.:.Chronique.:.

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Modern Lovers, The

The Modern Lovers

[Sanctuary::2003 (réédition 1971-73)]

|01 Roadrunner|02 Astral Plane|03 Old World|04 PAblo Picasso|05 She Cracked|06 Hospital|07 Someone I Care About|08 Girlfriend|09 Modern World|10 Dignified & Old|11 I'm Straight|12 Government Center|13 I Wanna Sleep In Your Arms|14 Dance With Me|15 Someone I Care About*|16 Modern World*|17 Roadrunner*|

Une réédition des premiers enregistrements des Modern Lovers… Ce n’est pas que la précédente fasse particulièrement mauvaise mine mais une si belle occasion de se pencher sur un des sommets les plus déroutants du rock 70’s, on ne va pas non plus cracher dessus… Nous sommes donc en 1971. Jonathan a les cheveux courts, Jonathan aime ses parents et veut avoir le temps de vieillir avant de mourir, il n’a pas honte de le dire. Il se repaît de sous-culture américaine, ne dénigre pas le monde moderne, qui n’est sûrement pas à moitié aussi moche que le voudraient les étudiants de Berkeley. Jonathan n’aime pas trop les hippies, ce sont tous des camés, pas lui. Et puis Jonathan a ses héros, le Velvet Underground. Du coup il se met à la musique, mais au lieu de se plonger dans le rock progressif poussif, il accouche de chansons taillées sur mesures, aux textes naïfs et beaux, aux mélodies simples et touchantes. Il donne des concerts avec ses Modern Lovers durant lesquelles il interrompt parfois les musiciens pour réciter ses textes devant un public médusé, ou éclate en sanglots, littéralement submergé par leur ineffable romantisme. En l’espace de trois ans, il va enregistrer une poignée de demos – produites pas John Cale ou Kim Fowley – qui vont jeter quelques unes des bases du punk version CBGB et pourquoi pas du rock moderne dans son intégralité. Mais si le Velvet a peut-être fait entrer le rock 60’s dans l’âge adulte, les Modern Lovers gardent au contraire une grâce juvénile, un sens de l’humour puéril mais irrésistible, qui n’a pas peur de s’affirmer au grand jour (voire le classique Pablo Picasso, qui, comme chacun sait, ne s’est jamais fait traité de trouduc en essayant de draguer les filles). D’abord il y a le lyrisme de Jonathan Richman : un timbre de voix délicieusement mal assuré, qui ne cache pas ses limites, émouvant pour cette raison précise, des textes peuplés de romances urbaines et forcément dysfonctionnelles, qui dépeignent à loisir le mal-être rampant de l’adolescence, ou plus simplement le plaisir immédiat et sans suite de fumer une cigarette ou de danser sur un bon morceau de rock. Et puis il y a la musique, spontanée, crue et immédiate, dopée de lignes d’orgue envoûtantes, qui tire de ses approximations son potentiel dynamisant. Ou comme le clamait l’affiche de l’un de leur concert : « The most fun ya can have with your clothes on. » De l’assemblage des deux se dégage une sincérité tantôt énergisante, comme sur Roadrunner, le premier morceau de rock à entrer dans l’ère punk via son traitement par les Sex Pistols quelques années plus tard, ou profondément bouleversante, à l’instar de la balade fragile et tendre Hospital. La réédition de Sanctuary ajoute trois morceaux précédemment confinés aux compiles de raretés, dont le monument de romance fébrile et nocturne Dance With Me, ainsi que deux versions alternatives de Modern World et Road Runner, et se pose jusqu’à nouvel ordre comme l’édition à posséder.

note : 10

par romain, chronique publiée le 25-03-2004

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Fabien : avis du rédacteur

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