.:.Interview.:.

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Patriotic Sunday, The

Le : 30-09-2011

Lieu : Les Carafés, Nantes

propos recueillis par Fabien et publiés le 20-01-2012

J'ai honte. Oui, j'ai honte parce que je n'ai pas mis Actual Fiction dans mon top de fin d'année alors qu'il le méritait amplement. Eric Pasquereau aka The Patriotic Sunday a eu la main heureuse avec ce disque qui clairement l'une des plus belle pépite de l'année qui vient de s'écouler. Quelques jours avant que le disque sorte, Eric nous avait accordé un peu de son temps pour nous parler de ce disque qui a été réalisé avec les perchés de La Terre Tremble !!!. En même temps on lui a demandé des nouvelles de Papier Tigre, son autre projet qui risque encore de faire bouger les lignes d'ici une poignée de semaines. Autour d'un verre de vin, l'homme s'est révélé assez disert.

Liability : Bonjour Eric.

Eric Pasquereau : Bonjour, Fabien.

Liability : Deux ans, grosso modo, après Characters tu sors un nouvel album. En fait tu as été asses actif puisqu'entre temps tu as été pas mal occupé avec Papier Tigre. Où as-tu trouvé le temps pour faire ce disque ?

Eric Pasquereau : Euh, j'ai pas mal de temps vu que je fais que de la musique. J'ai eu pas mal de temps pour y réfléchir. En fait, pour ce disque là ça s'est passé très vite parce que j'avais quelques morceaux. Le fait que Characters ait été enregistré en 2007 et qu'il est sorti en 2009, entre temps il y a eu plein de temps de production et vu qu'on tournait beaucoup avec Papier Tigre, je n'étais pas dispo pour que le disque sorte etc. Déjà, il y avait ça et entre temps, entre l'enregistrement en 2007 et maintenant j'ai eu quand même pas mal de temps pour écrire des morceaux et puis il y avait surtout le fait que j'ai rencontré les mecs de La Terre Tremble !!! avec qui j'ai fait quelques concert avec Papier Tigre. On s'était vu à droite à gauche et on s'était dit qu'on tenterai bien de faire un truc ensemble. Donc, ils sont venus chez mes parent au Louroux Bottereau à côté de Nantes et on s' est fait une petite session de quatre jours et à partir de là on avait fait quasiment sept morceaux en quatre jours et on s'est dit que c'était cool, ça nous plait, on y va. On a fait une autre session après, on avait quasiment finit le disque, j'arrivai avec ma guitare/voix et eux arrangeaient le truc. Donc et voilà, le temps, le temps... faut travailler. Il faut trouver en l'occurence les gens autour. Ce sont eux qui ont permis de faire accélérer le propos un peu plus vite que si je l'avais fait entièrement tout seul.

Liability : Globalement, qu'est-ce qui t'as influencé sur ce disque là, par rapport aux autres ?

Eric Pasquereau : Par rapport aux autres ? Le côté de revenir à quelque chose d'un peu plus simple, d'un peu plus organique, un peu plus live parce que sur Characters on avait fait un traitement très numérique des choses c'est à dire on avait vraiment travaillé sur les arrangements, il y avait énormément de gens qui intervenaient sur le disque, c'était vraiment la grosse orchestration etc... Là, c'était plus le plaisir de jouer live avec des gens dans la même pièce, avoir quelque chose de plus immédiat. Donc voilà... pour les influences, j'ai écouté plein de vieux trucs ces derniers temps. C'est plus des albums de Caetano Veloso, de Robert Wyatt, des albums des Kinks, ouais des trucs un peu comme ça. Pas forcément toute l'œuvre de ce genre là mais des albums à droite à gauche genre Rock Bottom de Robert Wyatt, Tropicalia de Caetano Veloso ou pas mal d'albums des Kinks que j'aime bien. Ca couplé avec des trucs plus récents genre The Curtains de Chris Cohen que j'aime beaucoup, Crytacize aussi, euh... qu'est-ce qu'il y a eu d'autre ?... Bon voilà, je peux en oublier mais ce sont des trucs comme ça que j'ai pu écouter récemment qui m'ont donné envie de faire des trucs. Mais après je ne sais pas si ces influences transparaissent réellement dans l'album parce que tu pars toujours avec un gros bagage, plus celui des gens de La Terre Tremble !!!, mais bon voilà. En gros c'est ça.

