.:.Compte Rendu de Concert.:.

Pochette

Le Rock Dans Tous Ses Etats

1ère partie :

Le : 25-06-2004

Lieu : Evreux, Hippodrome

compte rendu proposé par Claire et popop et publié le 23-07-2004

Vendredi 25 Juin. Les routes normandes sont complètement bloquées par un accident aux alentours d’Evreux, retardant l’arrivée de pas mal de festivaliers venus participer à la 21ème édition du Rock Dans Tous Ses Etats. Pas exactement un nouveau venu sur le circuit estival, le rendez-vous normand semble encore parfois peiner au niveau de l’organisation, sans doute par manque d’enthousiasme du côté de la mairie : accès par une route unique depuis Paris (d’où les 75 minutes d’embouteillage de ce premier jour), parking officiel à 40 minutes à pied de l’hippodrome où se déroule les concerts, et, gros carton rouge, des navettes ne circulant que jusqu’à 21h00… Une aberration que les organisateurs ne semblent d’ailleurs découvrir qu’une fois confrontés aux faits. Heureusement, la programmation 2004 est une motivation suffisante pour passer outre ces mauvaises surprises.

Le temps de récupérer bracelets et accréditations (là aussi, 45 minutes pour échanger son billet alors que les concerts ont déjà commencé, c’est assez frustrant), et Luke passe à la trappe. Vu les échos qui s’en échappent vers l’extérieur du site, cela ne semble pas bien grave… En tout premier lieu, une petite visite du site s’impose : deux grandes scènes, qui alternent intelligemment les concerts (dès qu’un concert s’arrête sur la scène A, la scène B enchaîne, ce qui permet de voir tous les concerts «majeurs»), une petite scène cachée sous la tente du Banana Club proposant des groupes plus électroniques, et, nouveauté de cette année, au bout d’un passage champêtre, l’espace de la papamobile, accueillant une quatrième scène, qui offre l’occasion à cinq groupes normands de se produire. En plus des scènes, on trouvera les habituels stands d’artisanat, de vêtements, d’associations telles qu’Amnesty International ou ATTAC, de vendeurs de disques et surtout plein de vendeurs de kebabs pour les ventres creux.

Alors que Svinkels distille son rap sue la scène B, on préfèrera commencer ce festival sous le Banana Club pour se régaler du folk intimiste de Ramsay Midwood. Accompagné pour l’occasion d’un guitariste, l’américain barbu à casquette joue de la guitare assis. Il n’est pas trop question de danser, ici. Ses chansons s’écoutent et se savourent. Malgré les échos de l’extérieur, on appréciera à sa juste valeur cette magnifique prestation. Les quelques spectateurs présents sous la tente se sont aussi assis pour cette communion musicale. C’était beau, rien à ajouter.

Suite du programme : Les Hurlements d’Léo. Beaucoup de monde sur scène, comme c’est habituel pour du rock festif. Les musiciens et le public s’en donnent à cœur joie sous le soleil de cette fin d’après-midi. Ca cours et ça saute en l’air sur scène, ça danse dans le public. C’est à la fin de ce concert que les intermittents qui participent à l’organisation du festival montent sur scène pour rappeler que leur « problème » est loin d’être résolu, et que leur lutte continue, même si cette année elle est moins voyante que l’année dernière (on se rappellera des festivals annulés en 2003, même si ça n’avait pas été le cas du RDTSE)

Le soleil tape encore bien, et on profite du concert des africains de Tinariwen pour se faire dorer la pilule quelques instants, en observant de loin cette étrange formation de touaregs aux guitares électriques. Il est plus que temps d’aller se positionner devant la Scène A pour le concert de The Divine Comedy. Première sortie de l’année en formation rock pour Neil Hannon, après des shows avec grand orchestre ou en trio, et il apparaît vite comme évident qu’un festival n’est pas le meilleur cadre pour apprécier la musique de l’irlandais. Un show sans surprise ni réelle passion mais qui fera tout de même réagir le public le temps d’une version bien enlevée de National Express ou de l’hallucinante reprise du No One Knows des Queens Of The Stone Age. Alternant le bon et le moins bon, le groupe finira tout de même sur une jolie note, avec le désormais habituel Tonight We Fly.

A peine la frêle carrure du crooner disparue de la première scène que le canadien de Buck 65 fait son apparition sur la seconde, tout de blanc vêtu et ses musiciens en bleu de travail. Avec son rap teinté de rock et de blues, Richard Terfry est l’invité idéal des festivals, tant sa musique se révèle directe et enthousiasmante. L’accent mis sur les morceaux de «Talkin’ Honky Blues» ne fait que renforcer ce sentiment, et les versions de Wicked And Weird ou 463 font partie des meilleurs moments de cette première journée. Ajoutez à cela une présence scénique et une gestuelle inimitable, une version endiablée de Pants On Fire (sur «Man Overboard») et un petit tour pour serrer la main aux premiers rangs à la fin du concert, et vous obtiendrez un sans faute.

