.:.Chronique.:.

Pochette

Yellow Magic Orchestra

Solid State Survivor

[Sony Music::2004 réédition 1979]

|01 Technopolis|02 Absolute Ego Dance|03 Rydeen|04 Castalia|05 Behind The Mask|06 Day Tripper|07 Insomnia|08 Solid State Survivor|

En 78, Kraftwerk avait offert à l’electro-pop sa matrice archétypale, le prodigieux Mensch-Maschine. Quelques années plus tard, après moultes – et souvent délicieuses – déviances novo-disko, EBM, techno-pop et autres sucreries sonores, une poignées d’illuminés, perdus en plein no-man’s land urbain (Détroit) utiliseront l’enseignement de leurs pairs germaniques pour donner naissance à ce que l’on a baptisé techno.

Bien. Mais on oublie un peu vite qu’entre les deux, trois japonais sortis des Beaux-Arts ont légèrement complexifié cette belle équation avec ce disque pour le moins déconcertant. Victimes de l’inconsistance foutraque de leurs albums – celui-ci excepté – YMO a souvent été un peu vite abaissé au rang de kitcherie exotique pour fans de mangas disposant d’un brin de culture pop. En 78 émerge un sympathique premier album, superposant mélodies orientalisantes simplettes sur rythmiques synthétiques pour jeux vidéos, forme élaborée de lounge music intergalactique à l’usage de la génération amiga. Dès la pochette, costumes rouges – référence aux hommes-machines précédemment évoqués – Solid State Survivor l’année suivante révèle des ambitions autrement plus passionnantes. Sakamoto, Takahashi et Hosono n’ont de toute évidence jamais assisté à un concert des Sex Pistols, ils retiennent de Bowie son recyclage martial et stylisé du krautrock d’Harmonia et consorts (sur la trilogie berlinoise), bien plus que ses extravagances glam-rock, et la musique industrielle, qu’elle vienne de Düsseldorf ou de Sheffield, leur est tout à fait étrangère. Il en résulte une hybridation qui se démarque radicalement de tout ce qui a pu se faire en Grande-Bretagne à la même époque : à des années lumières de la new-wave arty et oppressante qui marque de son sceau les enregistrements des premières formations electro anglaises en cette année 1979, de Gary Numan à John Foxx en passant par B.E.F et The Human League, vierge de tout référent punk, leur musique présente au contraire une dimension ouvertement jouissive et éminemment rafraîchissante.

Comment la situer par rapport à Kraftwerk en l’occurrence? Plus pop ou plus electro-futuriste? Les deux en fait, et c’est précisément ce qui constitue la force de ce disque. Impossible de faire plus accrocheur que Behind The Mask, plus novateur que le morceau-titre ou que l’intro de Absolute Ego Dance, plus entraînant que le très nippon Rydeen, plus futuriste que Technopolis. Entrecoupées de plages ambient glaciales, cinématographiques et évocatrices à souhait, les ritournelles de synthé se succèdent et s’emboîtent pour construire une collection d’hymnes techno-pop irrésistibles, en forme de mini space-opéra, onirique et revigorant. Entre-temps, une improbable reprise de Day Tripper, angulaire et désaffectée comme il se doit, projette les Beatles dans un futur fantasmé de la pop, que le trio développera sur son album Naughty Boys. Bien au-delà d’une simple démonstration des possibilités de la technologie du moment, Solid State Survivor est un modèle du genre, classique d’electro ludique, non pas intemporel – il serait crétin de vouloir affirmer qu’il n’est pas le fruit d’une époque et d’un endroit – mais tout simplement jubilatoire.

note : 9

par romain, chronique publiée le 23-03-2004

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