Liability : Ce sont des influences très solaires, des albums lumineux qui sentent le soleil, des trucs un peu comme ça. Ca se ressent un peu dans le disque...

Eric Pasquereau : Ouais, en gros c'est ça. Je ne sais pas si ça se ressent autant que ça dans le disque mais en tout cas c'est la touche qu'on voulait donner au disque. On voulait que ce soit vintage dans l'approche tout en restant assez moderne parce qu'on est en 2011 et tu ne peux pas faire semblant d'être en 1968. Donc voilà, en gros c'est ça.

Liability : D'ailleurs c'est un peu marrant parce que le disque sort en Octobre et vu les chaleurs qui font ça fait presque un disque de saison.

Eric Pasquereau : Ouais, surtout qu'on a commencé à travailler dessus l'été dernier. Donc c'est bien. Là, il fait chaud, je pense que c'est un bon disque d'été pour rester dans son jardin, allongé dans la pelouse et ne penser à rien (rires).

Liability : C'est le meilleur endroit pour l'écouter ?

Eric Pasquereau : Bah peut-être ouais (rires).

Liability : On a l'impression qu'au fil des disques, The Patriotic Sunday évolue à chaque fois. C'est une nécessité pour toi de pouvoir évoluer comme ça ou pas du tout ?

Eric Pasquereau : En fait j'aime bien les albums qui montrent différentes facettes au fur et à mesure. Avec mes disques j'ai toujours un peu fait comme ça. C'est à dire tu ne poses pas un décor et après on reproduit. On essaye un peu de présenter des idées, de faire un disque à tiroir ou c'est la seule de l'ensemble du disque qui donne une identité pas juste un type d'écriture, un type de son qu'on retrouve au fur et à mesure de l'album ou un morceau en particulier qui serait, genre, la quintescence du disque. C'est vraiment toucher à différentes formes de la pop, à la fois en terme de son et à la fois en terme d'instrumentations. C'est ce que j'ai fait depuis le premier, c'est ce qu'on à fait sur Characters même si … Il y a quand même pas mal de voyages à l'intérieur du monde de la pop et c'est peut-être le truc le plus intéressant à faire dans la musique maintenant c'est que tu as toute cette attache culturelle de musique actuelle qui va des Beatles jusqu'à n'importe quoi, de l'hip-hop le plus extrème. Tout ça tu peux l'avoir, ce n'est pas figé dans une espèce de scène. Ce n'est pas « je fais du punk, donc j'ai un blouson en cuir, une crête que je vais écouter que du UK Subs ». Et voilà, quoi, tu es dans un monde qui est très ouvert et ça c'est intéressant, aussi bien au niveau géographique qu'au niveau musical.

Liability : D'ailleurs en parlant de ça tu joues dans Papier Tigre. Il y a des gens qui connaissent plus Papier Tigre, est-ce qu'il a des gens qui sont étonnés quand ils écoutent tes propres disques ?

