.:.Compte Rendu de Concert.:.

Pochette

Cat Power

1ère partie : Buckner, Richard

Le : 24-05-2003

Lieu : Evreux, L'Abordage

compte rendu proposé par Thomas F. et publié le 15-11-2003

Il y a des soirées dont le vocabulaire ignore les mots ordinaire et routine. Le concert de Cat Power samedi soir à L’Abordage fait définitivement partie de celles-ci.

Tout avait pourtant normalement débuté. Conformément à l’affichette programme punaisée à l’entrée de la salle, Richard Buckner, sa guitare électro-acoustique, et un acolyte faisaient leur apparition afin d’assurer la première partie ; chansons country folk solidement bâties et à peine tourmentées, à l’image du bonhomme qui ne dépareillerait pas dans une ferme perdue du MidWest américain.

A peine ce set achevé, la première surprise de la soirée fut de voir débouler sur scène trois simili Strokes et une jeune chanteuse blonde au charme indéniable arborant un petit haut rouge à l’effigie d’Ozzy Osbourne (sic). La deuxième surprise fut alors de constater que la Miss disposait d’une voix incroyable, proche de celle de Nico, ce que son extrême finesse ne laissait en aucun cas augurer. Après mini-enquête (menée au péril de ma vie évidemment), je suis en mesure de vous informer qu’il s’agissait en fait d’un jeune groupe américain répondant au patronyme de Women and Children et dont les membres, poly-instrumentistes –la chanteuse notamment s’étant illustrée aussi bien à la guitare qu’à la batterie ou au piano, avec une prédilection pour ce dernier-, sont des amis de Cat Power qui résident à Paris. La sortie de leur premier album – éponyme – est prévue pour début juin sur le label Attack 9 (source Amazon.com) et, à la lumière de leur prestation live protéiforme, ce dernier est à surveiller de près.

Cependant, nous n’avions encore rien vu. En effet, après une balance, frisant la maniaquerie, des instruments présents sur scène, Chan Marshall, le cerveau et poumon de Cat Power, faisait enfin son entrée sur scène une bouteille de vin rouge, bien plus qu’à moitié vide, à la main…pour la troisième première partie de la soirée !!! Ainsi pendant près d’une heure l’assistance a eu le droit à un véritable One Woman Show du troisième type. La jeune femme, cheveux longs, jean en conflit ouvert avec ses bottes, a ainsi commencé par nous annoncer sur-le-champ qu’elle allait pleurer ce soir puis mendier ou plutôt implorer à l’assistance médusée une cigarette. Cigarettes qui subirent alors le même destin funeste que la plupart des chansons : entamées jamais terminées, la chanteuse, prétextant le plus souvent des défaillances de mémoire, mettant fin à ses efforts, non sans avoir demandé l’aide des spectateurs impuissants, ici la tête dans le clavier du piano là par une crise de rire plus qu’inquiétante. La mise à l’épreuve était d’autant plus rude que c’était réellement touchant de la voir assise seule avec sa guitare raclant parfois exagérément sa gorge, sa jambe droite moulinant constamment dans le vide, à la manière d’un taureau piqué à vif dans l’arène, heurtant à quelques reprises le sol pour marquer le rythme (ou presque) ou encore demandant sincèrement notre pardon et notre indulgence.

Heureusement l’interprétation de sa fameuse reprise de (I Can’t Get No) Satisfaction menée à son terme (n’y voyons rien de personnel…) acheva enfin ce calvaire. Effectivement elle fut immédiatement suivie du véritable début du concert avec l’arrivée du batteur, du guitariste, et de la bassiste-violoniste dont la sobriété commune tranchait radicalement avec l’exubérance qui avait jusqu’alors accaparé la scène. Cet équilibre inédit n’empêcha évidemment pas totalement quelques répliques du séisme antérieur : incapacité chronique de Chan d’accorder elle-même sa guitare (s’en remettant à son guitariste) ou bien encore ce grand moment d’émotion où elle est venue, abandonnant ses amis, s’accroupir pour une chanson des plus intimes au milieu de la foule qui n’a pu que suivre le mouvement (ambiance feu de camp). Mais globalement toutes les considérations désobligeantes précédentes ont fini par voler progressivement en éclat. J’ai enfin oublié qu’abordage rimait perversement avec sabordage pour me rappeler la raison initiale et principale de ma venue : les chansons. Leur interprétation faisait dans cette dernière partie honneur à la magnificence et aux subtilités affichées sur le dernier et sublime album du « groupe », You’re free. Le concert se termina, sans rappel et sans regret donc, sur un excellent et très enlevé Rockets.

Finalement, on aura beaucoup pesté mais beaucoup aimé aussi ce soir là. Non vraiment cette soirée n’aurait jamais pu être commune avec cette fille si extraordinaire capable d’être en même temps Dr Jekill et Mr Hyde, de rudoyer notre mépris et notre admiration dans la même seconde, ce paradoxe ambulant, ce petit miracle humain.

A voir également :

http://www.catpowermusic.com/

http://www.attacknine.com/03/html/wc/wc.htm

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