.:.Chronique.:.

Pochette

A Certain Ratio

The Graveyard and The Ballroom

[Universal Sound (Soul Jazz)::2004 (réédition 1979)]

|01 Do The Du|02 Faceless|03 Crippled Child|04 Choir|05 Flight|06 Feel|07 Strain|08 All Night Party|09 Oceans|10 The Choir|11 The Fox|12 Suspect|13 Flight|14 Genotype/Phenotype|15 And Then Again*|16 The Thin Boys*|

ACR est le troisième groupe signé par le jeune label de Tony Wilson, quand en 1979, ils sortent leur premier maxi. A l’époque, Factory incarne encore le rêve de son créateur de mettre en place une écurie cohérente, un genre de Motown de l’ère post-punk, avec un producteur unique, un graphiste identique pour tous les artistes (le génial Peter Saville) : un label, un son, un visuel. Il faut donc considérer « The Graveyard & The Ballroom » dans cette optique. Joy Division est produit par Martin Hannett, Vini Reilli vient de terminer l’enregistrement du premier Durutti Column avec Martin Hannett, A Certain Ratio se rend donc au studio avec… Martin Hannett. Entre ces trois groupes à la base fort différents se trace donc une filiation sonore, que renforce encore le chant de Simon Topping, grave et légèrement nasal, proche de celui de Ian Curtis. Ce qui fait l’originalité d’ACR, c’est pourtant cette section rythmique (le batteur funk Donald Johnson) qui à la différence de Joy Division tire son inspiration non pas du rock à la Eno, Bowie ou Iggy Pop deuxième manière, mais bien du funk, comme en témoigne la fabuleuse reprise du classique « Shack Up » sortie quelques mois plus tard. Mais tandis que des groupes tels Gang Of Four pratiquait à la même époque ce genre de fusion avec un son volontairement mince, métallique, «blanc» à l’extrême, nerveux comme un trop-plein de caféine, A Certain Ratio opère une synthèse basée sur des rythmiques lourdes, pesantes, ornées de basses profondes et mélodiques, parfois lentes, traînant une mélancolie indélébile, mais toujours puissamment groovy. S’il n’atteint pas encore les sommets de leur troisième album « Sextet », et si la version de l’extraordinaire « All Night Party » n’a ni la langueur poisseuse du single ni l’incroyable puissance cinétique de la Peel Session, cet enregistrement, à l’époque sorti en cassette uniquement, se pose néanmoins comme un document précieux ne serait-ce que parce qu’il offre un aperçu du travail du groupe aussi bien en studio – « The Graveyard » - que live – « The Ballroom », du nom du mythique club londonien « The Electric Ballroom ». Pas encore affranchi du son dark, menaçant et douloureux qui deviendra à tort ou à raison la marque de fabrique du label, ACR en est encore sur « The Graveyard & The Ballroom » à un stade quelque peu bâtard et accouche à ce titre d’une hybridation particulièrement fascinante.

note : 7.5

par romain, chronique publiée le 12-04-2004

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