.:.Chronique.:.

Pochette

Bruit Noir

I/III

[Ici d Ailleurs::2015]

|01 Requiem|02 Joe Dassin|03 L'usine|04 Joy Division|05 Je regarde les nuages|06 La province|07 Manifestation|08 Low Cost|09 Sécurité sociale|10 Adieu|

Somme toute, ce disque aurait pu s'appeler Seul contre tous. Mais bon, ce titre ayant déjà été utilisé par Gaspar Noé, il aurait été mal venu de s'en servir ici. Pascal Bouaziz n'étant pas connu pour piquer les idées des autres, il est donc normal que celui-ci ait usé d'un autre titre pour ce disque. I/III, titre aussi énigmatique que son auteur, ici accompagné de Jean-Michel Pires qui est aussi de l'aventure Mendelson, qui nous emmène dans les méandres pas toujours très clair de ses réflexions. Il faut dire que I/III est un disque sombre, opaque, traînant et presque cauchemardesque. Pascal Bouaziz déclame ses textes d'une voix pas aussi neutre que l'on croit. Non, on y recèle bien des choses. Du dégoût, des regrets, du mépris, de l'espoir, de la déception, de la haine parfois, une manière désabusée de voir le monde et les gens qui l'entoure mais on y sent aussi une affection particulière également pour les êtres qui l'ont accompagné dans cette vie. Clairement, Bruit Noir, autour d'une musique cinglante et nocturne qui fait autant appel au jazz qu'à la no-wave, est dans la tient la posture non pas d'un type blasé mais de celui qui a un regard sans pitié sur sa propre vie, celle des autres, les médiocres, les cuistres qui vous prennent de haut et essaye de remettre de l'ordre, avec ses maigres moyens, dans un monde qui part à la dérive et qui a son quota de dégueulasserie. Pascal Bouaziz n'y va donc pas avec le dos de la cuillère mais il y a une part de vérité dans ce qu'il dit. Notamment sur Ian Curtis, Primo Levi, Lou Reed, même quand il est plein de mépris pour la province, pour sa vie de couple, les gens dans les manifs, pour lui même, sur Easy Jet...Non, il n'épargne rien ni personne, même pas lui. Cela n'aurait pu être qu'une vaste vomissure, un cri de haine mal digéré mais Pascal Bouaziz n'est pas né de la dernière pluie. Il y a une vraie poésie autant sonore que dans les paroles. I/III est comme un rêve éveillé, en noir et blanc, où toutes les angoisses surgissent , s'étalant unes à unes devant nous jusqu'à qu'elles nous submergent. Et dans toute cette grisaille il y a tout de même de la beauté. C'est toute la magie de ce disque, le tour de force de Pascal Bouaziz et de Jean-Michel Pires qui font remonter une humanité insoupçonnée qui arrive en réaction à la défiance de ce qui nous assomme chaque jour et qui fait de nous des moutons prêts à aller à l'abattoir. Pour quelqu'un qui est capable d'écrire sa propre nécrologie et la mettre en musique, Pascal Bouaziz réalise ici un disque plus vivant qu'il n'y paraît. Il suffit de l'écouter vraiment.

note : 9

par Fabien, chronique publiée le 04-01-2016

A voir également :

http://mendelson.free.fr/actucadre.html

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