Difficile après cela de supporter Matthieu Chédid, ou plutôt son alter-ego musical, M. Le chanteur fera pourtant un tabac, une grande partie du public ayant fait le déplacement pour le voir. Mais avec sa voix geignarde, ses poses de guitar-hero (même à prendre au second ou au troisième degré), son décor de scène rose bonbon (kitsch et assumé, mais kitsch tout de même) et ses solos de dix minutes, il donnera surtout envie de se jeter sur un sandwich et de se poser au Banana Club en attendant l’arrivée des français OMR. L’attente se fait en compagnie de Komori, à savoir un DJ et une chanteuse jouant devant une tente quasi-vide si ce n’est pour une dizaine de fans visiblement enthousiaste. Mais avec OMR en soundcheck juste à côté, difficile d’apprécier. Ces derniers attireront déjà plus les foules, toutes proportions gardées. Avec leur électro-pop fortement influencée par la new-wave et le charisme charmant et sensuel de la chanteuse Virginie Krupa, les français s’en sortent plutôt bien, rappelant tantôt les allemands de Notwist, tantôt ceux de Lali Puna. Mais le concert ayant commencé un peu retard, on quittera le groupe plus tôt que prévu pour se diriger vers la scène B pour écouter les américains de Von Bondies.

Véritables stars de la soirée, le quatuor de Detroit n’aura pas trop à se fouler pour mettre les festivaliers en transe et générer le pogo le plus violent de cette édition 2004, qui par ailleurs n’affichait pas beaucoup de concurrence de ce côté-là. 45 minutes de concert, une quinzaine de brûlots punks expédiés les uns après les autres, presque pas de paroles d’échangées avec le public, seulement des guitares fortes et des compositions solides, celles de «Pawn Shoppe Heart» contrastant sacrément avec les débuts du groupe. The Fever, Not That Social, Broken Man, No Regrets, et bien sûr les singles Tell Me What You See et C’mon C’mon pour achever les sceptiques. Une musique limitée mais jouissive à court terme et une belle conclusion pour ce premier round. Inutile de s’attarder sur le reggae de Toots & The Maytals, le parking est loin et Paris aussi… Sur le chemin de la sortie, venant du Banana Club, on entendra les premiers rythmes de l’électro-funk de Radioactive Man qui assure la première partie de l’after, et qui doit être suivi de Detroit grand Pubahs ; pour certains, la nuit ne fait que commencer…

Samedi 26 juin. L’expérience de la veille n’ayant pas servi de leçon, et cette deuxième journée ayant été un peu difficile à se mettre en route, on ratera encore les deux premiers concerts du jour. Si on n’aura pas trop de regrets pour la soul de Sharon Jones, on aurait bien aimé assister à la performance des atypiques canadiens de Broken Social Scene. Dommage. Quoi qu’il en soit, c’est avec Ben Kweller que s’ouvre le bal pour nous. Ne vous laissez pas avoir par sa tête de chérubin désinvolte : l’américain fait bel et bien partie de la cours des grands. Alternant les chansons pop au piano (In Other Words) ou à la guitare (On My Way), et les morceaux plus rock (The Rules ou l’excellent Wasted & Ready), le jeune homme se révèle être un songwriter autant qu’un performer hors-pair, autant à l’aise seul qu’avec son groupe. Le public ne s’y trompe pas, et le saluera à sa juste valeur. Ben Kweller s’étonnera même, à la fin d’une chanson particulièrement applaudie, d’un très sincère «Oh my God !».

Après une performance de ce calibre, difficile de supporter bien longtemps le folk teinté de jazz de la canadienne Feist. Déjà pas toujours convaincante sur disque, la musique de la chanteuse semble plus faite pour les ambiances intimistes que pour les festivals, à en juger par la piètre interprétation du single Mushaboom. C’est donc sans regret que l’on s’éloigne de la scène B. La tentative pour aller voir les français de Prototypes qui se produisaient en même temps au Banana Club n’est pas plus concluante ; l’état d’esprit n’y était pas, probablement. Pas envie de se laisser aller sur leur tube Danse sur la merde (qui passe à la radio). Ce n’est pas bien grave : la bière est bonne, et de toute manière, ça va bientôt être l’heure de Supergrass.

10 ans après, ce n’est pas peu dire que le public qui les a connu à l’époque les attend au tournant. Gaz a toujours sa tête de loup. Un pantalon rayé, une chemisette à fleurs et un chapeau sur la tête lui donnent un petit air vieux, mais enthousiasme et énergie sont de nouveau présents. Car si les dernières prestations du groupe (notamment après la sortie de «Life On Other Planets») semblaient proche du machinal, le quatuor semble avoir repris le goût de la scène : il y a bien longtemps que des titres comme Strange Ones ou Richard III n’avaient sonné aussi excitants. Un set en forme de best-of, plutôt logique puisque les anglais viennent de sortir une compilation de leurs singles, avec quelques jolies surprises comme une version acoustique de Caught By The Fuzz, premier single du groupe, ou l’inédit Kiss Of Life qui vient confirmer que Supergrass a encore des choses à dire. Et en prime, un public réceptif et la palme de la meilleure ambiance du festival !

