.:.Chronique.:.

Pochette

James, Skip

The complete 1931 recordings

[Body and Soul::2004]

« Le » bluesman noir des années 30. Né en 1902 près d’une plantation, il fait ses premières armes sur un piano, puis bourlingue vite un peu partout avec sa guitare. Fin technicien il est à l’origine de certaines techniques de finger picking, et de l’utilisation de certains accordages de guitare, qualités qui ne lui ont évidemment rien rapporté de son vivant. Sa vie de bourlingueur notoire le long du Mississipi ne fut pas aisée, traînant un peu partout, vendant ponctuellement son talent en échange de quelques pièces, d’un verre. Le temps d’une escale dans un champ, une nuit étoilée arrosée de whisky, Skip s’empare de son instrument, lâche quelques accords mineurs et chante sa douleur jusqu’au bout de la nuit. Sa voix traduit une plaie encrée en lui, il traîne la lourdeur de la vie sur ses épaules. Alors il lui reste sa guitare, qui devient le prolongement de son bras, sa longue main sinueuse ne fait plus qu’un avec le manche, il joue, pour s’exorciser, extraire le mal. Sa première guitare lui fut vendue par son père pasteur, pour 2 dollars 50. Depuis, Skip James, chante à en perdre haleine, crachant le noyau dur du mal qui est en lui, maudissant de toutes ses forces le diable qui le tourmente. Seul, s’accompagnant au piano ou avec sa guitare, il se suffit à lui même. En un sens, qui pourrait bien l’accompagner ? Comment accompagner un homme dans la douleur ? Impossible, parce que la douleur est une chose que l’on ne supporte que seul, tout comme la mort et la maladie. Skip James, malade de vivre, seul face à la difficulté, face à l’amour perdu, face à une vie pleine d’injustice, de « nègre » vagabond. C’est la plus pure des musiques que nous donne à entendre ce disque, des émotions à l’état brut. Skip James crache ses tripes, son mal être, de la manière la plus viscérale qu’il fut, et ce disque en témoigne. Les enregistrements sont de qualité inégale, et datent, comme indiqué sur la pochette, de 1931. Mais à vrai dire, peu importe.

note : 8.5

par rentboy, chronique publiée le 19-05-2004

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