.:.Interview.:.

Pochette

Oldman

Le : 05-09-2008

Lieu : A son domicile

propos recueillis par Fabien et publiés le 20-02-2009

Charles-Eric Charrier est quelqu'un d'insatiable. Ayant toujours plusieurs projets en cours, à peine en a t'il fini un qu'il en échaffaude un autre. Qu'il soit seul ou en collaboration avec d'autres artistes, Charles-Eric Charrier, qui prend selon les circonstances le pseudo d'Oldman ou de Charles C.Oldman, parle de sa musique, autant qu'il la joue, avec une passion infatigable. Cette interview qu'il nous a accordé en est un nouvel exemple.

Liability : Bonjour Charles, Two Heads Bis Bis est ton nouvel album qui va paraître sur le label Low Impedance, le titre est un peu énigmatique. A t'il une signification particulière ?

Oldman : C'est...phénomène de répétition... Two Heads Bis Bis... Deux têtes, deux fois, deux têtes, deux fois deux fois.

Liability : Et le thème du disque, ça porte sur quoi ?

Oldman : J'ai écrit un petit conte africain pour commencer ce disque là avec dans l'idée que ces deux têtes qui sont coupées et qui sont dans un panier au bras d'une ménagère africaine sur un grand marché. Mais elles ne se sont pas encore aperçues qu'elles étaient mortes, qu'elles n'avaient pas de corps. Alors elles discutent du prochain été en espérant qu'il soit plus ensoleillé que le dernier qu'ils ont vécu.

Liability : D'ailleurs en parlant d'Afrique, l'album a des ambiances qui sont autant urbaines qu'Africaine. C'est complètement délibéré ?

Oldman : Ce n'est pas vraiment délibéré. Je n'essaye pas vraiment de faire de la musique africaine ou un style de musique comme ça mais c'est une influence que j'ai et qui est énorme par rapport à la manière de faire en fait. Une manière où tu as un fonds de forme qui est très classique et à partir de ce classicisme tu joues comme tu le sens. Et après il y a le phénomène de répétition rythmique, harmonique et mélodique qui peut évoquer l'Afrique mais dans mon cas c'est plus une Afrique fantasmée. C'est plus parce que j'ai lu Les Ethiopiques d'Hugo Pratt et avec une attirance vers l'Afrique sans savoir vraiment pourquoi. Enfin, quand je dis «Afrique» c'est toute l'Afrique, Afrique du Nord y comprise parce qu'on fait toujours une différenciation entre les deux. Mais c'est plutôt une Afrique fantasmée avec aucune délibération de jouer de la musique Africaine, je ne pense pas jouer de la musique Africaine. Mais qu'il y ait cette trace là, oui c'est sur. Déjà rien que dans le conte comme ça, d'écrire un petit conte, je me disais que c'était une terre de magie qu'on a peut-être un peu perdu nous ici, sauf dans la forêt de Brocéliande ou dans quelques endroits et que c'était propice à démarrer cette histoire. Mais en fait, peut importe que ce soit inspiré de la musique Africaine, cela aurait pu être autre chose. Moi je le vois plutôt comme quelque chose de plus onirique que reprenant des thèmes Africain et des choses comme ça. Et peut-être que dans les rythmiques il y a peut-être quelque chose et plus particulèrement certains morceaux que d'autres.

Liability : Justement en parlant des Ethiopiques, l'article qui est paru récemment sur le site web de Pulsomatic fait état de ton intérêt pour les Ethiopiques d'Hugo Pratt et pour la série de compilation du même nom. Cela a été un facteur déterminant dans la conception de Two Heads Bis Bis ?

Oldman : C'est un peu ce que je viens de te dire. Les Ethiopiques, la musique, les compilations différentes, j'ai découvert ça avec un ami qui m'a fait écouté quand c'est sorti sur Crammed ainsi que Erè Mèla Mèla de Mahmoud Ahmed. Et cela m'a marqué tout de suite comme très peu de disques peuvent te boulverser. Celui-ci cela en était un, donc évidemment cela a fait tout de suite écho à cet intérêt par rapport aux musiques Africaines mais aussi par rapport aux cultures Africaines, en tout cas le peu que j'en connais, et aussi par rapport à l'Ethiopie le fait quand j'était petit d'avoir entendu la corde de l'Afrique qui m'a fait rêver. Comme quand on est petit on entend un truc comme ça qui paraît mytérieux. Les musique éthiopiennes c'est une inspiration comme l'est pour moi Neubauten ou Serge Gainsbourg, au même titre. Mais je n'essaye pas, encore une fois, de faire de la musique éthiopienne ou quelque chose qui pourrait ressembler à ça mais je m'en inspire pour que ça fasse partie de moi.

