.:.Chronique.:.

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Ferrari, Luc

Hétérozygote/Petite symphonie intuitive pour un paysage de printemps

[Recollection GRM/INA GRM/eMego::2017]

|01 Hétérozygote|02 Petite symphonie intuitive pour un paysage de printemps|

Souvenons nous de Luc Ferrari. Quand on parle de musique concrète ou acousmatique, par réflexe, on pense souvent à Pierre Henry ou Pierre Schaeffer. Pourtant, cette frange expérimentale de la musique électronique a en son sein de nombreux compositeurs de renoms dont Luc Ferrari n'est pas le moindre. Et c'est peu de le dire. Elève de Messiaen, Luc Ferrari a très tôt intégré le Groupe de Musique Concrète et ce jusqu'au milieu des années 60. Hétérozygote a d'ailleurs été conçu pendant cette période. Son entrée au Groupe de Musique Concrète a été le réel point de départ d'une carrière qui n'a pas vraiment connu de temps morts jusqu'à son décès en 2005. Ici on nous propose deux compositions qui ont été réalisées à dix ans d'intervalle. Hétérozygote d'abord, enregistré entre 1963 et 1964, qui propose une œuvre au double langage. Un premier qui serait musical et l'autre "dramatique" et plus précisément basé sur l'"anecdote". Divisé en huit tableaux, Hétérozygote nous laisse libre d'interpréter comme bon nous semble chacun des passages enregistrés, qui sont des bribes de paroles, des phrases prononcées par des inconnus, des interjections de la vie quotidienne. A partir de là chacun se fait sa propre histoire tout en se fondant dans un décor cosmopolite et complexe qui est, sans doute, une des marques de fabrique de Luc Ferrari. Hétérozygote marque une des première tentatives d'insérer ce type de field recordings dans des compositions concrètes. Petite symphonie intuitive pour un paysage de printemps (1973-74) a un côté plus mélodique et introspectif mais il insère, lui aussi, ces passages parlés. Pour autant, ici il s'agit de retranscrire un paysage tel que Luc Ferrari a pu le voir par hasard dans le Massif Central (le haut plateau du Causse Méjean) et ce qu'il a éprouvé en le voyant. Les paroles utilisés proviennent des bergers qu'il a pu rencontrer pendant son périple. L'une comme l'autre, les deux compositions de Luc Ferrari sont des invitations au voyage proches de la fantasmagorie mais aussi d'une magie presque mystique. Ces œuvres, qui ne sont pas les plus connus, portent en elles tous les germes de ce qui a forgé la réputation de son auteur. Une poésie sonore a redécouvrir d'urgence pour ceux qui seraient fatigué de la banalité du monde.

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 27-06-2017

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http://lucferrari.com/

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