.:.Chronique.:.

Pochette

Only Ones, The

Why Don't You Kill Yourself?

[Demon::2004 (réédition 1977-80)]

Début 78 un classique absolu, terrassant, grimpe les charts britannique avant d’être stoppé en pleine course, faute de promotion, d’intérêt de la part des maisons de disques. Tant pis : "Another Girl Another Planet" est un de ces morceaux définitifs, englué en plein dans son époque, qui respire le mal-être à plein nez : du rock’n’roll qui n’a pas oublié d’être accrocheur, entraînant au diable et irrésistiblement pervers, un truc qui restera dans les mémoires de tous les gens de goût pour définir cette année 78, année-gueule de bois du punk, brûlé trop vite, trop tôt. « Les voyages spatio-temporels j’ai ça dans le sang/Les longues distances m’épuisent, mais je peux pas vivre sans/Tu te glisses sous ma peau, ça ne m’irrite même pas/Je crois que je suis sur une autre planète avec toi… » chante Peter Perett d’une voix délicieusement nasale, sans que jamais on ne sache précisément s’il parle de filles ou d’héroïne (probablement des deux), son autre source d’inspiration à laquelle il se consacrera définitivement après trois ans d’une carrière notoirement erratique, regroupée dans son intégralité sur ce double CD : trop de drogues trop dures, trop d’alcool, trop d’une nonchalance limite suicidaire. Il était jeune, il était beau, il avait sa propre déchéance inscrite sur le visage : trois albums et quelques singles plus tard il ne reste à Peter que sa morgue et son arrogance, qu’il a traînées tout au long de ses disques comme un boulet au pied, cousin spirituel d’un Richard Butler (des Psychedelic Furs) si ce dernier n’avait fini par sombrer dans les affres clinquants du glitter 80’s. Des disques qui regorgent de classiques oubliés. Car peu de groupes ont formulé avec autant de talent la dialectique rédemption/déchéance au cœur même du rock, celle qui fait qu’il est si difficile de résister à un (bon) morceau d’Iggy Pop… Sur "Even Serpents Shine", Perett chante : « Un âge si tendre pour vendre son âme/Pour des rêves qui ne se réalisent jamais… Mais tout ce qui brille n’est pas de l’or/Et même les serpents peuvent rayonner/Elle s’est déjà fait mordre/Elle se fera mordre encore/Tandis qu’assis ici je regarde son heure venir ». S’ils ont l’art de poser les questions les plus essentielles en toute simplicité – "Why Don’t you Kill Yourself", véritable hymne nihiliste – les Only Ones n’ont également pas d’égal lorsqu’il s’agit de dépeindre les affres de la dépendance et des déséquilibres inhérents aux relations amoureuses. Après tout, le premier single (le trépidant "Lovers Of Today") présentait déja un programme éloquent : « On a pas de sentiments, pas d’amour/On a rien à se dire/On est des amants d’aujourd’hui ». Et c’est bien rongé par le désarroi, la lassitude et la déception que Perett écrit ses meilleures chansons, c’est à dire quand ces derniers ne le poussent pas à déléguer tout le contrôle à des producteurs moins avisés. Sur les deux premiers albums l’équilibre se maintient : un brin de surproduction ça et là, sans que jamais son songwriting n’en souffre réellement ; sur "Baby’s Got a Gun", les quelques chef-d’œuvres sont tempérés par des morceaux plus dispensables. Peu importe : après qu’ils se soient glorieusement fait pillés par les Strokes, il serait peut-être temps de réécouter les Only Ones, parce qu’une copie, aussi bien foutue soit-elle, ne vaut jamais l’original. Rampante, sournoise, pernicieuse, la langueur délétère de leurs disques vous gagne comme un poison lent : on sait très bien qu’à la longue ça ne peut pas faire que du bien, mais en attendant, pourquoi ne pas s’en injecter une nouvelle dose…

note : 9.5

par romain, chronique publiée le 08-05-2004

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