.:.Chronique.:.

Pochette

Buck 65

Talkin' Honky Blues

[WEA::2003]

|01 Leftfielder|02 Wicked & Weird|03 Riverbed Part 1|04 Sore |05 Protest |06 Riverbed Part 2 |07 Exes |08 Roses & Blue Jays |09 Riverbed Part 3 |10 50 Gallon Drum |11 Riverbed Part 4 |12 463 |13 Riverbed Part 5 |14 Killed By A Horse |15 Riverbed Part 6 |16 Tired Out |17 Craftmanship |18 Riverbed Part 7|

A propos du dernier Matmos, The Civil War, un journaliste faisait le constat de l'atteinte de l'âge de raison par la musique électronique. Ainsi, pour se renouveler, elle n'aurait comme possibilité que de renouer avec le passé et les musiques rejetées ; dans le cas de Matmos la musique folkorique anglaise et américaine. Le rap ne possédant pas une différence d'âge très différente des musiques électroniques, et se mordant-elle aussi fréquemment la queue à force de se contenter de recycler des formules éculées, il serait tentant de rapprocher Buck 65 de Matmos.

En effet, Buck 65 est blanc, vient du Canada et fait du rap. Ce n'est pas nouveau, les connaisseurs se sont assez vite intéressés à ce rappeur d'Halifax, via une série d'albums marquants, tel Vertex. Le monsieur samplait, mais évitait l'imagerie associée, ni gangsta ni néo hippy De La Soul. Lui était plus proche de l'esthétique lo-fi qui marquait le rock des années 90. Ainsi, nul besoin d'un son propre sur lui, de vinyles nettoyés à la javel : ses samples sentaient le grenier et la poussière. Le rapprochement avec le scène de San Francisco s'est ainsi fait le plus naturellement du monde, Richard Terfry, aka Buck 65, partageant une conception du rap proche de Clouddead, why?.. et donc du collectif Anticon.

Maintenant, à la sortie de son nouvel album, Buck a les oreilles ailleurs. Il aime dire qu'il ne s'intéresse plus au rap, raconte à qui veut l'entendre que ses centres d'intérêts sont le blues, le folk, Tom Waits et David Lynch. Et ça se sent. On peut difficilement ne pas parler de son précédent opus, Square : ce dernier semblait assez sombre, d'un accès apparent difficile du fait de sa forme en 4 plages de 15 min chacune. Sur ce Talkin' Honky Blues, le format redevient la chanson, le son se fait plus propre, la barbe à peu près rasée, les cheveux mieux coiffés. Mais la tête toujours pleine d'idées bizarres (influence lynchienne ?) : inviter clavecin et guitares saturées sur 463, un pont en arpège à cordes nylons, puis des nappes fantômes... Et même lorsque le single pointe son nez (Wicked And Weird), basse et banjo se partageant le devant de la scène, le Canadien désormais résident parisien ne peut s'empêcher d'y inclure un passage plus climatique. Ailleurs, on notera l'importance des guitares country, hispaniques, folk... , Johnny Cash et Woody Guthrie n'étant pas cités pour rien. De même, pour Tom Waits, sur 50 Gallon Drum, le rappeur semble vouloir imiter sa voix, pourtant inimitable. Pour finir les textes. Ces derniers sont imprimés sur le booklet, et paraissent aussi important que la musique : description du quotidien, reflection sur la jeunesse (463), culpabilité pour cause d’infidélité (Tired Out).

La sonorité relativement proprette de ce nouvel album risque de causer la défection des fans de la première heure ; il ne nous reste plus qu'à esperer que l'aflux d'un publique plus large s'en suivra, Buck 65 ayant par ailleur largement fait ses preuves sur scène, notement avec deux prestations remarquées à la Route du Rock 2003.

note : 8

par franck, chronique publiée le 01-12-2003

A voir également :

http://www.buck65.com/

.:.L'avis des autres rédacteurs.:.

popop : avis du rédacteur
Yann : avis du rédacteur
Fabien : avis du rédacteur

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