.:.Chronique.:.

Pochette

Ghost

Hypnotic Underworld

[Drag City (import)::2004]

|01 God Took a Picture of His Illness on This Ground|02 Escaped and Lost Down in Medina|03 Aramaic Barbarous Dawn|04 Leave the World!|05 Hazy Paradise|06 Kiseichukan Nite|07 Piper|08 Ganagmanag|09 Feed|10 Holy High|11 Dominoes/Celebration for the Gray Days|

Hypnotic Underworld est le dernier album du collectif à géométrie variable « Ghost » (dispo en import us sur Drag City) et c’est juste un chef d’œuvre. Un chef d’œuvre qui se mérite toutefois. En effet, alors que le titre pouvait laisser penser que la descente vers ce monde souterrain serait, comme pour le sommeil, progressive, ces vétérans de la scène psyché/kraütrock/prog rock (rayez les mentions inutiles) japonaise dont la légende veut qu’ils aient longtemps vécu comme des nomades entre de vieux temples abandonnés et des stations de métro tokyoïtes (sic), attaquent très fort.

Avec le premier et plus long des quatre mouvements composant le morceau qui donne son nom à l’album, « God Took a Picture of His Illness on This Ground », ils dressent d’emblée une atmosphère post apocalyptique et oppressante qui aurait fait merveille en habillant les passages les plus désolés de L’Armée des 12 singes ou encore le mésestimé film d’animation Final Fantasy-Les Créatures de l’Esprit (loin des niaiseries des derniers jeux vidéo du même nom). On s’accroche ainsi pendant près de 13 minutes à chaque pulsation de la contre-basse pourtant ténébreuse comme à une flamme qui n’éclairerait que nos mains et vacillant sous un souffle chaotique, froid et menaçant, souffle qui agite des carillons neurasthéniques et fait gémir un saxophone plaintif, emprisonné depuis trop longtemps dans ce dédale où cohabitent encore seulement quelques percussions primitives et sonorités électroniques folles. Ces sons nous poursuivent encore dans le second mouvement, « Escaped and Lost Down in The Medina », mais laissent la part belle à des teintes plus orangées, notamment une guitare et un piano aux accents moyen orientaux qui resserrent sur nous progressivement et inexorablement leurs griffes jusqu’à atteindre un épique climax final qui ne laisse guère d’espoir… Revenus malgré tout à la surface, les deux derniers mouvements, les plus prog rock (grosse guitare et chœurs célestes), nous arrachent brutalement à cette planète fictive, hostile et cauchemardesque (façon Alien Quadrilogy).

Retour dans l’espace donc. Espace où personne ne vous entendra crier de plaisir à l’écoute de la reprise d’ « Hazy Paradise » (Earth & Fire / ne surtout pas y rajouter de troisième élément !). Un indice en forme d’accroche : les quelques personnes qui auraient entendu à la radio des extraits du Misery is A Butterfly de Blonde Redhead devraient s’y retrouver… Même si l’orage y gronde, « Kiseichukan Nite » est un morceau très apaisé, chanté ou presque en japonais et dont la flûte, la harpe et les percussions font vaguement écho au Alone in Kyoto du dernier Air (oui mon conditionnement à ne trouver que des références en rapport avec le pays du Soleil Levant pour un disque japonais m’inquiète). Une merveille encore.

« Piper » lui débute comme une musique de fresque historique consacrée au japon féodal avant de virer du côté planant de Pink Floyd. Pink Floyd qui demeure d’ailleurs une des grosses références du groupe puisque l’album se conclut sur une somptueuse reprise d’un titre de Syd Barrett : « Dominoes ».

Pour modérer un peu mon enthousiasme débordant, je me dois de dire que ce disque n’est clairement pas pour tout le monde (Trop stylisé, trop sophistiqué peut être. Quelques soli de guitare too much. C’est le genre qui veut ça). Mais enfin tout le monde devrait l’écouter au moins une fois ne serait ce que pour s'ouvrir de nouveaux horizons musicaux. Les compositions éclectiques sont pour la majorité très classieuses - je n’ai pas du citer dans cette chronique le quart des instruments utilisés : clavecin, mellotron, saxo etc- et la production d’une richesse qui en rendra plus d’un béat (surtout que l’improvisation tient une place importante ici)… Certes je ne suis pas un expert des influences de « Ghost » et notamment des plus jazz d’entre elles mais, à ma connaissance, peu de groupes savent aujourd’hui mélanger aussi bien les composantes acoustique, électrique et électronique de la musique.

note : 8.5

par Thomas F., chronique publiée le 08-03-2004

?>