Liability : Alors justement si la musique Africaine n'est pas seulement le facteur déterminant sur Two Heads Bis Bis, qu'est-ce qui va influencer le plus ta musique ?

Oldman : Ce que je vis intérieurement, en fait. Et donc aussi l'extérieur puisque c'est une influence qui va dans les deux sens. Je crois que dans Two Heads Bis Bis et dans tout ce que j'ai pu faire jusqu'à maintenant c'est vraiment ce que je ressens intérieurement qui déterminent les choses. Je pense qu'avec ce disque là c'est la première fois que j'arrive à être concis dans les sentiments qui sont liés aux ténèbres qui nous habitent, aux peurs en tout cas. Ou la peur de la mort, des choses comme ça. Et puis une forme éclatée. Enfin je ne sais pas ce que t'en penses, puisque tu l'as écouté, donc tu dois avoir un avis là-dessus. Moi c'est comme ça que je le ressens ce disque là. Je trouve que les sentiments qui sont abordés sont extrêmement précis. Il n'y a pas d'ambiguité par rapport à ça mais avec une forme, elle, qui est ambiguë. C'est vraiment l'intériorité qui m'a animé là dedans, c'est à dire de m'ouvrir, de laisser sortir encore une fois des choses qui ne sont pas évidentes à aborder.

Liability : Finalement, dans la démarche tu es sans doute proche d'un Mathias Delplanque avec qui tu as déjà travaillé.

Oldman : Dans la démarche, je ne sais pas mais dans l'amitié oui. Si tu fais référence à l'Afrique, oui certainement. Lui, il est né en Afrique. Il a vécu 10 ans en Afrique, au Burkina Faso. Ca fait parti entièrement de sa culture contrairement à moi où c'est un élément fantasmagorique que j'essaye de faire mien. Après, oui, on aime des choses en commun et bizarrement pas forcément sur des musiques Africaines et tout ça mais plutôt sur des trucs ambient, des choses comme Stars Of The Lid ou Einstürzende Neubauten, la musique industrielle et ces choses là. C'est là-dessus qu'on se retrouve. Et après on collabore souvent ensemble sur différents projets donc évidemment les sensibilités ont tendances à se rapprocher par moment.

Liability : Pour finir avec l'Afrique, j'ai cru comprendre que tu allais faire une résidence là bas. En quoi consistera t'elle ?

Oldman : Alors c'est un projet que j'ai initié, que je veux faire dans quatre pays qui sont les quatre pays qui m'ont fait rêver. Encore une fois une référence à mon enfance. Donc il y a l'Ethiopie, le Mexique, la Nouvelle Zélande et l'Islande. Ca consiste à chaque fois de rencontrer un ou une danseuse du coin, et pas forcément des gens qui font de la danse contemporaine, de découvrir la culture de chacun. Donc ça nécessite beaucoup de temps. Faudrait que ce soit des résidences d'un an minimum, ce serait bien. Et donc le but pendant ces un an ce sera de m'imprégner de la culture de cette personne et d'emmener cette personne en France pour qu'elle voit aussi comment je vis et oublier tout ça pour créer quelque chose. Donc ce serait vraiment un duo musique et je prendrais mes instruments de prédilection, c'est à dire la basse et la voix, et juste la danse. Et en fait durant ces résidences il y aurait quelqu'un qui filmerait pour faire un documentaire avec un dvd du spectacle, je n'aime pas beaucoup le mot, mais enfin du résultat de cette découverte et ensuite oubli des cultures pour peut-être en créer une troisième.

Liability : Pour revenir à Two Heads Bis Bis. A chaque fois que tu sors un disque on est frappé par cette volonté de renouvellement dans la musique et Two Heads Bis Bis ne fait pas exception. C'est une motivation pour toi de ne jamais rester sur le même pieds ?

Oldman : C'est à dire, d'un point de vue de la forme c'est vrai. Après d'un point de vue de ce que moi j'ai envie de dire, de ce qui me traverse, que je ne maitrise absolument pas qu'on pourrait appeler la vie, je pense qu'il y a une unité de parcours. Après, dans la forme il y a tellement de choses qui m'interresse, que j'ai envie d'aborder. Ca peut être de la dance music, de l'ambient ou n'importe quoi d'autre comme musique. Ce sont des éléments dont je me sers mais tout le propos sont des choses, bien souvent, impudiques, en fait. Pour moi, il y a une unité de parcours. Je ne vois pas les disques séparément. Je vois ça...je ne sais pas si c'est une évolution, parce que ça ne veut pas dire grand chose pour moi mais une évocation à un moment donné de où j'en suis et de ce que j'ai pu découvrir. Et cet élément que je ressens de plus en plus que je ne maitrise absolument pas. Je me sens traversé par des choses et je les laisse s'exprimer.

