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Seilman, Faustine

Le : 25-05-2010

Lieu : e-mail

propos recueillis par Fabien et publiés le 27-06-2010

On n'en attendait pas moins de la jeune nantaise. Whispers & Shouts est un digne successeur à Silent Valley qui, déjà, avait placé la barre assez haute. Faustine Seilman a relevé le défi avec une certaine classe et une rare maturité. Cela méritait bien une petite interview.

Liability : Bonjour Faustine, Whispers & Shouts succède deux ans après à Silent Valley. Est-ce que ce nouvel album a été plus dur à concevoir que le précédent ? D'ailleurs qu'est-ce qui a motivé ce nouvel album ?

Faustine Seilman : Whispers & Shouts n'a pas été conçu dans la même énergie que Silent Valley. En effet, Silent Valley a été composé dans un temps beaucoup plus long (certains textes avaient pris racine plus de quatre ans auparavant) et correspond aux prémices du travail en groupe. C'était la première fois que je faisais appel à des musiciens pour m'accompagner. Avant je jouais seule. Ce disque a donc été pour moi le lieux d'expérimentations au niveau des arrangements entre autre. A l'époque, j'avais invité Rachel Langlais à venir jouer de l'accordéon, de la scie musicale, du toy piano, du xylo etc... La formule était plus dense, le disque assez sombre, les textes reflétaient une époque, aujourd'hui digérée. Whispers & Shouts a donc été conçu de manière différente. J'ai écrit et composé les chansons en une année et de fait nous nous connaissons beaucoup mieux musicalement aujourd'hui qu'il y a quatre ans ! Le disque a été composé à 8 mains cette fois. Toujours entouré de Vincent Dupas à la basse, Jonathan Seilman à la guitare et Pierre Marolleau à la batterie. J'avais le désir de faire un album moins "triste", plus clair et limpide. Bien que les sujets restent pour certains assez sombres, il y a beaucoup plus de lumière dans la musique ainsi que dans les textes. J'avais envie de changements, de quelque chose de plus "pop" et nous avons travaillé dans ce sens.

Liability : On sent une plus grande assurance dans Whispers & Shouts. Un album sans doute moins intimiste mais qui n'est pas moins personnel. Est-ce que ce disque a une volonté de montrer une Faustine Seilman plus extériorisée ?

Faustine Seilman : Plus extériorisée...je ne sais pas. Je me trouve plutôt plus assurée. Je sais mieux ce que je veux. Comme je le disais plus haut, je me sens très à l'aise dans le travail avec le groupe. On s'entend bien, on rigole bien et je sais qu'ils sont toujours à l'écoute. J'ai pris de l'assurance aussi car je me sens en confiance avec ces personnes et je crois l'entendre sur ce disque...

Liability : Ce disque est aussi le lieu de plusieurs rencontres. Comment êtes vous venue à collaborer avec Marcel Kanche ou The Healthy Boy ?

Faustine Seilman : La rencontre avec Marcel Kanche fut assez improbable. Je l'ai rencontré à la fin d'un concert à Niort où je jouais en première partie de Micky Green ! Il connaissait Silent Valley et était venu nous voir sur scène. Nous avons passé un moment à discuter et il m'a proposé de me donner une chanson. J'ai accepté l'offre ! Il m'a envoyé Laissez-nous là quelques jours après. Défi relevé, j'ai travaillé sur cette chanson et lui ai demandé s'il voulait bien venir la chanter avec moi pendant l'enregistrement. Il a accepté et a même joué de l'harmonium. C'est une vraie chouette rencontre ! En ce qui concerne The Healthy Boy, il m'a invité à partager quelques dates avec lui en tournée après l'enregistrement de Whispers & Shouts. Je présentais les nouvelles chansons en solo. Avant de partir nous avions travaillé quelques chansons de nos sets respectifs à deux, dont Facting the Ocean que j'avais enregistré mais qui n'était pas censé apparaître sur le disque. A la fin de la tournée, je lui ai proposé de jouer sa partie de gratte et de chanter sur l'enregistrement.

Liability : Votre frère Jonathan est à nouveau de la partie pour les arrangements. Est-ce important de travailler ainsi avec des proches ?

Faustine Seilman : Oui, bien sur, il est confortable de travailler avec des gens qu'on connaît bien et dans ce cas je peux dire que je le connais bien ! Mais surtout, j'aime beaucoup son travail et son oreille...et c'est quand même ce qui m'a amené à lui demander de retravailler sur les arrangements du disque ! Je trouve qu'il a une pâte bien à lui, qu'il sait entendre et écrire les choses finement, sans dénaturer le propos, avec classe même...Je n'en dirais pas plus, parce que vous allez me dire que c'est mon frère et en plus il risque de prendre la grosse tête ! Mais je ne suis pas contre de nouvelles rencontres et collaborations, au contraire !

Liability : Sur Whispers & Shouts il y a un morceau en français (Laissez-nous là). C'est quelque chose d'un peu inédit. Pourquoi ce revirement (si on peut vraiment parler de revirement...)?

Faustine Seilman : Ce n'est pas un "revirement" effectivement...Sur les onze titres du disque, c'est la seule chanson qui soit chantée en français. Laissez-nous là est vraiment le fruit de la rencontre avec Marcel Kanche. C'est une vraie tentative d'une part en ce qui concerne la langue française que je n'ai jamais chantée auparavant et d'autre part parce que c'est le texte d'un autre. Je n'étais pas certaine de pouvoir transmettre quelque chose de moi, il a fallu que je m'imprègne d'un texte, que je le fasse à ma taille...le travail sur cette chanson a été différent. J'en suis fière, je la trouve réussie. Et peut-être que ça va m'amener à essayer d'autres choses aussi ?

