.:.Interview.:.

Pochette

Rinôçérôse

Le : 16-02-2012

Lieu : Montpellier

propos recueillis par Roxanne et publiés le 11-03-2012

L'interview débute à "la maison du disque" à Montpellier. Sitôt descendu de son très « swinging London » Lambretta, Jean-Philippe Freu revis son adolescence à chaque vinyle qu'il tient entre ses mains. Trois ans après la sortie de Futurino, c'est la période où Rinôçérôse enregistre son prochain album. Mais pourtant très disponible, Jean-Philippe nous accorde un peu de son temps libre.

Visite guidée et commentée chez le disquaire.

Jean-Philippe : Donc là je cherche le maxi de New Order qui s'appelle Blue Monday, c'est un disque que j'avais trouvé à Porto Bello, je l'avais pas acheté, c'est d'ailleurs un grand regret. Ce qui est intéressant dans ce label Factory, outre la musique c'est qu'il y avait des pochettes de Peter Saville. Il y avait une unité graphique, une espèce de sobriété. Au final ce titre, Blue Monday, n’a pas pris une ride. (comme moi *rire* )

Après il y a Can, un groupe de rock progressif allemand, alors il paraît qu'on avait des affiliations avec eux, une manière de jouer sur scène, l'utilisation du ebow (archet électronique pour guitare). On travaille d'ailleurs sur une reprise dans le prochain album, on va la transformer, se la réapproprier pour ne pas que cela reste une "simple reprise de Can".

Alors là, nos collègues french touch, Air, avec qui on a joué dans pas mal de festivals, on a remarqué qu'ils étaient relativement bien habillés, mais ils portaient toujours des pantalons trop haut alors des fois pour se moquer d'eux on se mettait à côté et on remontait nos pantalons. Mais sinon ce sont des mecs très très talentueux, le premier album d'Air est indispensable, à la fois, quand on l'a écouté pour la première fois quand il est sorti, c'est un album qui a séduit mais qui a très vite lassé l'année d'après, on l'avait trop entendu. Quand on l'a redécouvert 6 ou 7 ans après, on se dit que c'est un super album, un grand classique, d'ailleurs ils en ont vendu 3 millions c'est pas pour rien !

Ah, on arrive à mon adolescence, on est un peu tous passés par là. Donc là cet album, Powerage, très bien, on commençait à en parler dans les cours de lycée à Narbonne. Et puis l'année d'après est sorti Hight Way to Hell, qui est la quintessence de la réussite d'un album.

C'est un album où il n'y a rien à jeter, dans un style qui a été mûri, c'était leur 5 ou 6ème. Ils arrivent à un moment donné de leur carrière où les chansons sont bien écrites, le son est monstrueux, on n'a jamais fait mieux, et tous les morceaux les uns après les autres veulent dire quelque chose, c'est le pur album réussit.

Nous, dans Rinô, il y a quand même une affiliation parfois, de très loin avec les rythmiques de Malcolm Young, parce qu'elles sont très aérées en fait, c'est l'intérêt du son d'AC/DC, parce qu'il a des attaques de guitare très franches, ce sont des riffs avec des silences dedans. Contrairement aux Ramones par exemple qui ont tendance à remplir, là c'est très syncopé. Ca m'a toujours intéressé parce que si tu veux qu'il y ait de l'espace dans ta musique, t'as intérêt à faire des syncopes.

Bon, ABBA, j'ai jamais pu blairer ça, pourtant j'aime le disco, mais là...

Aerosmith, T-Rex... Ah T-rex, alors lui c'est un mec fabuleux, c'est pratiquement l'inventeur du glam rock, en Angleterre, un style inimitable, vraiment chouette à écouter, des mélodies vachement simples avec des influences de Link Wray. C'est un mec qui s'est tué en 77 dans sa mini austin, une mort très anglaise. Il était de toute façon en perte de vitesse, puisque c'était l'année du punk, comme c'était un mec à cheveux long de la décennie passée...

On va voir d'autres trucs...

Ah, The Velvet Underground, quand on parle de pochette, on ne peut pas imaginer mieux !

Après cet album "the velvet underground and nico", t’aurais presque pu arrêter le rock and roll ! *rire*

L'écriture des chansons, comme "I'm waiting for my man", La poésie urbaine à l'époque où la majorité des gens étaient hippies, eux ils avaient un autre discours. Ce n’était pas le flower power. Et puis c'est un album qui a influencé la new wave. Ca c'est des mecs qui ont galéré à l'époque, ils avaient une super presse, mais le public n'achetait pas ça, le public était sur le mouvement hippy. C'était trop tôt ! Il a fallu 20 ans pour que les gens comprennent et commencent à acheter ce groupe avec la réédition du cd d'ailleurs. J’ai découvert le Velvet Underground en 84, quand j'étais étudiant.

Ca c'est un groupe (The Smiths) qu'il m'a fallu plus de dix ans pour apprécier, à l'époque où ils avaient du succès je m'en foutais, puis au bout d'un moment je me suis mis à les adorer et à avoir un culte pour eux. Je m'y suis particulièrement intéressé quand je me suis mis à traduire les textes, c'est un auteur fabuleux.

Bon les Stones, groupe de mon adolescence, et quand je regarde cette pochette, je me retrouve j'ai 15 ans, là j'y passais des heures, j'ai toujours voulu ressembler à lui là (cf Keith Richard) mais je ne suis pas le seul…

Là, "tattoo you" c'est leur dernier album à succès, qui date d'il y a trente ans, et malgré tout c'est toujours un des groupes qui fait les plus grosses recettes sur scène.

