.:.Interview.:.

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Turzi

Le : 11-10-2009

Lieu : e-mail

propos recueillis par Fabien et publiés le 23-11-2009

Romain Turzi est un personnage étonnant. Apparu comme une bête curieuse en 2007 avec un A détonnant, l’homme nous revient, accompagné de son Reich IV, avec un B qui nous était annoncé depuis longtemps. B était donc attendu et nous étions avide de savoir si ce qu’il nous avait déclaré lors d’une précédente interview allait se concrétiser. Incontestablement, B est une réussite et, une fois de plus, Romain Turzi, se plie volontiers au jeu de l’interview revenant avec nous sur la conception de ce disque flamboyant.

Liability : Bonjour Romain. Comme prévu B vient succéder à A sorti il y a maintenant deux ans. Est-ce que le résultat final de B est celui que vous escomptiez en 2007 ?

Turzi : Oui dans la mesure où B est un disque audacieux et osé qui ne trahit pas notre position de départ : faire de la musique pour faire voyager l’esprit et le corps, faire de la musique pour créer des sensations, faire de la musique pour susciter une réaction.

Liability : Chose nouvelle sur B, vous avez invité deux guests (Bobby Gillespie et Brigitte Fontaine)qui, de prime abord, n’ont rien à voir entre eux. D’où vous vient cette idée de les avoir sur votre album ?

Turzi : Nous avons enregistré ces deux morceaux en laissant volontairement de l’espace pour y mettre des voix. Sur A la voix était considérée d’avantage comme un instrument additionnel que comme une base de travail autours de laquelle se placeront les instruments…. Sur B j’ai voulu remettre en cause ce postulat en laissant une place à une personnalité, un charisme… un(e) front(wo)man. L’expérience est satisfaisante car dans les deux morceaux dont tu parles nous nous sommes retrouvés dans une dimension jusqu’à present jamais abordée : traiter (ou non) des voix de qualité, les mettre en avant, voir un morceau se structurer autour d’un texte, d’un message….

Liability : Bobby Gillespie est l’une des représentations les plus symboliques du rock britannique. Ce dernier n’est pourtant pas vraiment votre créneau et Baltimore donne vraiment une coloration (la seule d’ailleurs) très outre manche à B. Finalement, contrairement à ce qu’on a pu penser, vous n’êtes pas si anti-britannique ?

Turzi : Shoegazing et Baggy font partie de mes premières flirts avec la musique, tout comme l’indie noisy us des 90’s c’est My Bloddie Valentine qui m’a donné envie de me mettre à la guitare electrique il y a 15 ans. Dans A nous n’avions pas rendu homage à ces mouvements, la question n’était pas là, le créneau qui nous passionnait alors était si vaste, aujourd’hui, après avoir rendu hommage à la vieille Europe nous nous tournons naturellement vers le reste du monde en donnant notre propre point de vue des musiques qui ont fait de nous ce qu’on est aujourd’hui.

Liability : Brigitte Fontaine est-elle vraiment folle ?

Turzi : Oui, comme nous, c’est une mutante qui navigue sur les vaisseaux du temps en criant et chantant.

Liability : Il y a deux ans vous nous disiez que B serait un « medley d’influences non convenues de Ravi Shankar à Manuel Göttsching en passant par Perrotin le Grand et la messe pour orgue de Bach ». En fait, c’est plutôt Manuel Göttsching qui a remporté la timbale non ?

Turzi : C’est un point de vue, pour moi les influences baroques ont leur place dans B, il y a une certaine forme d’esthétisme dans ce disque, la façon dont les morceaux sont arrangés (violon, claveçin, thêmatique)…. Même si la messe pour orgue cede sa place à un Ravel sous amphétamines… Mais Göttsching est là mais pas trop, moins que dans A je pense et Ravi Shankar est present sur trois chansons (Bombay, Bethlehem et Beyrout)

Liability : On sent également des influences métal dans cet album. Philippe Monthaye de Los Chicros l’a d’ailleurs fait remarquer dans le dernier numéro de Magic ! (n°136) en parlant de Black Sabbath. A-t-il visé juste ? Si oui, quels sont les raisons qui vous ont poussé dans cette voie ?

Turzi : Si le “metal” ne fait pas parti à proprement parlé de mon ADN, il l’est pour certains membres du groupes qui ont réussi à m’y sensibilisé…. Les plus beaux morceaux du Sabbath sont leurs balades folk après tout !. Par ailleurs, quand nous tournions aux Etats-Unis, nous étions associés à la scène stoner ce qui n’est pas si surprenant que ça car notre musique est faite d’énergies instantannées et nos sons sont parfois aggressifs et mélancoliques… Celà dit la véritable claque n’est pas Sabbath mais Flower Traveling Band qui ont su s’en inspirer tout en les dépassant sur leur propre terrain…

Liability : Finalement, B semble nettement plus varié que A. Comment parvenez-vous à donner de la cohérence à tout cela ?

