.:.Compte Rendu de Concert.:.

Pochette

Festival I.D.E.A.L

1ère partie :

Le : 08-04-2005

Lieu : Nantes, Le Lieu Unique

compte rendu proposé par Fabien et publié le 26-04-2005

A croire que l’année est passée assez vite puisque la troisième édition du festival I.D.E.A.L. vient de se dérouler alors que les souvenirs de la précédente édition n’ont même pas eu le temps de s’estomper. Ayant encore à l’esprit les concert d’Alan Vega et de Lydia Lunch, la programmation de cette année s’avérait être des plus alléchantes. Même si des grosses pointures comme Einstürzende Neubauten, Charlemagne Palestine, Tony Conrad ou The Balanescu Quartet tenait le haut de l’affiche, l’occasion était encore belle de découvrir des artistes plus confidentiels. Outre les sus-cités le public nantais aura pu apprécier les performances de S.O.S. Anthem, Mitch & Mitch, Peter Mlakar, Mignon, My Robot Friend, The Dead Sexy Inc., The Kingdoms Of Elgaland-Vargaland National Anthem, Reverend Beat Man et Christopher Just.

I.D.E.A.L. 2004 avait eu pour fil rouge les filles du New Burlesque, ce qui avait donné des ambiances quelque peu cabaret et décalées. 2005 aura eu un côté plus solennel avec comme thèmes les micro-états et l’art (a fortiori la musique ici). Ainsi ce sont les très sérieux State Of Sabotage (SOS), The Kingdoms Of Elgaland-Vargaland (KREV) et le Neue Slovenische Kunst (NSK – Laibach) qui auront tenu le concept du festival. Pour contrebalancer ce trop plein de sérieux le personnel de la principauté de Groland aura eu pour tâche de rendre plus convivial une manifestation qui s’annonçait assez rigide.

Le festival commençait sous les meilleurs auspices avec Charlemagne Palestine associé à Tony Conrad. Deux légendes. Deux vieilles gloires aussi. Cependant le plaisir de jouer semblait être intact et les deux hommes ont su faire commencer le festival sur une note de rêve et de beauté intemporelle quasiment introspective. Charlemagne Palestine au piano et Tony Conrad, évidemment, au violon cela ne pouvait que donner une expérience apaisante et pour le moins jubilatoire. Charlemagne Palestine, avec un chant ethnique et réconfortant, a su mettre en suspend ses tendances provocatrices pour se mettre au service des longue nappes de Tony Conrad. Un peu moins d’une heure de bonheur évident. Assurément trop court.

En deux temps, trois mouvements les membres de S.O.S. Anthem sont en place. Au calme olympien du set précédent succède un groupe inquiétant dont la théatralité est manifestement le fond de commerce. Composé de Robert Jelinek et des deux membres de Métalycée (Thilges 3) le groupe se voit accompagné au chant par Didi Bruckmayer (Fuckhead) et de trois choristes nantais pour interpréter l’hymne de State Of Sabotage. Sur des ambiances sombres et lourdes, l’électronique vient se mêler à un métal lent et oppressant. D.Bruckmayer et les choristes, affublés de toges qui ne sont pas sans rappeler celles du KKK ou des pénitents du Moyen Age (c’est selon), entament un chant venu des profondeurs emplis d’une certaine solennité. C’est en presque mystique. D.Bruckmayer en rajoute en superposant à une musique cataclysmique un orgue de barbarie qui peine parfois à se faire entendre. Ce set a de quoi laisser perplexe et nombreux sont ceux dans le public ne savant pas trop à quoi s’en tenir. Vaste blague ou innovation sonore ? La question reste posée.

Sur cette interrogation existentielle qui aura tenu en haleine certains d’entre nous plus de cinq minutes, c’est au tour du combo polonais Mitch & Mitch d’entrer sur scène. Le sérieux laisse place à la détente. Dès le départ Mitch & Mitch rentre dans le vif du sujet avec un country-rock décalé, pas forcément original, mais terriblement efficace grâce à un jeu de scène assez communicatif et plein de vie. On se prend facilement au jeu si tant est qu’on ne soit pas trop difficile sur la marchandise. En tout cas le public, dans sa majorité, a adhéré assez rapidement à la douce folie des polonais. Ce n’était pas fatalement immérité.

Cependant les ardeurs se sont vite calmées lorsque Peter Mlakar (NSK – Laibach) a succédé a Mitch & Mitch. La performance du slovène avait de quoi dérouter. Et cela n’a pas manqué étant donné les réactions hostiles d’une partie de la foule. Il faut dire que parmi les énervés il y en avait quelques uns qui avaient déjà bien abusé d’une boisson alcoolisée vendue à un prix plus qu’abordable. Le concept de la performance était d’aborder « les trois formes du mal absolu ». Mlakar en tenue de grand prêtre énonçait sur un ton professoral ses théories tout en les mettant en pratique en simulant sur une femme nue des attouchements plus ou moins grossiers. Douche froide. Même si la majorité du public respectait le déroulement de la performance il a suffit de quelques excités qui n’ont soit pas compris le sens du message (moi même d’ailleurs il m’a fallu un moment pour en saisir toute la teneur) soit ils ont pris au premier degré des actes simulés. Mlakar est vite insulté de fasciste, de malade, certains ont même salué la mémoire de Jean Paul II, quand il ne reçoit pas quelques gobelets. Imperturbable Mlakar continuera jusqu’à la fin et il s’en fallu de peu pour que cela dégénère. Un membre du Lieu Unique ne comprenait pas ce genre de réaction, comme si les gens, selon lui, n’avait pas lu les programmes que l’on pouvait trouver partout dans Nantes. Un petit malaise s’est donc installé mais celui-ci n’a rien eu de définitif.

Dur donc pour Mignon de venir après P.Mlakar. Dur de re-motiver un public devenu subitement amorphe. Mignon, qui avait remplacé au pied levé un Dead Combo défaillant, n’avait sans doute pas les armes pour susciter l’engouement. On ne lui en demandait pas tant. Pourtant la jeune femme s’est démené comme un beau diable face à un public à la limite de l’indifférence et pour le moins goguenard . Seule sur scène ou presque (une comparse intervenant par intermittence pour imager les morceaux) cette sous Peaches débite un électro-rock eigthies, sorte de punkette de circonstance qui tente de se rendre crédible en multipliant les pauses et les effets de voix faussement rebelles. Elle se fatigue pour rien, personne n’y croit. D’autant plus que son jeu de scène se prête mal à cette salle trop grande pour elle. Toute l’énergie qu’elle aura dépensé n’aura finalement servi à pas grand chose sinon à faire passer le temps.

Heureusement la soirée se finira bien grâce au show proposé par My Robot Friend. Enfant de Kraftwerk ces américains ont le sens du spectacle. Affublés de déguisement grotesques rappelant les pires interprétations futuristes et robotiques des années 50-60, le groupe a distillé une électro-pop puissante et communicative. Malheureusement usé par une journée épuisante je ne pu rester jusqu’au bout. Et c’est bien dommage car cela avait l’air de valoir le détour.

A voir également :

http://www.lelieuunique.com

?>