Liability : De même, chaque disque sorti donne l'impression que tu vas au bout de toi même et que tu donnes le meilleur de toi même. Qu'est-ce qui te motive ?

Oldman : Déjà, merci de me dire ça. Je ne sais pas. Ca reste même pour moi assez mystérieux. Je démarre jamais ou très peu souvent avec une idée précise sauf des choses comme Son, Father And Son... qui sortira sur Arbouse Recordings où là je parle de manière très délibéré de ce que j'ai pu vivre de difficile, à l'intérieur de ma famille d'un point de vue psychologique et sentimental. Là il y a quelque chose du domaine de la volonté. Pour Two Heads Bis Bis c'est juste ce titre qui m'a traversé l'esprit et qui a tout déclenché. Et le fait de raconter un peu comme un grillot entre guillement, une histoire métaphorique. Mais, comme je te le disais tout à l'heure, avec des sentiments qui me sont de plus en plus précis, ciselés dans leur évocation. Après je pense que ce qui m'interresse c'est d'ouvrir des portes et, dans un premier temps, qu'elles restent ouvertes et d'en découvrir d'autres, quoi. Pour parler un peu plus concrètement, partager mes questionnements. Voilà ce qui m'interresse le plus. L'art pour moi c'est ça, c'est partager des questionnements avec les autres et non pas des réponses mais afiner toujours les mêmes questions.

Liability : Pris séparément, les morceaux sont assez différents dans leurs conceptions mais quand on écoute l'album on a l'impression que ces différences se complètent. Finalement, qu'est-ce qui fait l'achimie de ce disque ?

Oldman : Je pense un peu l'urgence dans laquelle il a été fait puisqu'il a été réalisé en un jour et demi. Il y a une forme d'unité de ton même si les morceaux, dans leurs formes, sont un peu différents. Il y a une forme d'urgence, comme ça, peut-être implacable. Mais moi je ne le prends pas comme cinq-six morceaux séparés mais comme un tout. Même la construction du disque, c'est à dire pourquoi ce morceau là avant l'autre, ce qui peut paraitre subjectif et tout ça, m'est apparu de cette manière là, dans l'ordre où les morceaux ont été enregistré. Sans parler de disque concept, enfin je veux dire partir d'une histoire avec un point A et arriver à un point B mais qui resterait ouvert comme, encore une fois, une question, amène peut-être aussi cette unité globale du disque comme ça. Je pense que c'est aussi un élément de réponse.

Liability : Two Heads Bis Bis raconte une histoire, mais l'histoire ne s'achève pas à la fin de Two Heads Bis Bis et donc il y aura une suite. Qu'est cette suite donnera ?

Oldman : Les deux têtes s'aperçoivent qu'elles n'ont plus de corps, donc ça implique des choses. Et comme l'Afrique m'interresse de manière fantasmée, la mort aussi puisque je suis comme tout le monde, je n'ai aucune réponse. Je ne sais pas si il y a quelque chose après ou pas mais j'avais envie de faire une suite comme si il y avait quelque chose après. Mais à la fin de cette suite à Two Heads Bis Bis, c'est pareil, ça reste ouvert parce que je pense que je ne sais pas ce qu'on perd quand on meurt, ou si on gagne quelque chose, ou qu'il ne se passe rien...Encore une fois c'est un mystère le plus total et le plus opaque et je pense que c'est une bonne chose. Je n'ai pas l'impression en regardant l'univers que les choses se terminent. J'ai l'impression qu'elles commencent et se terminent en même temps. Il n'y a jamais de fin en fait. C'est un peu ça que je voulais aborder et même si ça ausculte des choses un peu sombre, ou pas évidente, c'est avoir un peu d'espoir dedans. Quelque chose de lumineux en même temps.

Liability : Two Heads Bis Bis n'est pas ton seul projet en court. Tu collabores avec beaucoup de gens. Que peux-tu nous dire sur ces projets ?

