.:.Compte Rendu de Concert.:.

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Festival IDEAL

1ère partie :

Le : 07-04-2006

Lieu : Nantes, Le Lieu Unique

compte rendu proposé par Fabien et publié le 14-05-2006

Fans de Michel Sardou passez votre chemin. Le festival le plus improbable de l'Hexagone remet le couvert pour une quatrième édition avec une formule qui, une fois n'est pas coutume, s'est déroulée sur trois jours. Trois jours qui allaient être le le lieu de toutes les surprises mais aussi des confirmations. Une fois de plus l'équipe de Kitty Hartl s'est lancée dans une programmation aventureuse qui détonne par rapport à n'importe quel festival classique. Un festival étonnant où vous pouvez côtoyer les artistes comme n'importe quel autre festivalier, les voir déambuler, assister aux concerts, bref des gens comme les autres qui vivent le festival comme un événement de tous les possibles.

Et le premier de ces possibles a été la venue des Finlandais de Pan Sonic associés pour l'occasion à la violoncelliste Hilduz Gudnadottir. Ceux qui s'attendaient à une petite douceur électronique en sont sûrement été pour leurs frais. En effet Pan Sonic joue fort, très fort même. Dans ce déchaînement sonore Hilduz Gudnadottir vient se fondre avec son violoncelle amplifié avec une certaine humilité. Le set peut paraître un peu statique, les participants ne montrant aucune émotion, mais le tout est rattrapé par les effets détonnants que le trio donne à sa musique. L'effort est violent si bien qu'une partie de la salle se sent déconcertée par la performance de Pan Sonic et quitte le devant de la scène. Il faut dire que l'expérience peut se révéler insupportable pour qui n'y est pas habitué et pour ceux qui se sont risqués à se placer trop près des enceintes. Quoi qu'il en soit le festival part sur des bases intenses et qui contrastent avec celles de l'édition 2005, qui avait débuté avec la grâce du Charlemagne Palestine et Tony Conrad. Pan Sonic, devenu trio pour l'occasion, ouvre cette édition avec des intentions qui seront celles d'IDEAL 2006 : une formule qui allie intensité, violence sonore mais aussi une certaine subtilité dans l'approche musicale.

A la suite de Pan Sonic devait succéder Jayne County And The Electric Chair mais la diva rock'n'rollesque a dû décliner l'invitation à cause de problêmes personnels. Pour la remplacer on réussit à faire venir Martin Rev, moitié de Suicide, qui visiblement s'est prêté au jeu avec sérieux mais aussi avec sa dérision habituelle. Seul sur scène, Martin Rev distille avec assurance et une certaine grandiloquence amusante des morceaux un peu kitsch qu'il finit par maltraiter avec son synthétiseur. L'homme n'a pas trop vieilli et comme son alter-ego Alan Vega qui était venu il y a deux ans il semble prendre du plaisir sur les planches nantaises. Martin Rev amuse autant qu'il intrigue. Comment prendre cet énergumène aux cheveux hirsutes et aux lunettes de soleil tirées tout droit d'un épisode de Buck Rogers ? Ceux qui ont suivi les efforts du bonhomme sur le label Säkhö n'ont sans pas dû être surpris. En tout cas l'Américain distille un show qui oscille entre le burlesque et l'improvisation. Rev détruit des mélodies surfaites pour mieux se les approprier dans un tourbillon synthétique proche de la déstructuration.

Il était sans doute dit que ce premier soir serait celui des anciennes gloires. Si la réputation de Pan Sonic n'est plus à faire, Martin Rev étant une légende vivante, la venue de Mark Stewart And The Maffia vieille icône du post punk qui aujourd'hui n'intéresse que les spécialistes mais qui a inspiré toute une flopée de groupes actuels de Radio 4 à Liars. De Mark Stewart, je ne connais qu'un seul album, (Learning To Cope With Cowardice) autant dire que cela fait un peu court pour appréhender le bonhomme. Réputé pour son engagement autant scénique que politique, Mark Stewart ne semble pas avoir trop changé. Entouré d'un line-up efficace, l'Américain est suffisament convaincant pour qu'on n'ait pas l'impression d'un baroud d'honneur. Stewart y croit encore et ça se voit. Il aurait d'ailleurs tort de ne pas y croire puisque quelque part il est un peu le papa de cette nouvelle smala de jeunes branleurs qui recrachent sans honte les recettes de leurs ainés. Sans être spécialement transcendant, le bonhomme fait tout de même plaisir à voir. Sa masse imposante ferait presque oublier les membres de The Maffia. Déambulant sur toute la scène et ne lâchant presque jamais son micro Mark Stewart produit un set honorable, juste ce qu'on pouvait attendre.

Cependant le clou de la soirée était encore à venir. Les deux Japonaises d'Afrirampo qui répondent aux doux noms de Oni et Pikacyu allaient mettre une claque à toute l'assemblée. Pourtant le prologue au concert ne laissait certainement pas présager de ce qui allait suivre. Une femme entre deux âges vétue d'un habit traditionnel offrait de manière solennelle une collation à qui voulait dans l'assistance. Les deux membres d'Afrirampo s'évertuant de jeter des pétales et quelques menus objets. Lorsque la première femme se retire elle laisse Oni et Pikacyu s'exprimer dans un français approximatif mais tout à fait charmant pour demander au public si le thé était bon et d'affirmer que celui-ci était effectivement délicieux. Tout d'abord timides les deux jeunes femmes se font plus insistantes pour finir par hurler et commencer un set d'une furie inouïe. Adepte de la formule guitare-batterie, Afrirampo avait pu se faire les dents en tournant avec Lightning Bolt et Sonic Youth sans compter la filiation avec Acid Mother Temple. Ne reprenant que rarement leur souffle les Japonaises sont intenables, véritable tourbillon qui ne laisse aucune place aux concessions. Le public est rapidement conquis et aurait certainement souhaité un set plus long.

Pourtant on sort repus de la performance d'Afrirampo et la soirée aurait pu s'achever sur cette belle note sans qu'on n'ait rien eu à y redire mais il restait encore Der Schmeisser à passer. Le but pour ce DJ sera de faire danser les derniers noctambules qui restent dans l'enceinte du Lieu Unique. Entre techno minimale et house Der Schmeisser remplit bien son office et permet d'achever en douceur.

Il faut noter que cette année, l'activité ne se résumait pas qu'au Grand Atelier du Lieu Unique. Au 1er étage on pouvait assister à une programmation alternative qui, pour ce premier soir, était composée des prestations remarquées d'Harry Merry et de Boy From Brazil et de celles moins convaincantes de Jack The Rapper et DJ Meeuw & Hitmachine. Pour les fans de musiques électroniques chirurgicales il était également possible de s'aérer les méninges grâce à la performance du Staalplaat Sound System. Une référence en la matière.

A voir également :

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