.:.Chronique.:.

Pochette

Métal Urbain

Chef d'oeuvre

[Seventeen::2004 (compilation 1976-86)]

Bien sûr il y avait bien les Stinky Toys qui peuvent se vanter d’avoir joué avec les Pistols le temps d’une soirée. Mais franchement de là à réécouter leurs deux albums… On préférera pour une fois se rallier à l’idée reçue sur le sujet : le punk français c’était avant tout Métal Urbain (et aussi les Dogs). Cette anthologie vient à point nommé pour nous rappeler à quel point des morceaux aussi nécessaires que « Paris Maquis » (le premier disque pressé par le légendaire label Rough Trade), « Hystérie Connective », « Lady Coca-Cola », « Panik » ou « Crève Salope » comptent parmi ce que le genre a engendré de plus furieusement jouissif. La formule est déjà en place dès le premier morceau et elle ne variera plus d’un iota : vrombissement de guitare-tronçonneuse plaqué à raz du bitume et distorsions synthétiques se superposent tandis qu’une beatbox toute pourrie vomie ses pulsations primitives quelque part sous un flow vocal aussi parano que complètement surréaliste. Du bon gros punk qui tâche, qui saigne et qui fait mal, buté, drôle, immuable et redoutablement efficace de simplicité. Difficile néanmoins d’écouter ce « Chef d’œuvre » d’une traite, d’autant que par rapport à la précédente compilation « L’Age d’or », les rations ont été doublées avec un cd entier de démos en bonus. Mais évidemment à moins d’avoir soi-même basculé dans l’univers « pop-poubelle » psychotique d’Eric Débris et de ses invectives ordurières débitées d’un ton curieusement hautain, cette anthologie n’a pas pour vocation de fournir à son auditeur un compagnon sonore permanent. Par petites coupures, aussi tranchantes que possible, la musique de Métal Urbain est pourtant précieuse à plus d’un titre, peut-être simplement parce qu’elle fournit au fan du « Pink Flag » de Wire et de « Warm Leatherette » de The Normal l’occasion de se repaître dans une même giclée de son amour des riffs de guitares simplistes et des déflagrations électroniques archaïques. De là à dire que « Les Hommes morts sont dangereux » était le « Half Machine Lip Moves » français, il n’y a qu’un pas, que je ne me risquerai pas à franchir. N’empêche : qui aurait cru que le chaînon manquant entre les deux figures les plus radicales du rock industriel de chacune des deux décennies 70 et 80, à savoir Suicide et The Jesus & Mary Chain était un obscur petit combo parisien dont la discographie se limite à trois maxis et une compile ?

note : 7.5

par romain, chronique publiée le 16-04-2004

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