Pas de temps à perdre à la fin de ce concert, puisque c’est au tour de Daniel Darc de jouer sur la scène B. Après l’excellente surprise de l’album Crève Cœur, l’épreuve de la scène va se montrer décisive pour cataloguer le revenant. Une tension monte un peu dans le public, quand il tarde à entrer sur scène : on le sait capable de tout, peut-être même de décider au dernier moment de ne pas jouer. Mais non, il entre sur scène. Un peu voûté, titubant légèrement, mais le voilà. Il enchaîne les titres, principalement extraits du dernier album, et on se rend rapidement compte que ce concert est un réel moment de grâce. Le bonhomme est émouvant dans son bonheur d’être sur scène. Il est visiblement touché par l’accueil du public. Sur Elégie #2, il remplacera les soupirs de femme de l’enregistrement studio par des claquements de chaîne sur la scène, donnant à cette chanson une force nouvelle. Il reprendra bien évidemment Cherchez Le Garçon, ce qui mettra les fans en ébullition. Malgré la consigne de ne pas faire de rappel, il revient pour un émouvant Petite Fille, juste avec son guitariste, tous deux assis face à face sur la scène. Il veut faire un second rappel, mais les techniciens lui signifient que c’est fini. Il commence à sortir de scène, revient pour dire quelque chose, mais le micro est déjà coupé : on ne saura pas. Tant pis. Mais en tout cas, ce chanteur est à revoir absolument en salle.

Après ce moment de pur bonheur, il va être très difficile de supporter San Severino qui commence à jouer sur la grande scène. Ca tombe bien, c’est l’heure de dîner… Tartiflette, kebab, saucisses-frites… les unes choisiront les tartines au chèvre grillées, les autres se laisseront tenter par de gargantuesques sandwichs américains. Histoire de reprendre des forces avant d’aller écouter The Rapture, groupe d’excellente réputation scénique. Et là, grosse déception : la dynamique n’est pas là et la voix du chanteur, plus proche du cri primaire que des vocalises maîtrisées, est un véritable calvaire. On attendra jusqu’à House Of Jealous Lovers, mais rien à faire, ce soir, ça ne passe pas. Tant pis, ça sera pour la prochaine fois. Peut-être.

De toute façon, il y a mieux à faire que d’épiloguer sur le cas des américains. Car Evreux célèbre le royaume du rock français en ce week-end : si celui-ci semble un peu désorienter depuis le décès du roi Gainsbourg, et si aucun prétendant au trône ne s’est encore fait connaître, on a pu voir une scène encore vivace pendant ces deux jours. Si M pourrait bien prendre le titre de bouffon de la cour et Daniel Darc celui de prince déchu, Alain Bashung est clairement l’éminence grise. Ce soir, il entrera sur scène, après s’être fait attendre un long moment, vêtu d’un long manteau de cuir noir et coiffé d’un chapeau, qu’il quittera rapidement. Pantalon également en cuir, lunettes de soleil, poses lascives, toute la panoplie du rocker est là : mais si certaines attitudes peuvent faire penser à (hum) Johnny, on sent le chanteur toujours sur la brèche et complètement possédé par sa musique. La tournée 2003-2004 étant plutôt orientée rock, ce sont surtout les morceaux de «Fantaisie Militaire» qui seront joués, férocement, de Mes Prisons à Samuel Hall en passant par l’incontournable La Nuit Je Mens. Un show très carré, très efficace aussi, mais qui perdra en intensité après une dizaine de titres. Le duo peu pudique avec Chloé Mons, visiblement enceinte, ne fera pas le même effet qu’au Bataclan l’an passé, et les choix étranges du rappel (Martine Boude pas vraiment convaincant) seront contrebalancés par quelques-unes des merveilles du passé, comme Légère Eclaircie ou le toujours troublant Madame Rêve qui viendra clore le concert. Reprenant son chapeau et son manteau, Bashung quittera alors la scène en préservant l’essentiel : la classe.

Après ce long set, c’est au tour des Fabulous Trobadors d’animer l’hippodrome. Leurs chansons toulousaines engagées (c’est en train de devenir un style à part entière) s’écoutent agréablement. Ce groupe a le mérite d’être honnête dans ses combats, d’avoir toujours milité dans ce sens. On ne peut pas les accuser de démagogie opportuniste comme certains autres. Qu’on apprécie ou non leur musique, on ne peut pas leur retirer ça.

Lorsque les premières sonorités de Keziah Jones s’envolent de la scène A, on comprend qu’il va être l’heure de terminer sa dernière bière et de rentrer chez soi. L’électro-punk de Spektrum ne nous attirera pas plus vers le Banana Club.

Il est plus que temps d’assimiler enfin toutes les émotions engrangées pendant ce magnifique week-end musical.

A voir également :

http://www.lerock.org

http://www.abordage.net

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