Eric Pasquereau : Je ne sais pas en fait. On ne m'a jamais dit : « Ah ouais, tu fais ça aussi ! ». Peut-être, je ne sais pas. Peut-être que les deux mondes sont étrangement cloisonnés. C'est un peu en contradiction avec ce que je disais avant, c'est qu'avec Papier Tigre on a tendance à tourner dans une grande scène indé qui existe en France avec de vrais amateurs et des activistes qui organisent des concerts alors qu'avec Patriotic Sunday, même si c'est tout aussi exigeant et indépendant, à mon goût en tout cas, on a plus tendance à tourner dans un réseau un peu le cul entre deux chaises, c'est à dire entre la scène indé et pas la varièt' mais je vais dire un truc un peu plus mainstream avec des festivals, des salles de concerts conventionnés etc... Donc, je n'ai jamais trop compris où ça se situait ce projet sur l'échiquier musical mais moi je le vois comme un projet tout aussi indépendant musicalement et tout aussi dur à appréhender comme peut l'être Papier Tigre même si Papier Tigre est plus dans un genre. Ca peut paraître plus recevable pour un certain nombre de gens qui écoutent de la musique un peu plus aggressive en tout cas. Mais pour moi, ça me paraît tout aussi dur. C'est pour ça que quand c'est labélisé, un truc un peu pop folk, un truc comme ça, j'ai tendance à dire oui parce que c'est les références du truc mais ce n'est pas Herman Düne non plus, tu vois. Ce n'est pas la petite chanson à siffloter sous la douche. Il y a toujours des moments de rupture, une recherche ce qui rend les disques un petit peu difficile à vendre et difficile à accepter pour énormément de gens

Liability : D'où cette notion de disque à tiroir que tu indiquais tout à l'heure...

Eric Pasquereau : Oui, tout à fait... Ben ouais, je ne sais pas. Moi, je fais des disques vraiment pour moi. Je fais des disques en fonction des timbres, des trucs qui me donnent envie d'écouter des choses à ce moment là. Voilà, je ne me dis pas « ce morceau est un tube ! On va mettre la production du moment dessus et puis ça va cartonner! ». Je fais un peu le disque comme je l'entends, après je ne sais pas si ça résonne dans les oreilles des gens comme ça etc mais à la limite ce n'est pas très important quoi. Après, chacun en fait ce qu'il veut. Ce qui est important dans un disque c'est qu'on puisse se l'approprier.

Liability : Je reviens un peu à La Terre Tremble !!!. C'est un groupe qui est sur le même label que toi (Collectif Effervescence). On a l'impression, quand on regarde un peu l'historique de ce label là, c'est que tous les artistes finissent par se rencontrer, travailler ensemble. Ca à l'air d'être un peu une famille. Du coup, s'ils avaient été sur un autre label, est-ce que cette collaboration aurait pu avoir lieu ?

Eric Pasquereau : Elle aurait pu avoir lieu mais on n'aurait peut-être pas fait nécessairement autant de concerts ensemble et on ne se seraient peut-être pas autant vu. Donc, je ne sais pas si la collaboration, on l'aurait vraiment faite. Mais, oui, ce n'est pas parce qu'ils sont sur Effervescence que je joue avec eux et je pense que pour eux c'est pareil. En fait, chez Effervescence, ce qui est intéressant dans le label c'est que c'est Julien qui chapeaute le tout et par contre Julien ne dira jamais à machin ou à un d'entre nous « Ah, il faudrait que tu ailles collaborer avec untel ». Ce sont des choses qui se passent naturellement ou alors elles ne se passent pas quoi. Et voilà, nous, il y avait une entente musicale, une certaine envie de faire quelque chose. Eux, ils avaient de faire un truc un peu plus pop que ce qu'ils peuvent faire eux. Ils ont tendance à faire des trucs un peu plus compliqués. On sentait qu'on avait des références communes, qu'on allait bien s'amuser à faire le truc. Et puis il y a un courant qui passe humainement qui était assez évident, donc c'est vraiment un truc sans prises de têtes, sans plan sur la comête parce que quand on a commencé à le faire ils étaient juste venus et puis en gros c'était le mois de juin, ça passait mal, au pire, on allait boire des coups et discuter, le fait d'être un peu à la campagne. Si ça passait bien, on allait faire de la musique. En gros c'était, donc il n'y avait pas trop d'engagement. On ne s'est pas dit « on fait un disque ensemble ». On se dit « on venait, on fait des morceaux, on voit ce que ça donne ». Après, je pense que cela aurait pu se faire comme cela n'aurait pas pu se faire parce que le fait d'être sur le même label ça rapproche quand même et aussi au niveau des concerts, plus qu'au niveau du label. Et voilà, après ce n'est pas dit que je ne collaborerai pas avec des gens sur d'autres labels. Avec plaisir, si l'opportunité se présente.

