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Eluerd, Guillaume

Le : 12-09-2007

Lieu : e-mail

propos recueillis par Fabien et publiés le 26-09-2007

D'abord connu sous le nom de Nimp, projet électronique, Guillaume Eluerd revient sous son propre nom avec un album acoustique proprement magique. The Year Of The Dog est le genre de disque qui est touché par la grâce, chose qui n'arrive que trop rarement. Tout y est évident, éclatant et profondément touchant. Mine de rien Guillaume Eluerd vient de sortir l'un des albums de l'année, ni plus, ni moins. Il n'est pas sûr qu'il s'en rende compte tout de suite mais avec simplicité il aborde avec nous le pourquoi d'une telle transformation.

Liability : Bonjour Guillaume Eluerd. The Year Of The Dog est votre premier album sous votre propre nom. Pourtant vous avez signé d'autres disques sous le nom de Nimp. Pourquoi ce changement de direction ?

Guillaume Eluerd : Ce n’est pas vraiment un changement de direction. Au moment où j’ai commencé à enregistrer The Year of The Dog, je me disais que ça allait être le nouveau Nimp. Et puis, plus j’avançais et moins les morceaux étaient électroniques, ils devenaient de plus en plus acoustiques. Au final, j’ai décidé de le signer de mon nom propre.

Liability : Est-ce que Nimp est de l'histoire ancienne ?

Guillaume Eluerd : Non, je ne crois pas. Mais j’avoue que depuis que je me suis remis à chanter, l’électro m’intéresse moins.

Liability : The Year Of The Dog est un disque folk alors que vos précédentes productions étaient plus électroniques. Là encore un changement radical. Une raison particulière à cela ?

Guillaume Eluerd : Les gens qui me connaissent bien vous diront que c’est plus mes productions électroniques qui constituaient un changement radical que mes chansons folks. La plupart des chansons de cet album ont été composées il y a de cela une dizaine d’années, certaines sont même plus vieilles que cela. Ca m’a pris du temps à les enregistrer d’une manière suffisamment satisfaisante pour que je puisse les écouter sans avoir envie de m’enterrer au fond du jardin.

Liability : Certains critiques ne voient en vous qu'un folkeux de plus. Le jugement est un peu sévère au vu de l'album mais quel est votre sentiment à ce propos ?

Guillaume Eluerd : Je pense que c’est surtout le folkeux minimaliste qui fatigue. Si The Year of the Dog est un album folk minimaliste c’est surtout par manque de moyen, et s’il y en a autant c’est qu’il existe des tas de gens qui font de la musique et qui sont dans la même situation. Ils s’achètent du matériel et font ce qu’ils peuvent avec les moyens du bord. En ce qui me concerne, plus les moyens seront élevés, et plus il y a de chances que la musique suive la même évolution.

Liability : Vous avez travaillé en tant que scénariste dans le jeu vidéo. Cela aide-t-il pour écrire des chansons ?

Guillaume Eluerd : Là encore c’est l’inverse. C’est plutôt le fait d’écrire des chansons qui m’a aidé à devenir scénariste. Comme je vous le disais, je compose des chansons depuis une vingtaine d’années. Si j’ai commencé dans le jeu vidéo, c’est parce que des amis à moi avaient besoin d’un « scribouilleur » pour écrire un scénario. Ils connaissaient mes chansons, ils m’ont dit, « Tiens, toi t’écris, non ? Tu veux pas écrire des jeux ? ». Y a pire pour gagner sa vie.

Liability : Comment s'est réalisée l'élaboration de ce disque ?

Guillaume Eluerd : Au départ j’ai enregistré un quatre titres. Il y avait The Beauty of Mankind, Paper of Armenia (quiet), Ballad et un quatrième titre qui n’est pas sur l’album. J’ai envoyé ces quatre titres un peu partout et les réponses ont été surprenantes. Fat Cat a eu la gentillesse de me mettre sur leur site, et j’ai été contacté par plusieurs petits labels dont le plus intéressant était Quatermass. De là, puisqu’il était question d’un album dans le même genre, il m’a fallu composer le reste. Ca m’a pris pas loin d’un an. Au final, j’ai envoyé à Quatermass une vingtaine de morceaux. Le label en a sélectionné une douzaine et m’a proposé d’aller les mixer en Allemagne. J’ai emprunté l’argent pour pouvoir le faire, mais le résultat a été catastrophique. Déprimé, j’ai appelé un pote à la rescousse qui m’a dirigé vers Pierre Musy. A ce moment-là, j’avais aussi viré certains morceaux pour en mettre d’autres à la place (Oh Brother, What a World!, et The Old House). Pierre a littéralement sauvé l’album du naufrage. C’est un type extraordinaire qui depuis est devenu un vrai pote. En plus c’est un fan d’XTC, c’est LE gars qu'il me fallait. Une fois le mix terminé est arrivé le master. Quatermass m’envoie en Belgique et une fois de plus, c’est la catastrophe. En fait de master, le type s’est contenté de faire des niveaux et de graver un CD. Inutile de préciser qu’à ce moment-là, je m’étais mis en quête d’un autre label. Je suis retourné chez Pierre pour faire le master, et une fois de plus ce fut un plaisir. A ce moment là, Andy Richards de Fabriq avait déjà montré un grand intérêt pour ma musique.