Turzi : La coherence provient de l’approche, sur chaque morceaux nous avons appliqué la meme méthode : composition instantanée puis remise en question totale ou partielle, traitement similaire avec les mêmes effets (l’EMS Synthi Hi-Fli) et besoin identique d’élévation.

Liability : D’ailleurs, à ce propos, comment a été construit B ?

Turzi : On est partit s’isoler dans une grande villa en Corse, 12 jours = 12 morceaux = 12 directions différentes… Puis j’ai laissé reposer tout ça et avec Erwan Quinio qui nous a enregistré là bas on a tout ré-ouvert et mis de l’ordre là dedans… Puis j’ai traité un à un (ou tout en même temps) les titres, l’idée étant de les replacer dans une logique cohérente avec des sonorités homogènes… ce travail a duré six mois (non intensifs) mais c’était la durée nécéssaire pour les faire sonner comme je l’entendais. Enfin je suis parti à Londres faire le mix au West point studio de Brendan Liych avec Max Heyes et là nous avons tout couché sur une table de la BBC et tenté de faire sonner ça le plus gros possible… ahahahah !

Liability : ) Les premières chroniques commencent à tomber et elles sont plutôt élogieuses à l’égard de B. Est-ce que cela vous incite à penser que vous êtes dans le vrai ?

Turzi : Tout ceci est assez égoiste, je considère être dans le vrai à partir du moment où je suis satisfait des morceaux… l’avis des autres m’importe peu même si une chronique élogieuse me flate beaucoup. L’idée de base reste de faire évoluer la musique, d’ouvrir les portes de la perceptions de l’auditeur lambda, de faire des ponts entre les différents genre musicaux et démontrer que catégoriser c’est réduire. C’est d’autant plus une erreure car comme disait Lavillier, la musique n’est qu’un cri qui vient de l’intérieur.

Liability : ) Dans ce même ordre d’idée vous espériez, il y a deux ans, de durer plus de six mois. C’est une chance aujourd’hui de pouvoir exister et de sortir des disques ?

Turzi : N’importe qui peut sortir des disques, le problême aujourd’hui c’est que justement n'importe qui fait de la musique et il n’y a plus de reflexion, de travail, de cheminement, de discours autour des albums, c’est dommage. Nous avons tenté de faire un album riche qui contient des propositions nouvelles qui ne sont pas faites pour être consommées titre par titre mais bien dans leur globalité en suivant le cheminement que nous proposons….

Liability : Vous avez commencé à jouer les morceaux de B sur scène. Quel en a été l’accueil ?

Turzi : Les morceaux de B sont plus structurés, les réactions semblent ok, à condition qu’on ne se plante pas trop… Encore une fois c’est nous aui jouons c’est vous qui écoutez…Venz à L’elysée Montmartre le 29 octobre et jugez par vous même. Nous, on ne donne que des pistes, des suggestions de voyage intérieur afin que vous l’interprétiez par vous même.

Liability : ) En avril dernier vous avez joué au Point Ephémère avec Etienne Jaumet. Avez-vous écouté son disque ? Si oui qu’en avez-vous pensé ? (personnellement je l’ai trouvé très bien…)

Turzi : Etienne fait partie de notre famille musicale, il a déjà remplacé un member de notre groupe pour une tournée US, j’ai joué sur l’album de Z-Zombie, mon batteur fait toute leur pochette et leur studio est en face du mien. J’ai entendu son album pendant son enreistrement, je lui ai donné mon avis régulièrement puis Craig l’a produit et on l’a écouté??? C’est un bon disque qui lui ressemble, il humanize la musique electronique de façon très personnelle, pour celà on lui doit hommage et respect !!!

Liability : La dernière fois, vous nous aviez parlé de votre label (Pan European Recording). Quel est l’actualité de celui-ci ?

Turzi : Koudlam sort son très attendu premier album et il l’acceuil est très bon, Aqua nebula Oscilator tourne avec the Cult en Europe et Kill for Total Peace sortent leur premier album (attention ça va faire mal !!). Donc tout va bien, les disques continuent à sortir et petit à petit Arthur et moi apportions notre contribution à la musique actuelle en remettant de l’humain dans le droit chemin.

Liability : C se profile à l’horizon. Est-ce que vous savez ce que vous ferez après cette trilogie ?

Turzi : Avant C il y aura un live qu’on va enregistrer très prochainement au point éphémère (et qu’on sortira chez Pan European) puis un album 100% Electronique et enfin viendra C, il nous faut juste un endroit de rêve pour l’enregistrer et 15 jours de disponibilité + du soleil + du bon vin et c’est partit !

Liability : Vous avez mis deux ans pour sortir B. Rendez-vous en 2011 pour C ?

Turzi : Gong viennent de sortir un album qui s’appelle 2032, d’après les calculs de Néosphère (éminent site informative sur la vague psyche française des 60s à nos jours) nous sortirons Z en 2032. Hazard ou non, vu qu’on fait du rock camembert j’aime à me dire qu’il n’a pas tord…. Et après tout Gong ils nous ont file leur synthé en heritage…!

A voir également :

http://www.myspace.com/turzi

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