Liability : En même temps j'allais te demander comment c'était passé cette collaboration mais tu viens de nous l'expliquer. C'était donc au feeling.

Eric Pasquereau : Oui c'était un peu au feeling. On s'est rencontré il y a trois, peut-être quatre ans. Ils faisaient une de nos premières tournées avant qu'ils ne soient sur Effervescence. On jouait au Pavillon Sauvage à Toulouse et ils jouaient avec, nous avec Papier Tigre le lendemain. Ils sont venus voir le concert, on a sympathisé ce soir là. Et après, au fur et à mesure, on s'est revu, ils cherchaient un label et on en a parlé à Julien en lui disant qu'on avait vu ce groupe là, qu'on le trouvait bien avec les autres de Papier Tigre et ils ont atteris sur le label. On a commencé à plus se voir, à avoir des concerts de calés ensemble. Et voilà, de fil en aiguille ils ont finit par connaître ce que je faisais en solo et ils ont trouvé ça bien. Et puis on a fait quelques concerts The Patriotic Sunday / La Terre Tremble !!!, avec le live de Characters. Et puis voilà, et comme je te disais tout à l'heure humainement il y a un courant qui passe ou pas. Musicalement, il y avait des affinités et vu qu'on s'entendait bien et qu'on s'amusait bien, il n'y avait pas de raisons de ne pas le faire.

Liability : Et c'est important pour toi ce côté humain, de pouvoir travailler avec des gens?

Eric Pasquereau : Franchement, dans les domaines artistiques si on ne s'entend pas humainement ça va être très compliqué de faire un truc. En fait, tu dois déballer quelque chose de ta personne, tu dois essayer de te faire comprendre. En plus, moi j'arrive avec mes morceaux, eux ils proposent des idées pour arranger le truc. Il faut qu'on soit capable de discuter, ça ne peut pas être juste une entente musicale. Donc, ouais, pour moi le côté humain est primordial surtout quand tu pars après en tournée etc... Il faut quand même se rendre compte que tu vas passer énormément de temps ensemble. Et puis à notre échelle, qui est une échelle assez réduite, si tu ne t'amuses pas en faisant ce que tu fais, il n'y a pas de raisons de le faire. Ce n'est pas pour les sommes d'argent collossales qu'on peut gagner. Autant se faire plaisir avec des gens qu'on aime bien. Il n'y a pas de sacrifices à faire pour la musique. Pas maintenant en tout cas.

Liability : De toute façon tu vas défendre l'album sur scène. Ils vont te suivre sur scène ou tu auras un autre...

Eric Pasquereau : Non, non. On fait tout le projet ensemble. Du début jusqu'à la fin. C'est à dire ils ont fait tout l'enregistrement, là on a répété pour faire des concerts. On pousse le truc jusqu'au bout. Ils viennent, ils tournent avec moi sur scène. J'espère qu'on va faire pas mal de concerts et ça à l'air de bien se présenter. On a tout réarrangé pour le live, parce qu'il y a plein de petits arrangements de claviers qu'on n'a pas choisi de faire sur scène alors qu'on a choisi de faire un truc plus direct. Et voilà, ils vont me suivre sur scène.

Eric Pasquereau : Non, je ne l'ai pas écouté encore. Ils sont en train de le mixer ce mois-ci, enfin, au mois d'octobre ils vont le mixer. J'ai entendu absolument rien. J'ai juste vu quelques lives. Ca à l'air d'être assez osé. Ca à l'air d'être intéressant, de partir sur des ambiances Captain Beefheart, des trucs un peu bluesy, déglingue. Je ne sais pas. Ce sont des gens très talentueux donc je pense qu'il y aura forcément des bonnes choses à en tirer de ce disque. Après, ça peut être énorme ou un passage vers autre chose. Après, ce sera à chacun de juger, voir si c'est un disque référence pour eux ou si c'est un passage où ils changent de style et où ils vont vers quelque chose pour faire d'autres disques plus aboutis après. Ca, j'ai du mal à le voir encore.

