.:.Interview.:.

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Humeau, Romain

Le : 03-10-2007

Lieu : e-mail

propos recueillis par Fabien et publiés le 10-01-2008

Ce qui vient d'arriver à Eiffel n'est pas unique. Surtout en ce moment où l'industrie du disque perd d'année en année de sa superbe. Les ventes baissent et il faut donc faire des économies. Des groupes comme Eiffel sont sans doute des cibles toutes trouvées. Le groupe de Romain Humeau vient donc de se faire rendre leur contrat par leur label. Ce même Romain Humeau, peut-être un peu amer, n'en est pas moins lucide sur la situation actuelle. Même si celle-ci paraît des plus incertaines il n'en demeure pas moins que Romain Humeau n'est pas du genre à baisser la tête. La preuve par ces quelques paroles.

Liability : Bonjour Romain. Eiffel se retrouve débarqué de Labels et ce, vous l'avez exprimé sur votre site, dans des conditions pas très saines. Votre histoire est assez symptomatique d'un gros malaise dans l'industrie du disque. Globalement, vous vous y attendiez ?

Romain Humeau : Globalement oui. Nous savons quel genre de musique nous faisons et quel genre de textes nous chantons. Nous savons aussi que notre manière d'être et de faire (qui n'est pas nouvelle, d'autres sont passés avant nous), n'est pas en adéquation avec ce qu'est devenue l' "industrie". Cela nous laisse donc une marge infime pour obtenir un prompt succès. Eiffel a toujours misé sur la passion, l'honnêteté et le long terme, trois constantes dont le tic-tac médiatico-médiatique n'a rien à foutre.

Liability : L'avenir d'Eiffel est en suspens et vous même avez laissé entendre que vous ne saviez pas de quoi demain serait fait. Vous n'avez quand même pas une petite idée ?

Romain Humeau : Puisque je viens de parler de "constantes", avouons que notre destin tient trop sur des "variables" pour avoir la moitié d'une petite idée. Beaucoup trop de choses sont à éclaircir .J'ai par contre toujours dit qu'il y aurait de la musique, là n'est pas le problème.

Liability : Ca ne vous tenterait pas finalement de passer par un label indépendant pour continuer l'aventure Eiffel ?

Romain Humeau : Comme je disais à je ne sais plus qui , s'il y a des changements , il faut qu'ils s'opèrent à l'extérieur : label indé, Major ou tout de main à la main (de nouvelles choses sont possibles même si elles ne sont pas encore au point, et d'autres sont à inventer), édition, tourneur... Et à l'intérieur, c'est quoi Eiffel ? Est-ce le bon prisme ? Doit-on rester tel quel ? Doit-on se transformer ? Doit-on arrêter pour qu'il y ait autre chose ? L'artistique est le moteur principal. Il était prévu de longue date qu'il y aurait un album complètement différent après Tandoori... Un truc qui tape dans les grands espaces, l'ensoleillement mystique, la recherche et la tension aérienne. Tout le contraire du 1/4 d'heure et de Tandoori qui sont globalement frontaux. Essayer de nouveaux timbres, et éviter le mur du son de guitare... changer de ton, de timbres, sans pour autant changer le propos ni le grain "rock" qui pourrait éventuellement nous caractériser. Faire de la musique comme Gabriel García Márquez décrit ses palais dans "De l'amour et autres démons".

Liability : Dans ce sens, être votre propre éditeur ça ne vous tente pas ?

Romain Humeau : En ce qui concerne l'édition pure , j'arrête avec EMI publishing et serai d'ici peu mon propre éditeur : Edition des Romanos

Liability : Vous avez tout de même une belle base de fans. Est-ce que ça ne vous incite pas à relever la tête ?

Romain Humeau : Depuis pas mal de temps, nos fans ont été les seuls à nous encourager, les médias n'ayant donné que très peu de signes d'intérêt. Cela ne doit pas pour autant nous empêcher de nous regarder dans la glace, tout n'est pas la faute de la glace.

Liability : Sur votre site vous parlez d'une quarantaine de morceaux en attente. Que vont-ils devenir si Eiffel vient à disparaitre?

Romain Humeau : Je les jouerai à ma Maman.

Liability : On a l'impression que les grosses structures marchent sur la tête, en venant à rendre les contrats de groupe comme le vôtre. Ne pensez-vous pas finalement que l'avenir est définitivement ailleurs pour des groupes comme Eiffel ?

Romain Humeau : J'aimerais tellement essayer dans un autre pays. C'est trop compliqué. Mais j'aime aussi tellement la langue française. Dommage que depuis une dizaine d'années, le rock en soit revenu au style "Amour, gloire et beauté". A une ou deux exceptions près. Si les grosses structures marchent sur la tête, c'est qu'elles sont chauves et barbues, c'est de cette manière qu'elles tentent de nous faire croire qu'elles ont des cheveux... Ah Ah Ah!...(hum...).

Liability : Encore sur votre site vous redoutiez que ne viennent poindre des polémiques. Ca paraît presque inévitable quand on lance ainsi ses quatre vérités (ce que je ne vous reproche pas, tout au contraire). Avez-vous eu des retours à ce propos ?

Romain Humeau : Oui. J'en ai tout le temps. Et je peux vous certifier que mon attitude n'est pas facile à tenir. J'ai choisi.

Liability : Ne pensez-vous pas que le moment est assez propice, pour les formations qui sont dans votre cas, de reprendre votre destin en main pour que le statut des artistes ne soit plus aussi tributaire des politiques anarchiques des gros labels ?

Romain Humeau : Ce n'est pas aussi simple. Si tu ne veux pas devenir un homme d'affaires, tu es obligé de remettre certaines clefs dans d'autres mains, autrement tu n'as plus le temps de créer. Et créer, c'est penser, imaginer. Si ton esprit n'est sollicité que par des choses d'ordres techniques, tu es baisé. (Cela n'empêche pas de s'en fader un p'tit paquet quand même...)

Liability : Jusqu'à décembre vous allez faire encore quelques dates dont l'Olympia. Pour l'Olympia, à ma connaissance ce sera la première fois pour vous. N'avez vous pas peur que ces concerts se transforment en des barouds d'honneur ?

Romain Humeau : Non. On est trop jeune pour ça.

Liability : Vous dites que la non-compromission du groupe ne vous a pas forcément aidé. Finalement c'est difficile d'être aujourd'hui fidèle à ses principes dans le monde de la musique ?

Romain Humeau : Quasiment impossible à moins d'être bélier ascendant bélier....ce que je suis.

Liability : Chez Labels vous avez travaillé avec des gens que vous avez appréciés. Que sont-ils devenu?

Romain Humeau : La plupart ont été remerciés. Ils essaient de retrouver du travail dans le même domaine, et c'est dur... Certains y arrivent, d'autres non. J'ai aussi un ou deux amis qui sont encore chez Virgin, l'un d'entre eux m' a adressé dernièrement ses "Salutations en direct de l'Enfer tiède"... C'est pour dire.

Liability : Là aussi pensez-vous que ceux qui ont une vraie passion de la musique pour faire tourner un label ont encore leur place dans des grosses structures ?

Romain Humeau : Je crains que non.

Liability : Pour la fin, on sait que Eiffel est un groupe aux positions tranchées. Mais là, tout de suite maintenant, quel message souhaitez-vous faire passer ?

Romain Humeau : Il y a un Nabot avec de grandes oreilles, le cerveau bleu marine qui ,en ce moment, me fait monter la moutarde au nez

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