.:.Chronique.:.

Pochette

Galas, Diamanda

Defixiones Will And Testament

[Mute::2003]

La date du 15 décembre 2003 sera à marquer d’une pierre blanche. Elle a annoncé le retour de Diamanda Galas sur le devant de la scène alors que celle-ci n’avait plus rien sorti depuis 1998 avec « Malediction & Prayer ». Et pour ce retour elle n’y est pas allé de main morte la bougresse puisque c’est deux double albums qui sont sortis simultanément. Nous nous intéresserons ici à l’un des deux, « Defixiones Will And Testament » en l’occurrence. Comme toujours D.Galas ne fait pas dans la gaudriole. Elle a toujours eu un engagement artistique et personnel très fort, ce qui a fait, bien souvent, tout l’intérêt de son travail. Ici le point de départ et le sujet principal de ce disque est le génocide arménien, assyrien et grecque qui fut initié par les Turcs entre 1914 et 1923. Sujet qui, encore aujourd’hui, suscite beaucoup de contre-verses.

Pour ce faire D.Galas a puisé dans de nombreux textes d’écrivains et de poètes contemporains ou non de cette période et qui illustrent, par la force de leurs écrits, ce qu’il est difficile de décrire pour le commun des mortels comme vous et moi. Ainsi entend-on des textes du belge Henri Michaux, du romano-juif Paul Celan, du cinéaste italien Pier Paolo Pasolini, de Gérard Nerval, du péruvien César Vallejo, de l’arménien Siamanto, du syrien Adonis, du poète martyr Dr. Freidoun Bet-Oraham mais aussi des textes issus d’auteurs anonymes et de D.Galas même. Cette dernière s’est également inspirée de traditionnels issus des liturgies orthodoxes d’Europe de l’est, des musiques roots américaine et des chansons rembetika de Grèce ou d’Asie Mineure. Souvent seule au piano ou avec un minimum d’installation électronique et des bandes, la voix de D.Galas prend très vite le dessus sur toute instrumentation.

Comme d’habitude un disque de D.Galas se doit d’être vécu comme une expérience intense. « Defixiones… » n’est sans doute pas son disque le plus extrémiste au niveau musical – je me souviens de l’épreuve d’un « Litanies Of Satan » ou d’un « Schrei X » - mais certainement l’un des plus engagé au point de vue artistique comme a pu l’être « Plague Mass ». Il est certain que ce disque a du faire grincer quelques dents. On ne peut que s’en féliciter. La noirceur de l’œuvre n’est pas feinte. Le chant de D.Galas est accusateur. Par elle ce sont tous les morts de ce génocide qui s’expriment enfin. Ce disque est comme une plaie qui ne s’est jamais refermé depuis 80 ans. La souffrance est omniprésente. La souffrance et la mort.

Le premier disque a été enregistré en studio alors que le second est un live composé de titres totalement inédits par rapport à la première galette. « Defixiones… » malgré ce côté mortuaire est une œuvre profonde et résolument belle. En tout cas il ne laisse pas indifférent.

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 02-02-2004

A voir également :

http://www.diamandagalas.com

http://www.mute.com

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