Liability : Actual Fiction c'est déjà ton troisième album. Chaque fois on a l'impression que tu te lances des défis pour aller un peu plus loin. Est-ce que c'est également ton impression ?

Eric Pasquereau : Pas du tout. Parce que les choses se passent assez naturellement. Le deuxième album était plus un défi où je voulais faire une plus grosse orchestration, faire un truc intéressant puisque ça m'intéressait de faire collaborer un maximum de personnes ensemble pour un but commun. Celui-là c'est plus un album tranquille quoi. Très avec le temps, où l'on garde que les bonnes idées c'est à dire où je me suis mis à composer les morceaux pour mon propre plaisir. Tu prends ta guitare, tu joues, tu as les idées qui apparaissent et à partir de là tu construis un morceau. Et puis quand tu as envies d'écrire, tu n'es pas pressé, tu n'as pas d'engagement particulier, pas d'ambition dévorante qui te force à faire un troisième album tout de suite. C'est vraiment un truc qui plus dans le plaisir vu qu'on passe beaucoup de temps avec Papier Tigre et que c'est mon activité première, parce qu'on fait énormément de concerts. Donc, ça prend beaucoup de temps. The Patriotic Sunday est passé au fur et à mesure plus comme un side-project et plus comme un truc où je me fais réellement plaisir. Ca ne veut pas dire que c'est fait à l'arrache, hein, du tout ! (rires) Mais c'est plutôt dans le sens où il n'y a pas de pression particulière. Il y a toujours la volonté de bien faire, de faire le meilleur truc possible mais il n'y a pas d'exigence, il n'y a pas d'attente énorme derrière ça, donc c'est juste de continuer le chemin, d'essayer d'écrire les meilleures chansons, de mieux les arranger, de mieux les interpréter. Mais le défi il est là quoi. Le défi il est de se faire plaisir encore plus qu'avant, en faisant les choses mieux.

Liability : En parlant de se faire plaisir, tu n'as pas peur qu'on dise de ton disque que c'est le plus mature et que ça fasse cliché.

Eric Pasquereau : (rires) Euuuh, je ne pense pas qu'il soit mature comme disque. En terme de son peut-être mais en terme d'idées, d'interprétations, de compositions, c'est un peu plus mature mais pas... Ouais, je ne sais pas. Je trouve que le premier était déjà très mature à mon goût dans le sens où au sens strict c'est sans doute le plus mature de tous. Là-dessus, sur les deux derniers, sur Actual Fiction et sur Characters, on se permet plus de rigoler sur pas mal de trucs alors que sur le premier c'est assez strict. Après, je ne sais pas trop ce que ça veut dire, je m'emporte pas trop mais je deviens plus vieux donc je deviens plus mature. Ouais, je ne sais pas trop. Je n'ai pas peur de ça. Si les gens ont envie de le dire, et voilà ! Il faut qu'ils s'approprient le disque et comme ce que je disais tout à l'heure ce qui fait un bon disque c'est que tu l'amènes chez toi et que tu te dis « ça, ça me parle », que tu saches l'expliquer ou non et c'est pour ça que tu as envies de l'écouter, c'est pour ça que ça te rends triste, joyeux, ça te procure des sensations que tu n'as pas trouvé ailleurs ou dans un autre disque.

Liability : Le disque n'est pas encore sorti, il sort le 17 Octobre. Est-ce que tu l'as fait écouter à des personnes proches ou à d'autres et est-ce que tu as des retours par rapport à ça ?

Eric Pasquereau : De mes amis proches musiciens, la plupart ont été assez séduit par le disque. J'ai des bons retours parce que ça doit être mes amis (rires)...

Liability : Tu n'as pas peur que ce ne soit pas les avis les plus objectifs ?

