.:.Chronique.:.

Pochette

Arthur Russell

The World Of Arthur Russell

[Soul Jazz Records::2004 (compilation 1979-1993)]

|01 Go Bang|02 Wax The Van|03 Is It All Over My Face|04 Keeping Up|05 In The Light Of The Miracle|06 A Little Lost|07 Pop Your Funk|08 Let's Go Swimming|09 In The Cornbelt|10 Treehouse|11 Schoolbell/Treehouse*|

West End était avec Prelude et Salsoul l’un des trois foyers majeurs du disco US. C’est également le label qui a permis à de nombreux producteurs hors-pair de faire leurs premières armes, au nombre desquels Larry Levan et sans doute le plus imprévisible de tous, Arthur Russell. Violoncelliste de formation, ce dernier va accoucher de quelques unes des plus excitantes bizarreries du genre. Un exemple ? Le tube « Is It All Over My Face ». A priori rien de particulier : rythmique gentiment dynamisante, ligne de basse dopante comme il se doit. En prêtant l’oreille, on distingue pourtant une curieuse boucle de violoncelle, entremêlée à un jeu de guitare funk, le tout maintenu à ras du sol, avant qu’un lumineux et aérien solo de piano électrique ne vienne introduire cette ritournelle vocale connue de tout fan de disco qui se respecte : « Is it all over my face ? I’m in love dancing… ». Car s’il s’agit bien de cela au départ, l’amour de la danse, le « monde » d’Arthur Russell se distingue pourtant par sa versatilité. Aux morceaux disco « classiques » succède une série de pièces downtempo qui établissent un jeu envoûtant entre tapis de violoncelle en perpétuelle restructuration et enchevêtrement de motifs vocaux haut-perchés, tandis que les percussions se plaisent à construire et déconstruire une tension dont l’aboutissement se voit toujours différé… Tantôt sautillante et ensoleillée, tantôt expérimentale et hypnotique, déroutante mais jamais pesante, sa musique nous fait passer de la fébrile nuit new-yorkaise à la luminosité éclatante de la Californie (celle des peintures de David Hockney) le temps de piquer une tête dans la piscine de « Let’s Go Swimming », tandis qu’ailleurs les clubbeuses du Loft viennent nous bercer les oreilles de leurs enivrantes vocalises. Qu’il s’agisse du cool funk suave et entêtant de « Pop Your Funk », des sommets d’héliodisco « Wax The Van » ou « In The Light Of The Miracle » ou encore des lovesongs soyeuses et illuminées telles « A Little Lost », Arthur Russell a fait de la dance music un art majeur ; un univers qui s’adresse autant aux pieds qu’à la tête, qui nous offre juste de quoi nous sentir un peu mieux quand, à regret, vient le moment de lui faire nos adieux...

note : 8.5

par romain, chronique publiée le 14-04-2004

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