Liability : Comme méthode de travail est-ce vraiment si différent des efforts précédents ?

Guillaume Eluerd : Pour le Nimp, je me suis vraiment laissé porter par les sons. Lorsque je commençais un morceau, je n’avais aucune idée de comment il allait finir. Ici, il s’agit de chansons, forcément, il y a deux facteurs supplémentaires qui sont la voix et le texte. Pour moi, c’est la ligne mélodique, la voix qui fait la chanson, pas la façon de jouer de la guitare ou le son de tel ou tel instrument. C’est un travail plus structuré.

Liability : Votre bio cite souvent Devendra Banhart et José Gonzales comme influences. Sont-elles les seules ?

Guillaume Eluerd : Ce ne sont pas vraiment des influences, ce sont des gens qui me ressemblent ou à qui je ressemble. Ce sont des noms actuels qui signifient quelque chose pour des gens qui n’ont jamais entendu parler de vous. Pour ma part j’ai mes artistes de chevet comme David Sylvian, Tom Waits, XTC, Talk Talk et pas mal d’autres. Et puis il y des trucs plus récent comme Animal Collective, Arcade Fire, Silver Mt Zion et des centaines d’autres.

Liability : The Year Of The Dog est aussi la première sortie pour le tout jeune label Fabriq. Qu'est-ce qui vous a décidé à signer sur cette structure ?

Guillaume Eluerd : Mr. Andrew Richards, of course. Il me fait penser un peu à Pierre Musy, dans une certaine mesure. Comme lui, Andy un gars très sérieux et positif, pas le genre de patron de label qui se lamente sur la difficulté de sortir un disque de nos jours, à se demander pourquoi il a pris rendez-vous avec vous. Andy n’a rien de tout cela, lorsque je lui ai dit, un peu dépité, que José Gonzales sortait son album un jour avant le mien, il m’a répondu « Dommage pour lui ». C’est le genre de chose que vous voulez entendre lorsque vous êtes un artiste, pas un type qui pleure plus que vous.

Liability : A quoi correspond le titre de l'album ?

Guillaume Eluerd : C’est une Chinoise qui me l’a indirectement suggérée. Elle savait mon amie enceinte et elle m’a dit que mon fils allait être du signe du chien. Je savais aussi que j’étais du même signe, l’album a été enregistré la même année, ça m’a suffit pour lui donner ce titre.

Liability : On ressent souvent une profonde mélancolie dans vos chansons. Est-ce aussi votre tempérament ?

Guillaume Eluerd : Je ne crois pas être mélancolique dans la vie, mais je peux me tromper.

Liability : Une tournée est-elle prévue pour défendre ce premier album ?

Guillaume Eluerd : Oui, elle commencera en décembre. Pour l’occasion, Andy viendra jouer avec moi (en plus il joue et il chante, je ne lui ai pas encore demandé s’il faisait le ménage…). On espère faire quelques dates avant, histoire de se chauffer, mais la vraie tournée débute en décembre.

Liability : Globalement les premières critiques sont plutôt bonnes (hormis quelques exceptions). Est-ce que vous appréhendez la sortie du disque et son accueil ?

Guillaume Eluerd : Ce qui a été dur avec les critiques mitigées c’est qu’elles sont arrivées les premières et que la seule bonne critique à ce moment-là était en italien. En ce qui concerne la sortie, je ne sais pas trop quoi en penser. Je crois que c’est comme avant d’entrer sur scène avant un concert. C’est l’attente qui est le plus difficile.

Liability : Que peut-on vous vous souhaiter pour la suite ?

Guillaume Eluerd : Un prompt rétablissement ?

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