.:.Chronique.:.

Pochette

Facteurs Chevaux

La maison sous les eaux

[La Grange Aux Belles::2016]

|01 Je n'ai plus peur de toi|02 La maison sous les eaux|03 Les dames de pluie|04 If le grand if|05 Les renards|06 Valhalla|07 Divin déchet|08 Scie|

Le burn-out. Cette maladie du siècle. Pressurés, usés jusqu'à la cordes, utilisés jusqu'à dépasser la raison, on ne compte plus vraiment ceux et celles qui se noient dans le monde du travail quitte à oublier l'essentiel : être heureux. C'est un peu à cela que font penser Sammy Decoster et Fabien Guidollet qui, fatigués de l'aventure moderne, ont quitté la capitale pour s'installer dans "un village du massif de la Chartreuse" pour échapper au tumulte et gagner une sérénité qui ne se trouve guère dans le métro, le magma automobile ou la foule hurlante. Parfois s'éloigner s'avère nécessaire mais encore faut-il en prendre conscience. Cette prise de conscience les deux hommes l'ont eu et ont quitté Paris pour, non pas s'isoler, mais pour se retrouver, se donner une nouvelle raison pour de musique ou, du moins, continuer à en faire autrement. Cela passe par une phase de réflexion, de remise en question, découvrir des choses nouvelles, se réinventer. De changement de vie (parce que c'est aussi de cela dont il s'agit) naquit Facteurs Chevaux en référence à Joseph Ferdinand Cheval plus connu sous le nom de Facteur Cheval qui, pendant 33 ans, se mit en tête de construire un palais idéal et féerique. En écoutant La maison sous les eaux, comment d'ailleurs ne pas penser à cet infatigable rêveur, considéré comme fou par ses voisins, mais qui avait su voir la beauté de ce qui l'entourait et de ce qu'il pouvait tirer de ses propres rêves. Ainsi, le duo s'inscrit dans cette démarche, mettant en place un rêve musical acoustique, naturaliste, lumineux et se vivant comme une leçon de vie. Pouvant faire penser aux divagations d'un Leonard Cohen ou, plus proche de nous peut-être, d'un Xavier Plumas (ou d'une référence plus assumée que sont les Everly Brothers), Facteurs Chevaux nous donnent un disque qui est à l'image de la pochette : majestueux, automnale, mystérieux, partant vers des espaces grandioses et sensibles qui n'ont de sens qu'aux premières lueurs de l'aube. Incroyable de justesse, La maison sous les eaux est clairement un grand disque. Tout simplement parce que tout y est beau, finement écrit et d'une évidence implacable. Pour cela, il ne leur a fallu que de deux guitares, éventuellement une autoharpe, jouée d'ailleurs par Delphine Passant sur Les renards, deux voix claires et traînantes, des textes de hautes tenus, pour ne pas dire surnaturels, pour produire l'un des plus beaux disques de 2016. Comme le dirait Joseph Ferdinand Cheval :"Amis de la nature / Mais de naissance obscure, / Ce qui rend souvent la vie dure, / Je l'ai subi sans murmure." En ayant ces quelques vers en tête tout en écoutant La maison sous les eaux, on se dit qu'on est peu de chose et qu'il sans doute voir les choses différemment.

note : 10

par Fabien, chronique publiée le 17-01-2017

A voir également :

http://facteurschevaux.free.fr/

?>