.:.Compte Rendu de Concert.:.

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Festival IDEAL (5-6 Mars 2004)

1ère partie :

Le : 05-03-2004

Lieu : Nantes - Le Lieu Unique.

compte rendu proposé par Fabien et publié le 04-04-2004

Le festival I.D.E.A.L., qui a remplacé au pied levé Oblique Lu Night, propose depuis maintenant pour la deuxième année consécutive une programmation des plus alléchantes mêlant les formations cultes à des artistes sur le devenir et pour le moins déjantés. Ainsi on a pu voir sur les dernières éditions Wire, Glenn Branca, FM Einheit (Einstürzende Neubauten, Stein), Michael Gira (Swans, The Angel Of Light), Jaki Liebezeit (Can), Genesis P.Orridge (Thobbing Gristle, Psychic TV, Thee Majesty) pour ne citer que les plus connus. Ce festival aura le mérite d’attirer tout la faune de France et de Navarre qui se complait dans l’élitisme musical mais aussi toute une foule de curieux attirée par une programmation souvent originale et propice à la découverte. Cette édition ne dérogera pas de la ligne que l’équipe du Lieu Unique semble s’être fixée. On ne s’en plaindra pas trop.

Premier soir, première curiosité. Wono Saturo, japonais et DJ de son état mais qui est aussi professeur de musicologie et écrivain. On pouvait craindre le pire, un set électro-machin proprement chiant et lourd. Finalement le pire ne s’est pas produit. Pas forcément spectaculaire W.Saturo maîtrise parfaitement le sampling passant de l’évocation des musiques 50’s ludiques et rigolotes à des choses plus sud américaines en bifurquant fatalement vers ses racines japonaises en évoquant Ryuichi Sakamoto ou Yellow Magic Orchestra. W.Saturo finit une prestation plaisante par des ambiances plus clubbing. Même si la performance est apparu comme un peu scolaire l’assistance sembla s’en contenter mais sans grande conviction. Sympathique, sans plus. Notre japonais s’en est allé comme il est venu, dans une presque indifférence avec les applaudissements d’usage. Allez hop, tous au bar !

Deux bières plus tard il laisse sa place aux frères Hurtado qui forment le duo Etant Donnés. Ces grenoblois écument les scènes underground du monde entier depuis près de vingt ans. On ne compte plus leurs collaborations ( A.Vega, M.Gira, L.Lunch, M.Cunningham, G.P.Orridge…) et leur différents projets qui touchent autant la poésie, le théâtre, le cinéma que la musique, principale de leur préoccupation. Pour qui n’a jamais vu Etant Donnés en concert peut provoquer certain choc. Chacun aux extrémités de la scène les deux frères Hurtado, avec derrière eux un pan de projecteurs, commencent leur set, quasi immobiles, par de simples chuchotements et des souffles sur fond de musique techno lourde, minimale et répétitive. On s’en doute, enfin moi surtout puisque c’est la troisième fois que je les voit, la litanie des deux frangins finit par devenir des hurlements qui traduisent une forme de souffrance. D’ailleurs les deux grenoblois simulent des auto-flagellations et un combat entre eux qui finit par une re-conciliation. Amour / Haine. Le public en reste complètement gaga surtout quand l’un des frères descend dans la foule, soulève une jeune fille et fait hurler une personne de l’assistance dans le micro. Vas-y, défoule-toi mon grand. L’intensité oppressante délivrée par le duo a finit par conquérir le public qui a eu l’impression d’assister à un véritable happening. Même les mecs qui étaient déjà bourrés à 21h ont apprécié. C’est dire. On se souviendra surtout d’un qui avait pris ses désirs pour réalité et qui a fini par se faire secouer par la populace.

A peine a t’on eu le temps de se remettre (deux bières) que Christophe entre en scène. Je trouvais bizarre aussi qu’il y avait autant de quinquagénaires. On sait pour qui ils sont venus. Dès que notre petit homme est apparu ils se sont tous agglutinés sur le devant de la scène, n’en pouvant plus, pissant presque dans leur froc. On avait presque envie de leur mettre des baffes. Le concert n’eu rien d’exceptionnel malgré une parfaite maîtrise et une sensibilité qui est propre à Christophe qui n’en finit plus de tirer sur la sentimentalité. Moment appréciable : ce fut un duo improvisé avec Alan Vega tout heureux visiblement de partager ce petit moment avec Christophe.

Alan Vega. A mon tour de baver d’impatience. J’ai l’impression que c’est noël. Finalement je ne suis pas si différent que les vieux fans de Christophe. Il est tel que je me l’avais imaginé : plein d’arrogance, tout en pose. Accompagné d’une jeune femme, dont j’ai malheureusement oublié le nom, Alan Vega fait le show. Il fait exactement ce qu’on attendait de lui. Un set hypnotique et agressif a souhait. Ce n’est certainement pas le concert le plus extrême qu’il ait eu à faire mais chacun a pu s’en contenter et dire : « Putain, j’ai vu Alan Vega !! ». Toutefois le but de la soirée était tout de même de réunir sur la même scène Etant Donnés, Alan Vega et Christophe. Ce dernier ayant décidé de se défiler au dernier moment nous avons quand même eu le droit à un effort particulier entre les grenoblois et A.Vega. Entourés par quatre motards et de leurs machines vrombissantes Vega s’efforçait avec bonne humeur de chanter comme il a l’habitude de faire tandis que les deux frères Hurtado se mettait dessus sous une lumière éblouissante. Pour égayer le tout un mec bourré monte sur scène, dépouille une chemise à 150 euro d’un des deux frères, commence à se fritter avec les deux frangins, se fait emmener en arrière salle et se fait un peu secouer. Ambiance, ambiance.

Après tout ça on se dit qu’il serait de bon ton de se rafraîchir. La tension étant un peu redescendue Mark Van Hoen aka Locust entre en scène avec son musicien et sa chanteuse. Délivrant une électro-pop raffinée et subtile rappelant souvent les productions Morr Music on passe un agréable moment sans trop crier au génie. Appréciable tout de même.

Moins appréciable fut le groupe suivant, Tempsion, dans lequel officient Frédéric Temps et Black Sifichi. Ce projet électronique a eu la fâcheuse habitude de faire dans la surenchère. Trop fort, trop long, trop pompeux. Le groupe aurait sans doute gagné en intensité sur des séquences plus courtes. On attendait qu’une seule chose : que cela finisse

Ce qui a bien finit par arriver pour laisser la place aux vétérans de The Legendary Stardust Cowboy, groupe plein de peps, revisitant l’Amérique profonde avec énergie et humour rock’n’rollesque. Mais je me suis dit que le burlesque à cette heure avancée de la nuit ce n’était pas pour moi. Je n’ai donc pas eu l’occasion de voir le chanteur finir quasiment à poil. Tant pis. Demain est un autre jour.

copyright photo : Karim Gabou.

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