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Turzi

Le : 23-07-2007

Lieu : e-mail

propos recueillis par Fabien et publiés le 17-09-2007

Romain Turzi sait ce qu'il veut et, surtout, il sait où il va. A, premier album d'une trilogie qui s'annonce enthousiasmante, n'est certainement pas le disque de quelqu'un qui se cherche. A s'impose de lui-même et va bien au-delà. Tel un prophète, Romain Turzi et ses camarades de Reich IV prêchent une voie différente de celle que l'on a l'habitude d'entendre ces dernières années. Largement inspiré par le krautrock et le psychédélisme français, Turzi jure qu'il n'est pas le seul à évoluer dans cette sphère. Est-ce le début d'un mouvement musical d'envergure ? Seul l'avenir nous le dira. En attendant Romain Turzi revient avec nous pour nous parler de A, disque incroyablement fort et l'une des plus belles surprises de cette année.

Liability : Bonjour, A est votre premier disque et il fait déjà l'unanimité (du moins à ce que j'en sais). Vous n'avez pas peur d'avoir fait trop fort, trop vite ?

Turzi : Non, ce disque aurait pu aller encore plus loin, parce que c’était le premier ; nous avons mis l’accent sur le coté accessible de cette musique en réduisant la durée de certains morceaux, en arrondissant légèrement les angles et en tachant de le faire sonner moderne même s’il est truffé de sonorités 70s. De plus il est important de faire quelque chose de marquant pour se détacher de l’offre du moment, ce disque me ressemble, nous ressemble, vous ressemble… il y a autant de références que de pistes explorées, cette musique est censée parler aussi bien à l’amateur d’acid house qu’à celui de musique bruitiste ou expérimentale ou même « pop ».

Liability : Pour ce disque vous êtes accompagné du groupe Reich IV. Que pouvez-vous nous dire sur eux ?

Turzi : Reich IV c’est un hommage à Steve Reich et son album Four Organs… reich IV c’est un peu mes four organs, les organes qu’il me manque pour exécuter la musique qui me trotte dans le cerveau. Ce sont des gens avec qui j ‘évolue depuis toujours sur les plans affectif et musical dans la mesure où nous avons grandi ensemble et monté nos premiers groupes ensemble. Je n’aurais pu envisager l’enregistrement de cet album sans leur présence : je leur dois tout…hahahaha ! Sky Over batterie exécutant A, Judah Warsky Keyboards exécutant B Gunther rock Guitare-drone exécutant C Arthur Rambo, sub-Basse, exécutant D

Liability : A est largement inspiré par la vague allemande du krautrock 70's mais pas seulement. Qu'est-ce qui a été le moteur de ce disque finalement ?

Turzi : A est un disque qui tend à s’inscrire dans la tradition psychédélique française malheureusement méconnue dans l’Hexagone et reconnue à l’étranger. Si les influences sont majoritairement allemandes, elles sont aussi américaines (courant minimaliste : Reich, Riley, La mOnte Young, John cale), françaises (Alpes, Heldon, Gong, catharsis, Pôle, Igor Wakhevitch, …) suisses (brainticket, ...) et italiennes (Goblin, Morricone, Allessandrini, Piccioni, etc…)

Liability : Justement : cette influence un peu trop marquée par des groupes comme Can ou Neu !, vous ne craignez pas qu'on finisse par vous le reprocher ?

Turzi : J’ai bouffé du Can et du Neu ! pendant ces 5 dernières années… Aujourd’hui ce sont des influences que j’ai digérées et dont je ne me réclame plus… C’est plus un langage qu’une influence à proprement parler… J’essaie d’aller au-delà de ces deux entités mais c’est une manière d’appréhender la musique que je ne renierai jamais.

Liability : Can était un groupe qui expérimentait beaucoup et jouait sur les techniques pour créer des structures nouvelles. On a l'impression que vous êtes un peu dans la même optique. Que pour chaque morceau vous poursuivez une idée et que vous essayez de la développer. Finalement y a-t-il une méthode Turzi ?

