.:.Chronique.:.

Pochette

Decazes, Eloïse & Dora, Delphine

Folk Songs Cycle

[Okraïna Records::2015]

|01 Black Is the Coulour (of My True Love's Hair)|02 I Wonder as I Wander|03 Loosin Yelav|04 Rossignolet du bois|05 A la femminisca|06 La Donna Ideale|07 Ballo|08 Motettu de tristura|09 Malourous qu'o uno fenno|10 Lo fiolaire|11 [Azerbaijan Love Song]|

Il y a de cela une cinquantaine d'années le compositeur italien Luciano Berio s'était mis en tête, à la suite d'une commande par le Mills College (Californie) quand même, de rassembler des chansons traditionnelles ou considérées comme telles pour sa femme la cantatrice Cathy Berberian qui était chargée de les interpréter avec deux instrumentistes qui changeaient d'instruments en fonction des morceaux (flûte, piccolo, Clarinette, harpe, alto, violoncelle, percussion). Berio les adaptera par la suite, en 1973, pour un grand orchestre. Le répertoire est assez disparate, puisant des chansons chez John Jacob Niles, des traditionnels arméniens, français, de Sardaigne ou sicilien, et des compostions de Berio lui même. Un demi siècle plus tard Eloïse Decazes et Delphine Dora adaptent ces folk songs à leur manière, toujours dans un esprit acoustique et presque minimaliste. Autour de voix diaphanes et d'une orchestration intimiste et sensible, ces versions ont quelque chose d'irréel, comme hors du temps et débarrassées des tracas de ce monde. On pourrait intellectualiser ou avancer des références à n'en plus finir pour qualifier la performance des deux femmes mais ce qui est le plus intéressant ici c'est bien de savoir comment on peut la ressentir. Pour ce faire, il faudrait presque oublier les versions originales pour éviter les comparaisons. Bien que l'on sache que ce sont des réinterprétations, le duo fonctionne comme si elles jouaient quelque chose de neuf mais qui n'aurait rien de moderne et qui, même, ne se raccrocherait à aucune époque. Eloïse Decazes et Delphine Dora ne cherche pas à impressionner mais juste à retranscrire une beauté brute et céleste de chansons qui ont traversé les âges. Les deux femmes nous les présente avec simplicité, sans artifices et avec une harmonie lumineuse. A l'instar des musiques de chambre ces folk songs ne sont pas forcément faite pour les grands espaces mais elle parviennent à nous transporter dans un imaginaire onirique offrant des paysages bien plus variés qu'il n'y paraît. L'aspect presque ascétique du disque ne doit pas rebuter. Bien au contraire, c'est sans doute là sa plus grande force. Même si elle nous paraît fragile, elle est bien de ces forces immortelles qui ravissent le cœur avec trois fois rien.

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 29-09-2015

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