Si tu organises un concert des Stones, c'est comme si tu faisais une expo de Picasso, il y a une telle richesse du répertoire…

On vient de voir la pochette de Emotional Rescue des Stones, alors pour info on a enregistré la moitié du prochain album, sur la même table avec laquelle ils ont enregistré cet album "Tatto You" et "Some Girl". Là quand tu es devant tu te dis qu'il y a trente ans, ils étaient en train de mixer "Miss You"... et en même temps tu l'entends ce son, ce son qui est fabuleux.

Tiens ! Un 45 tours de Rino ("Le mobilier", notre premier single), une rareté sortie en édition limitée à l'époque où on était sur le label V2 UK ! En fait ce 45 tours est maintenant collectionné par les Dj mods qui le jouent dans les rallyes de scooteristes.

En face B, il y a une version type organ groove français des sixties. Quand tu écoutes le titre, t'as l'impression que la face B c'est l'original et que nous on a fait une reprise d'un vieux morceau des sixties. Ca a été enregistré en live par un groupe à Montpellier qui s'appelait Ray Gun.

La suite de l'interview se fait dans un café montpelliérain, entre une cigarette et une gorgée, Jean-Philippe nous raconte ses débuts.

Liability : Donc Rinôçérôse, c'est un duo, mais avant tout un couple ?

Jean-Philippe Freu : C'est la même équipe depuis le début en fait, ça s'est formé comme ça. C'est une musique que j'ai fait avec ma compagne, ce n’était pas ma femme encore, on a enregistré un premier album et on a réuni un collectif après, aujourd'hui ce sont toujours les mêmes.

Liability : Alors, pour composer, comment ça se passe ?

Jean-Philippe Freu : Bin nous on avait déjà fait partie d'un groupe pop, français, influences sixties un peu, et on a découvert la musique électronique assez tôt puisqu'on avait des copains qui vivaient en Angleterre et qui nous ont parlé du mouvement dès le début, et comme on était intéressés par la dance music, ça nous a attiré, on est allé chercher les white labels en Angleterre, les premiers disques de house progressive anglaise, et on s'est dit qu'il y avait un truc vachement intéressant là-dedans, avec des structures différentes de la pop, qui sont plus longues, qui permettent de développer d'avantage de climat. Mais au lieu de le faire avec les instruments que eux utilisaient, c'est à dire les synthés et tout ça, on a essayé de le faire avec des guitares et des basses. On a utilisé d'autres procédés de son, c'est un peu comme ça qu'on a fait les débuts de Rinôçérôse. On a composé à deux, sur un tout petit quatre pistes analogique à cassette à l'époque.

Liability : Dans votre parcours, qu'est-ce que vous regrettez et qu'auriez-vous refait ?

Jean-Philippe Freu : Nous, on n'a jamais été très bons sur les clips par exemple, on n'a pas de bonnes images, de bons clips comparé par exemple à Daft Punk qui ont des clips extraordinaires. Le clip ça coute extrêmement cher, ici dans le sud, il n'y a pas beaucoup de conditions en images, c'est surtout sur Paris que ça se passe. Donc j'aurais aimé travailler plus pour développer ça. Là aujourd'hui on va essayer de faire des clips home made à la DIY.

Liability : Dans le nouvel album, qu'est-ce qu'il y aura de différent par rapport au précédent ?

Jean-Philippe Freu : On a essayé de le rendre plus cohérent. C'est à dire que le précédent on l'avait fait à différents endroits avec différents producteurs, et plein de chanteurs différents. Donc du coup c'est assez dispersé, il y a des morceaux qui ont été produit par les Bloody Beetroots qui sont très marqués de leur style. Pour le prochain album, on a développé un travail avec Jags Kooner comme producteur et Bnann comme unique chanteur ( c’est lui qui chantait Cubicle, notre plus gros single à ce jour) Donc c'est un album qui sera plus cohérent. Depuis nos débuts, on a beaucoup évolué : il y a une première période presque trip hop, dans rétrospective sur Elefant records, puis après à partir de 99, c'est très house. On a traversé toutes ces années, en étant toujours très perméables à tous les sons que l’on a écoutés. Après, il y a eu un virage très rock avec Skyzophonia, Futurinô... et le prochain est rock et electro à la fois.

Liability : Quand on est Jean-Philippe Freu, qu'est-ce qu'on écoute dans sa voiture à part le bruit du moteur de sa Porsche ?

Jean-Philippe Freu : Quand on roule on n'écoute pas trop de musique, parce que le moteur fait trop de bruit justement, mais sinon, j'écoute beaucoup Todd Terje en ce moment, pour moi c'est le mec qui fait les trucs les plus fabuleux et pour rouler il n'y a pas mieux. D'ailleurs ça nous inspire pour le prochain album.

Liability : Pourquoi Rinôçérôse ?

Jean-Philippe Freu : C'était le nom d'un tableau d'art brut, et on pensait que la façon dont on a abordé la house music avait des connections avec l'art brut, parce qu'on ne le faisait pas comme les autres, on le faisait de manière très détournée, un peu brut comme ça. La seule différence est que l'art brut était fait par des artistes qui n'avaient pas conscience de leur décalage alors que nous, nous l’avions. On est parti d’Universal, qui était un label trop gros et trop mainstream (commercial) pour nous. On veut un label plus indé et avec des connections européennes. On a quelques pistes. Je pense que l’on devrait sortir quelque chose avant l’été, et l’album à la rentrée. Fingers crossed.

Crédits Photos : Roxanne Magniet

A voir également :

http://www.rinocerose.com/

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