé par le travail qu'ils ont fait mais pour moi c'est vraiment une évolution personnelle, au niveau de ce que j'écris, de la prod, de ce que je veux faire et tout. Je ne sais pas si ça s'entend comme ça.

Liability : Vos deux albums sont sortis sur le label Kill the DJ. Penses tu avoir eu de la chance de signer sur un label tel que celui-ci ?

Chloé Raunet : Ah ouais, carrément. Ils sont petits donc il y a aussi des limites de ce qu'on peut faire mais à cet époque là je préfère mille fois bosser avec des gens qui sont cools. Ca veut dire quelque chose Kill the DJ. C'est quand même un label qui a des points de vues, qui a quand même... comment est-ce qu'on dit ?...

Liability : Une identité ?

Chloé Raunet : C'est un peu plus que ça, c'est presque politique. Genre c'est indépendant mais...

Liability : ...avec un esprit particulier.

Chloé Raunet : Voilà et elles soutiennent leurs artistes. Je « elles » parce que ce sont que des filles (rires). Elles soutiennent vraiment les artistes, on a une liberté de faire ce qu'on sent. Et je ne comprendrai pas que le label puisse me laisser tomber. C'est la famille et c'est la famille qui «se bat pour la bonne cause », oui ?

Liability : D'ailleurs, on revient sur le son de ce disque. Comment tu définirais le son du nouvel album ?

Chloé Raunet : Moi, j'ai du mal. Je laisse toujours les autres le faire. Je sais que les journalistes le font mieux que moi. Quand on l'a écrit moi et Joël, nous dans notre tête on écrivait de la musique sur des cow-boys, des grands espaces (rires)... Là, aujourd'hui quelqu'un a mis sur notre facebook « post-rave », je ne sais pas ce que ça veut dire « post-rave » (rires), je ne sais pas.

Liability : Le disque a été beaucoup chroniqué et fatalement, il y avait pas mal de comparaisons. Est-ce que tu as trouvé qu'il y avait des comparaisons complètement stupides ?

Chloé Raunet : Je ne lis pas trop les chroniques, j'avoue. Non, j'ai un peu peur. Quand je lis des mauvais trucs (rires) je n'ai pas la peau assez dure pour ça. Je trouve toujours qu'on revient dans les mêmes trucs, Siouxsie and the Banshees, tout ça. Peut-être pour le premier album mais pour cet album vraiment pas. Non mais elle, elle chante bien mais je ne sais pas ce qui a eu comme comparaisons...

Liability : Moi, je voyais souvent Siouxsie and the Banshees justement.

Chloé Raunet : Je trouve ça un peu flemmard, je ne sais pas (rires). Ce n'est pas que j'aime pas, c'est un compliment. C'est une femme forte, c'est cool, je veux bien être comparée à elle. Je sais que pour les gens c'est important d'avoir des comparaisons mais on ne fait pas de la musique pour sonner comme quelqu'un d'autres. On fait de la musique comme on le sent, donc j'espère que chaque artiste à cette démarche. On fait de la musique par nos propres moyens, qui ne reproduit pas un son, un travail que quelqu'un d'autre a fait.

Liability : Sinon, ça ne servirait à rien ?

Chloé Raunet : Bah, ouais, je pense non ? (rires) Mais nous on n'est pas parti pour faire de la musique isolément.

Liability : Il y a des gens, des artistes qui t'on inspiré ou pas du tout, si c'est quelque chose que tu laisses de côté...

Chloé Raunet : J'ai toujours écouté plein de trucs différents mais je suis sur que toutes les musiques que j'adore ça m'a inspiré d'une façon ou d'une autre. Mais quand j'écris de la musique je ne suis pas en train de penser à d'autres artistes. Je pense que c'est plus un truc global mais ce n'est pas juste la musique c'est aussi les artistes, l'art contemporain, les livres, les films, je suis très visuelle. Avec la musique je vois souvent de grandes images. C'est vraiment un global. Ca peut être Tindersticks jusqu'à Dolly Parton jusqu'à je ne sais pas quoi. Genre Devo,..., Jim Dodges l'écrivain, David Lynch. Plein de trucs différents.

Liability : D'ailleurs si il y avait un disque à conseiller en particulier, ce serait lequel et pourquoi ?

Chloé Raunet : Un de mes disques préféré de ces dernières années c'est Quad Throw Salchow sorti sur le label Tummy Touch. Ils ont sorti un seul album et c'est ...je ne me rappelle plus le nom de l'album (rires) (c'est Speed, sorti en 2009 ndlr). Donc c'est Quad Throw Salchow et c'est mortel. Genre hallucinant comme style. Donc ça.

Liability : Donc, on en vient sur la tournée, un petit peu. Qu'est-ce qui va se passer après cette tournée là ? Est-ce que vous allez vous remettre sur un autre disque ou pas du tout ?

Chloé Raunet : C'est dur à dire là en ce moment. C'est toujours un peu... Je ne sais pas trop ce que je veux faire. Là je recommence à peine de re-écrire. Je ne sais pas si je vais sortir un truc sous le nom de Battant. Je ne sais pas encore. Je veux toujours faire le plus possible avec cet album. Donc là, on est en train de voir pour partir aux States. On va essayer de tourner un peu plus en Angleterre parce que avec le premier album on a beaucoup tourné en France mais pas ailleurs. Là, après la France on part en Allemagne. Donc, je vais essayer de voir d'autres territoires avec cet album et développer le live avec les musiciens avec qui je bosse. Puis, je ne sais pas après. Ouais, j'ai déjà quelquilies chansons que j'ai fait mais je ne sais pas si je vais continuer comme Battant, parce que maintenant c'est moi Battant (rires), oui si je vais trouver un autre nom ou quelque chose d'autre.

Liability : Donc c'est difficile pour l'instant de se projeter dans l'avenir ?

Chloé Raunet : Un peu ouais. Mais c'est la première journée de notre tournée.

Liability : C'est vraiment le premier jour ?

Chloé Raunet : On a fait quelques dâtes avant Noël mais là c'est vraiment la toute première dâte de notre tournée.

Liability : Pas trop le trac, d'appréhension ?

Chloé Raunet : On a déjà joué ici, au Pôle Etudiant avec Joël.

Liability : Il y a deux ans je crois ?

Chloé Raunet : Ouais, donc pour moi il y a des fantômes. Mais j'ai confiance en mes musiciens. C'est un autre délire le live. Il n'y a vraiment rien à voir avec ce qu'on faisait avant. Avant on savait ce qui allait se passer parce que tout sortait de l'ordi et il y avait plein de trucs qu'on avait enregistré avant. On faisait tourner des loops et tout. Et là on fait tout live, tous les synthés, tous les sons, tout, tout, tout est live. Donc, pour moi, c'est plus intéressant. On verra.

Liability : C'est une motivation supplémentaire, quoi.

Chloé Raunet : Ouais.

Liability : Et donc, pour finir, qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?

Chloé Raunet : Aïe, aïe, aïe, énorme cette question (rires). Je ne sais pas là. Je n'ai pas la tête à répondre à des trucs comme ça (rires).

Liability : Faire un bon concert ce soir ?

Chloé Raunet : Ouais, voilà. Et puis faire une bonne tournée.

A voir également :

http://www.myspace.com/battantbattant

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