Turzi : La méthodologie employée pour créer des morceaux est finalement proche du jazz dans la mesure ou on introduit un thème, on le détourne selon nos envies et aspirations du moment ; ensuite vient une période de liberté totale (free mais pas tant que ça puisqu’il est très important que tout le monde s’écoute attentivement pour pouvoir se « placer » dans l’amas sonore) et on clôt le morceau par ce même thème, ce qui n’est pas si nouveau que ça (merci Coltrane)

Liability : A est l'un des seuls albums de l'Hexagone à ne quasiment pas avoir d'influences anglo-saxonnes (du moins on ne les ressent pas vraiment). Est-ce délibéré ?

Turzi : Oui car la France regorge de groupes qui font dans l’anglo-américain, l’hégémonie est si forte que tout les petits groupes ont tendance à se calquer sur des formules (qui ont beau avoir fait leur preuves) convenues. Je trouve plus important de faire une recherche sur soi au préalable et ce qui est primordial est de faire une musique profonde et personnelle pour qu’elle touche les gens.

Liability : A est un titre un peu énigmatique. Pourquoi ce choix ?

Turzi : A signifie « la » en notation anglo-saxonne. Le la est la fondamentale qui se trouve dans chacun des morceaux de cet album, pour nous elle représente le drone et l’élévation spirituelle et corporelle… A c’est aussi la première lettre de l’alphabet capitaliste, elle représente un début, un commencement.

Liability : Dans l'album vous faites référence plusieurs fois à la religion en ayant l'impression que vous essayez de la détourner de son sens premier. Vous recherchez un but précis ou c'est juste une coïncidence ?

Turzi : La religion c’est le convenu, c’est l’éducation qu’on m’a donnée depuis ma naissance jusqu’à ma séparation du carcan familial… réintroduire Jésus dans cet album c’est mettre à jour de façon spontanée et intuitive quelque chose d’enfoui depuis des années. Il est vrai qu’il y a aussi une bonne dose de provoc’ là-dedans mais ce n’est pas la recette du rock n roll depuis toujours ???

Liability : A va faire partie d'une trilogie. Avez-vous déjà une idée de ce à quoi ressembleront les successeurs de A ?

Turzi : Les successeurs de A seront full acoustique ou full électronique… un medley d’influences non convenues de Ravi Shankar à Manuel Gottschring en passant par Perrotin le grand et la messe pour orgue de Bach….

Liability : A quoi va ressembler le proche avenir de Turzi ?

Turzi : Beaucoup de tournées, la réinstallation complète de mon studio et la réparation de mes instruments défecteux… Non, plus sérieusement, sortir un autre disque avant la fin 2007 et trouver du temps pour élever décemment ma petite fille de deux mois…

Liability : La succession de bonnes critiques vous ouvre-t-elle des portes ?

Turzi : Oui, elles nous permettent de participer aux grandes vitrines que sont les festivals de cet été comme Dour ou la Route du rock où nous jouerons juste après Sonic Youth et avant LCD Sound system… c’est une chance que l’on nous donne qui pour nous sonne un peu comme un aboutissement… Ne gâchons pas ces embryons de succès et tachons de maintenir cette discipline qui a fait notre force et notre reconnaissance. Par ailleurs, ces critiques, si élogieuses soient-elles nous permettent d’aborder l’export avec un certain bagage et l’idée de départ de cette formation était de combler un vide sur un territoire le plus large possible.

Liability : A semble être un disque assez unique dans l'Hexagone. Pensez-vous qu'il puisse susciter des vocations ?

Turzi : Je suis à l’origine avec Arthur mon bassiste et manager d’un label que nous avons sobrement intitulé Pan European recording… c’est pour nous une manière de mettre en avant les groupes qui nous sont proches et qui en valent la peine (aqua nebulla oscillator, one switch to collision, total peace, …). Ce sont des groupes dont les composants et mots d’ordre sont proches de nous, alors si le succès dont tu parlais précédemment peut favoriser leur développement, les choses sont gagnées.

Liability : D'ailleurs qu'est-ce que vous inspirent les groupes français actuels ?

Turzi : Une concurrence féroce et sévère dans un cadre que nous contrôlons pour ceux susmentionnés. Je maintiens que nous ne sommes pas les seuls dans ce registre ; si pour l’instant les highlights sont de notre côté l’émergence de cette scène est proche et leur salut viendra.

Liability : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Turzi : De durer plus que six mois, de ne pas faire figure de phénomène de mode, de continuer à surprendre avec de bons albums, d’élever notre famille décemment et peut-être aussi de vendre des disques ce qui, on le sait tous, n’est pas chose aisée en ces temps…

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