Eric Pasquereau : Non, je ne pense pas. C'est comme toujours quand tu sors un disque, il y a des gens qui accrochent à fonds et il y a des gens qui s'en foutent et c'est jamais les mêmes. Il y a aussi sur certains styles de musiques et certains passages sur le disque, il faut être ouvert à aimer à certains moments. Il y a des disques où tu peux passer complètement à côté au moment où ça sort et deux ans après retomber dessus et se dire « ah ouais, il était super ce disque » mais tu n'étais pas dans cet état d'esprit. Et puis le retour des gens, au final, au bout d'un moment tu t'en fous, parce que t'es là, t'essayes de faire ton truc pour le mieux, toi ça te parles, tu prends des décisions musicales et artistiques au fur et à mesure du processus de création et d'enregistrement et tu t'y tiens. Après, ça m'emmerderait si plein de gens que j'aime bien me dise « putain, il est vraiment tout pourri ton disque » et puis même s'ils me le disaient ce ne serait pas aussi important. Il faut savoir ce que toi tu veux et après, éventuellement, si des gens autour de toi peuvent y adhérer, tant mieux. Mais ce n'est pas si important. Il ne faut pas que ça le soit. Surtout que j'ai fait un autre disque depuis. Ca fait un petit moment que j'ai fait écouter Actual Fiction à des gens et je n'ai pas souvenir là, comme ça, direct. Mais, par exemple, j'ai des potes, plutôt des potes de potes qui viennent me voir et qui me disent « ah bah tiens, j'ai écouté ton disque, c'est vachement bien ». Quand on vient te voir spontanément pour te dire ça, alors qu'on pourrait très bien parler d'autres choses. Et puis ce ne sont pas des gens qui viennent lêcher le cul, ils n'y ont aucun intérêt à venir me voir pour me dire ça mais ça me fait plaisir.

Liability : Ce sera plus important qu'un avis de critique rock ?

Eric Pasquereau : Ah mais tu vois par exemple, les critiques journalistes c'est exactement comme un autre gars qu'on croise dans la rue qui te dit j'aime/j'aime pas pour telles ou telles raisons. Faut pas s'enflammer plus que ça. Que ce soit Les Inrocks ou un bout de papier dans la rue, ce n'est pas si important que ça. Je pense...

Liability : Il faut laisser vivre le disque ?

Eric Pasquereau : Il faut laisser vivre le disque et il faut surtout ne pas s'enflammer sur des jugements rapides. Parce que souvent, il y a plusieurs lectures dans le disque et tu peux te rendre compte à un moment que ce disque là était plus important que d'autres. Il y a plein de disques comme ça, des centaines. Il y a des exemples de disques qui ont marché en 1972 et qui ne seront jamais réédités aujourd'hui et inversement, il y a des disques qui n'ont pas du tout vendu et qui vont être réédités et qui vont vendre beaucoup. Personne n'en avait rien à foutre de Nick Drake quand c'est sorti et maintenant n'importte quelle réédition de Pink Moon, ils doivent tous les vendre. Donc, faut pas trop s'enflammer avec ça même si ça a du affecter la vie de Nick Drake mais ce n'est pas mon cas, on n'est pas sur le même équilibre.

Liability : Quand j'ai écouté Actual Fiction, j'ai eu l'impression que c'était un disque qu'on écoutait sur la longueur.

Eric Pasquereau : Ah mais carrément. C'est un album dont les morceaux sont assez long, de quatre minutes et quelques, ce n'est pas un disque mp3, c'est un disque un peu à l'ancienne qui n'a pas le plus grand moule marketing du moment. Mais bon voilà, après, il faut savoir ce que t'as envie de faire. Et puis je pense qu'il faut prendre pas mal de distance, tout va tellement vite. Au final, faire des disques ou des chansons qui restent un peu ce n'est pas plus mal. Les derniers disques qui m'ont marqué ces derniers mois, ce sont des disques qui n'ont pas du tout marché et je me base un petit peu là dessus en me disant qu'il y aura surement quatre types quelque part qui trainent leurs pieds en écoutant ça et tant mieux.

Liability : On va revenir à Papier Tigre du coup. Le dernier album est sorti en 2008 si je ne me trompe pas. Tu me disais tout à l'heure que tu faisais des enregistements, des projets ?

