.:.Chronique.:.

Pochette

Paul Haig

The Warp Of Pure Fun

[Les Temps Modernes::2004 (réédition 1985)]

|01 Silent Motion|02 Heaven Help You Now|03 Love Eternal|04 This Dying Flame|05 Sense Of Fun|06 Scare Me|07 Big Blue World|08 The Only Truth|09 One Lifetime Away|10 Love And War|11 Ghost Rider*|12 Endless Song*|13 Shining Hour*|14 Trust*|15 Dangerous Life*|16 CLoser Now*|17 World Raw*|

Début 1980, Josef K est le plus grand espoir musical que nous ait offert l’Ecosse. Leur post-punk blafard emprunte au funk des rythmiques boiteuses et épileptiques, le timbre de voix de Paul Haig, entre Iggy Pop et Lou Reed, fonctionne à merveille, son talent de mélodiste le place loin au dessus de la mêlée. Pour beaucoup, Josef K est aussi grand que Joy Division ; une sorte de Gang Of Four nourri d’une noirceur pleine de sarcasmes, d’ennui et de mal-vivre. Et puis tout dérape. Le groupe détruit les copies de ce qui aurait du constituer leur premier album, se saborde en 1981 sans autre commentaire que celui, laconique, de Haig : « Josef K était un cafard qu’il fallait écrabouiller. » Le bilan est maigre en terme quantitatif (quelques singles, un album alternativement détesté ou vénéré par leurs fans, et un grand nombre de démos extraordinaires qui ne verront le jour qu’au début des années 90), mais lourd sur le plan qualitatif. Et puis il se trouve qu’il y a une vie après Josef K. Malcom Ross rejoint Orange Juice et Paul Haig continue en solo. Tournant le dos à son passé, ce dernier se lance à corps perdu dans la musique électronique. A l’instar de la mutation accomplie entre Joy Divsion et New Order, il opère une transformation encore plus brutale. Au cours des années 80 il s’entoure de collaborateurs avisés, de Bernard Sumner, de New Order justement, à Lil’ Louis en passant par Cabaret Voltaire, Billy MacKenzy de The Associates et Kurtis Mantronik. Rythm Of Life, son projet dance-pop voit le jour en 83. Suivra ce deuxième album, The Warp Of Pure Fun, l’un de ses plus aboutis. Dans un monde parfait, l’electro-pop de Heaven Help You Now, The Only Truth ou Love And War, comme toujours servie par une voix grave et profonde, aurait dû cartonner, offrir à leur auteur des tubes mainstream certifiés. En fait non : Paul Haig va poursuivre sa carrière dans l’obscurité la plus totale. Ce qui est dommage car ses qualités de songwriter n’ont en rien pâti du changement de support. On pense alternativement au Cabaret Voltaire de The Crackdown, avec un son plus pop et plus plein, aux productions de Be Music pour Factory, à Ultravox, à l’electro new-yorkaise d’Arthur Baker, sans que sa musique ne soit jamais réductible à la somme des influences pré-citées. Le signe d’un grand album, et d’un producteur avisé. Comme toujours, la réédition sur Les Temps Modernes est somptueuse, le travail de restauration impeccable et les bonus tracks pléthoriques. Que demander de plus ?

note : 8

par romain, chronique publiée le 24-03-2004

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