.:.Chronique.:.

Pochette

Swell

Whenever You're Ready

[Beggars Banquet::2003]

|01 Soon Enough|02 Next to Nothing|03 War Comes Down|04 Convince Us|05 So Easy, So Cool|06 In the Morning|07 Say Goodbye|08 Sunny Sun Son|09 Everyday Comes Everynight|10 Better Than Oil|11 Word Gifts|12 Miss It|13 Sun (reprise)|14 Always Everything|15 California, Arizona|

Tout d’abord faire pénitence. Vous savez comment ça se passe : sur la foi de quelques titres entendus à droite ou à gauche moyennement convaincants sur le coup on a vite fait, la richesse de la production discographique aidant, d’enterrer tel ou tel groupe dans son cimetière des artistes mineurs. Puis parfois, un brin de maturité supplémentaire acquis, le travail de sape d’un ami bienveillant ayant sournoisement fait son effet ou que sais-je encore, lorsqu’un disque de cet artiste se retrouve miraculeusement des années plus tard sur votre platine c’est le déclic et l’effroi : « comment ai-je pu ignorer si effrontément et si longtemps cette œuvre ? ». Bref ce préambule pour vous signifier que la principale qualité des californiens de San Francisco a longtemps résidé à mes yeux dans leurs choix de titres d’albums (au premier rang desquels l’évident « Too many days without thinking ») et que, par conséquent, je n’apprécie Swell à sa juste valeur, celle des fans dévoués et clairvoyants, que depuis relativement peu. Avantage : je n’ai que peu souffert de la sortie maintes fois reportée du petit dernier. Inconvénient : ce « Whenever you’re ready » relativement écorché par ces mêmes adulateurs vétérans me place déjà quelque peu dans l’embarras...

Une évidence s'impose au fil des écoutes : ce disque cultive le paradoxe. Tourmenté, complexe et avec un titre qui évoque immanquablement le temps et l’empressement, il en émane aussi une sensation d’apaisement, de facilité et d’intemporalité (relativement à la carrière du groupe) ; notons au passage que cet opus est long (près de 70 minutes quand les standards actuels ne durent souvent que la moitié). Ensuite, à l’heure du transport aérien ou des satellites de télécommunication, Sean Kirkpatrick, batteur revenant, a retenu comme peinture illustrative pour la pochette une voie ferrée et des poteaux télégraphiques fuyant vers l’infini. Tout un symbole. Pourtant, si les connaisseurs trouveront immédiatement leurs marques sur ce septième album, un effort notable a été consenti à la production, absolument pas passéiste et démontrant une belle assurance vis-à-vis des dernières techniques en la matière. Les néophytes découvriront cette country-pop à ambiance, aérienne et rêveuse, définitivement singulière où la batterie et la guitare électrique servent avant tout d’instruments d’ornement sous un jour résolument moderne. Ils découvriront peut être par la même occasion que certains américains savent encore faire preuve de doutes et de profondeur dans leurs textes (il est ici souvent question de foi).

Mais alors pourquoi parler d’embarras à propos de ce LP ? A vrai dire c’est assez flou. Disons que j’écoute toujours ce disque avec un respect mêlé de circonspection. Si les idées originales d’arrangement fourmillent, le tout respirant le travail d’orfèvre, force est de constater que certaines chansons se ressemblent un peu trop et qu’il faut bien des perles comme "Everyday Comes Everynight" (où plane le spectre de Joseph Arthur) ou "Better than Oil" pour écarter tout sentiment de lassitude (surtout présent vers la cinquième piste, beaucoup moins par la suite). Si pour les bonnes raisons évoquées précédemment (raisons qui pourraient, paradoxe toujours, être le ciment des seuls véritables reproches à formuler objectivement) son écoute constitue toujours un moment agréable, il manque probablement de magie et a donc du mal à passionner outre mesure, plus exactement à hanter l'auditeur.

note : 6.5

par Thomas F., chronique publiée le 03-11-2003

A voir également :

http://www.seankirkpatrick.com/

http://www.beggars.com/banquet/index.htm

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Claire : avis du rédacteur

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