.:.Chronique.:.

Pochette

Knapp, Manuel

Azoth

[Ventil Records::2016]

|01 Azoth (A)|02 Azoth (B)|

Quand on est un artiste noise comme Manuel Knapp, s'installer au Japon c'est un peu comme aller à La Mecque. En effet, ce genre musical y a connu un essor particulier dont les figures de proue comme Merzbow, Incapacitants, Boredom, Hijokaidan, KK Null ou Keiji Haino ont contribué à assoir le terme de japanoise qui suscite encore aujourd'hui une fascination sans borne même si certains trouvent cette dénomination restrictive voire péjorative. Donc oui, on comprend Manuel Knapp qui a trouvé là bas un terrain fertile à ses expérimentations bruitistes au point de collaborer avec de artistes comme Keiko Higushi ou le prolifique Hiroshi Hasegawa. Pour autant, on le sait, le noise, malgré son statut culte, est une musique qui touche peu de monde, des experts, une communauté presque hermétique qui se coupe littéralement du monde en mettant en exergue un nihilisme brutal mais jouissif. C'est sans doute pour cela que ce disque de Manuel Knapp n'est sorti qu'en vynil 12" et à quinze exemplaires, dans des versions uniques aux pochettes fait mains et vendus pour la modique somme de 666 € l'unité. Il va donc être falloir très motivé pour obtenir ce disque qui contient deux morceaux de 18 minutes chacun. Mais, dans le fonds, qu'il soit tiré à quinze, cent ou dix milles exemplaires, la seule question qui vaille est "que vaut Azoth ?". Azoth n'est pas, on s'en doute un peu, que du bruit. Les deux pièces possèdent un corps, une construction, une logique. Là où certaines tentatives noises sont pour le moins monolithique, ce disque de Manuel Knapp tente d'ouvrir des portes, de créer des passerelles. Pour autant, Manuel Knapp ne perd pas de vue ce qui fait l'essentiel de la noise : un affrontement sonore permanent qui sait monter en puissance pour instaurer un maelstrom bien plus construit qu'il n'y parait. Si Azoth s'inscrit bien dans la tradition du noise avec sa logique de destruction massive systématique, ce disque offre aussi une belle expérience esthétique. Parce que oui, on le répète, il ne saurait s'agir de ne faire que du bruit. Manuel Knapp va plus loin et la forme noise n'est qu'un moyen pour parvenir là où il veut nous emmener. Personne ne doute que l'écoute sera aisée mais les amateurs sauront apprécier grandement l'effort de l'autrichien.

note : 7.5

par Fabien, chronique publiée le 29-10-2016

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