Eric Pasquereau : Là on a fait en juillet l'enregistrement d'un nouveau disque de Papier Tigre. On a enregistré ça à Chicago avec John Congleton qui a produit Bill Callahan, Explosion in the Sky et j'en passe. C'était chouette. Je pense que l'album va sortir en janvier ou en février (en mars en fait ndlr). On est content d'avoir fini ce disque sur lequel on travaille depuis un certain temps (rires). Je ne sais pas comment on pourrait le décrire. Il est assez différent de ce que l'on a pu faire avant. Plus extême dans tous les sens. Il a des côtés un peu plus pop et des côtés un peu plus dur, un peu plus aggressif. Je pense que les gens en entendront parler, du moins je l'espère. Et ouais, c'était une chouette expérience de l'enregistrer à Chicago et c'était une chouette expérience d'arriver avec les gars de pousser le bouchon un peu plus loin parce qu'on avait fait deux albums assez rapprochés en 2007 et 2008. Il y a eu énormément de tournées et puis bon à partir d'un moment on est revenu à Nantes en se disant « qu'est-ce qu'on fait maintenant ? ». On avait tout à refaire, tout à reconstruire et voilà, moi, je suis très content du résultat et je pense qu'on va faire encore beaucoup de concerts (rires). Et j'espère que ça plaira autant aux gens que les albums d'avant, si ce n'est plus.

Liability : Tu penses que c'est un disque qui va étonner par rapport aux deux précédents ?

Eric Pasquereau : Ouais, je pense. Parce qu'il est plus dur d'accès, il est plus alambiqué, c'est moins ouvertement noise-rock, l'axe Fugazi/Shellac même si c'est la base de nos références et puis parce qui il a fallu qu'on évolue aussi. On reste sur un monde indie-américain mais ça va être un peu plus large, ça va être un peu plus free, à la US Maple machin, des trucs un peu plus Deerhoof et on est quelque part là dedans. Après, je trouve ça très chouette. On ne sait pas comment les gens vont réagir mais je pense qu'en concert ça va bien donner et avant on était sur des formats assez court de trois minutes, avec des structures vachement hachées. Là, parfois, il y a des passages qui se développent un peu plus sur le temps. Il y a des structures encore plus complexes que ce que l'on a pu faire avant, c'est un peu plus varié. Voilà, on verra bien (rires). Tu me diras ce que tu en penseras quand tu l'auras entre les mains (rires)

Liability : Oui, on verra au mois de janvier ou peut-être un peu avant mais en tout cas, on arrive à la fin. La question habituelle qu'on pose chez nous c'est ce qu'on te peut te souhaiter pour la suite ?

Eric Pasquereau : Qu'on fasse une bonne tournée, qu'on fasse d'autres concerts avec Patriotic l'année prochaine. Ca me plairait bien. Que le Papier Tigre marche bien et qu'on puisse tourner un peu partout dans le monde comme on avait pu le faire avec l'album précédent. Et puis surtout qu'on ait toujours envie de le faire et qu'on s'amuse toujours à le faire. Peu importe le succès du projet parce que je pense que c'est surtout ça qui est l'essentiel.

Liability : C'est le principal moteur ?

Eric Pasquereau : Bah oui, faut prendre du plaisir à jouer, à s'amuser, se rendre compte de la chance qu'on a de faire de la musique même si ce n'est pas toujours facile humainement et financièrement etc... Il faut quand même s'amuser à jouer et profiter de ces moments là et surtout d'y aller à fonds, au maximum qu'on peut plutôt que de râler à la française « ouuaiiis, mouais han hein ! » Voilà quoi. Même si là on parle alors que c'est l'inauguration de la Fabrique et de Stéréolux, tout le truc nantais mais ça va quand même être des beaux outils et si ils arrivent à mettre des vrais groupes dedans, ça sera peut-être pas mal.

Liability : Merci, beaucoup Eric.

Eric Pasquereau : Merci à toi.

A voir également :

http://collectif-effervescence.bandcamp.com/album/actual-fiction

http://www.collectif-effervescence.com/

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