Liability : Est-ce que la vie de Faustine Seilman est faites de chuchotements et de cris ?

Faustine Seilman : Il y a des confidences et des choses qu'on a envie de dire à haute voix. Ce n'est pas le même terrain de jeu. C'est plutôt dans ce sens là que je ressens le titre de l'album. Pour moi des chansons comme Shout or Shut up, Never-Ending Song ou The Shepherd sont des "chansons de cris", dans le sens révoltées...Facing the Ocean ou Prison of gold, des "chansons de chuchotements"...Oui, peut-être que je vacille des cris aux chuchotements, mais finalement c'est pas un peu pareil pour tout le monde ?...

Liability : Votre disque sort sur le Collectif Effervesence. Finalement, ce label, c'est un peu histoire d'amis et de belles rencontres, non ?

Faustine Seilman : Oui, chez Effervescence il y a beaucoup de copains, ça fait déjà un moment que nous nous connaissons. Depuis la naissance du label, les groupes ont tracé leur sillon vaille que vaille, et la "professionnalisation" de certains groupes a forcément fait évoluer certaines choses dans le fonctionnement global du label. Malgré le côté collectif de l'affaire, on défend bien entendu chacun notre bout de gras. Je trouve que le label a une belle histoire et c'est bien qu'on continue à la faire évoluer différemment. Ce n'est pas toujours évident, aussi parce que sortir un disque aujourd'hui relève presque de l'exploit. On forme une bonne équipe de rigolos en tout cas ! (et de motivés !)

Liability : Vous participez à plusieurs projets musicaux. N'avez vous pas peur de trop vous éparpiller ?

Faustine Seilman : Pour l'instant, hormis mon propre projet, j'accompagne uniquement My Name Is Nobody (projet solo de Vincent Dupas), le premier projet musical auquel j'ai participé. J'ai aujourd'hui plusieurs projet sur le feu dont un projet avec mon ami Benjamin Nerot aka The Healthy Boy. Je n'ai pas l'impression de m'éparpiller. Travailler sur divers projets permet de tenter et de faire évoluer certaines choses, de s'adapter à des personnalités et des sensibilités différentes. Le travail avec My Name Is Nobody est singulier car c'est Vincent qui mène la barque, qui nous guide (bien que nous ayons évidemment une grande part de liberté !)

Liability : Vous sentez-vous appartenir à une scène nantaise ?

Faustine Seilman : En tout cas je me sens profondément nantaise, même si j'habite à la campagne ! Mais je ne sais pas si j'ai vraiment le sentiment d'appartenir à une scène nantaise. Premièrement les musiciens avec lesquels nous jouons ne sont pas forcément des nantais pure souche. J'ai plutôt l'impression plus globale de "participer" ou de "faire partie" d'une scène "alternative", de défendre un certain mode de fonctionnement. Aujourd'hui sortir des disques et tourner ça devient vraiment super difficile, donc j'ai plutôt l'impression de faire partie d'une scène de la démerde !...

Liability : Sur une interview filmée vu sur Dailymotion on voit une Faustine Seilman plutôt timide mais plutôt facétieuse. Comment on parvient à vaincre sa timidité pour monter sur scène ?

Faustine Seilman : Parler devant une caméra est un exercice difficile. Je n'arrive pas à me dire que ce que je raconte, même dans cette interview peut avoir une importance quelconque pour qui que ce soit...alors que jouer sur scène me parait plus digne d'intérêt...J'aime vraiment faire des concerts, partager mes chansons...on me dit souvent que j'ai l'air timide...je ne sais pas. Dans la vie quand je rencontre des gens pour la première fois je ne suis pas du genre à faire des blagues direct, alors j'imagine que c'est pareil sur scène. La différence, c'est d'assumer ce qu'on fait, alors même si je ne suis pas très loquace en concert, je ne pense pas que ce soit vraiment important. L'important, c'est de bien faire ce que je fais ici et maintenant. Dans une chanson, on peut voir plein de choses différentes à travers les textes, il faut déjà pouvoir bien transmettre ça. Et puis franchement dès fois, je suis drôle !

Liability : Vous avez partagé la scène avec beaucoup de monde. Qu'est ce que cela vous a apporté concrètement ?

Faustine Seilman : J'ai eu la chance de faire pas mal de concerts pour Silent Valley et ouvert pour pas mal de groupes. Ca m'a surtout permis de jouer devant du monde et de vendre des disques à des gens qui n'auraient peut-être jamais pu avoir le disque entre les mains un jour. Quand on joue en première partie de Micky Green ou Da Silva et qu'à la fin on vend des disques, on est content ! On a aussi jouer avec des gens comme Vic Chesnutt, ça laisse de beaux souvenirs, je suis juste contente d'avoir pu croiser leur chemin, voilà !

Liability : Votre album est sorti le 17 mai, que va t'il se passer pour vous à présent ?

Faustine Seilman : J'espère pouvoir tourner à fond ! On va attaquer avec quelques dates en juin pour fêter la sortie du disque et à la rentrée normalement on devrait faire des concerts en France, en Allemagne et en Espagne...On verra ! Croisons les doigts !

Liability : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Faustine Seilman : Le meilleur si vous êtes gentils !

Crédits photos : Fabien Proyart

Merci à Solène pour avoir permis cette interview.

A voir également :

http://www.myspace.com/faustineseilman

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