Oldman : Ce que je peux te dire concrètement, un disque qui va sortir de manière numérique sur un label qui s'appelle Dog Eared Records. C'est un disque que j'ai fait avec Sonje De Gamma qui s'appelle Deadala, dédales. C'est plus des morceaux de songes et je suis plus directeur artistique dessus. J'ai un autre disque d'Oldman qui sortira aussi en numérique qui s'appelle Ton'Da qui sont des travaux musicaux sur le théatre et des chorégraphies que j'avais envie de compiler parce que j'en ai fait un paquet et je voulais faire un disque qui n'a ni queu ni tête. Et puis ça me permet d'explorer un peu plus l'aspect numérique des enregistrements ou des disques d'une manière inaproprié. J'ai produit aussi le premier disque de Lokka qui est à venir. On peut écouter des trucs sur leur myspace. Je ne sais plus ce que j'ai fait...J'ai enregistré un disque avec Mathias Delplanque, de Lena, en duo dans la Chapelle de l'Oratoire au musée de Nantes. Il y a quatres morceaux. Pour l'instant il y en deux qui sont finis et je les trouve vraiment bien (rires). Je dis ça parce que on l'a enregistré en septembre (2007) et Mathias quand il travaille dessus il ne fait aucun overdub, ni rien. Il restitue le son en fait. Du coup j'avais la sensation, quand on a enregistré d'avoir une très bonne sensation et ça me permet d'être le premier auditeur du disque puisque je ne me rappelle plus ce qu'on a joué. Ca s'est passé en une journée et c'est de l'improvisation et je dois dire que quand on a écouté les deux premiers morceaux, j'étais assez sur le cul quoi. Je ne sais pas si on doit dire ça, c'est assez prétentieux mais bon ce n'est pas grave c'est vraiment ce que j'ai ressenti. Et ensuite j'ai aussi enregistré un disque avec Jérôme Paressant. On cherche un label pour le diffuser. Il y a les Climax Series sur Oceanic Creation. C'est une série de ep de plusieurs personnes et moi j'en ai fait deux. Un avec Jérôme Paressant. On s'est essayé à une musique très pop-rock, ce qui nous a fait assez rire vu nos parcours à tous les deux. Et puis un autre qui s'appelle The Train Of Summer's End qui est un morceau d'Oldman. Ensuite j'ai enregistré un disque avec Rob Mazurek mais je ne sais pas où on en est, donc on en parle pas trop. Et puis un disque avec Astrïd aussi, avec deux personnes d'Astrïd plus exactement, Nina et Cyril et il y a ma femme, Béatrice qui participe à ce disque là. On est en train de le terminer là.

Liability : Et donc Oldman, sur scène ça donne quoi ? Toujours avec les mêmes musiciens, ceux de Puanteur Crack ?

Oldman : Pour l'instant j'ai développé trois choses on va dire. C'est moi en solo, même si j'en ai fait très peu pour l'instant comme ça mais c'est vraiment quelque chose que j'ai envie de développer. En trio avec Ronan et Rémi de Puanteur Crack. En quatuor, toujours avec Ronan et Rémi, plus Cyril ou on joue ce morceau Slow. Mais là je n'arrête pas de tanner Mathias (Delplanque) pour qu'on fasse un truc à deux qui s'appellerai...je ne sais pas...Delplanque & Oldman ou Lena & Oldman, quelque chose comme ça. Mais plutôt pour jouer cette forme de musique un peu ambient et un mélange d'organique et d'électronique qu'on a pu enregistrer sur ce disque là qu'il me tarde d'écouter entièrement. Et ça c'est quelque chose que j'ai vraiment envie de développer. Pour l'instant on n'a pas pu parce qu'on est chacun assez pris mais j'aimerai bien qu'on puisse dégager du temps pour faire ça. Et puis après il y a des choses un peu particulières qu'on joue en duo ou en trio avec Rob Mazurek par exemple. Et puis je pense aussi que je vais jouer avec Jérôme Paressant et son batteur, son Abraxas Project, pour faire un groupe en trio comme ça, batterie, clarinette, basse...électronique et basse. Un mélange d'écriture et d'improvisation mais vraiment sur des moments ponctuels.

Liability : Qu'est-ce qu'on peut lui souhaiter à monsieur Oldman pour la suite ?

Oldman : Plein d'argent ! (rires)...non mais de me reposer un peu plus. De trouver du temps pour me reposer un peu plus. Dormir mieux. Et puis après, je ne sais pas. Je suis toujours très content de faire des disques, on va dire à l'ancienne, des vynils et des cds même si j'explore le numérique. Après je ne sais pas ce qu'on peut me souhaiter... De faire un autre enfant. Je te remercie.

A voir également :

http://www.myspace.com/charlesoldman

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