.:.Chronique.:.

Pochette

Ankersmit, Thomas

Figueroa Terrace

[Touch::2014]

|01 Figueroa Terrace|

Serge. C'est le doux petit nom du synthétiseur analogique qui ne quitte jamais le néerlandais basé à Berlin Thomas Ankersmit. Un peu comme Yoshio Machida avec son EMS Synthi AKS. Ankersmit qui est de la génération montante de la musique expérimentale électronique n'a pas du hésiter très longtemps quand on lui a proposé d'enregistrer un disque avec le Black Serge System restauré, customisé et ce par le CalArts Electronic Music Studio de Los Angeles qui l'a développé dans les années 70. Il fallait être idiot pour refuser de manipuler ce genre de bestiole. Figueroa Terrace qui n'est qu'une seule et même pièce est la représentation des expériences menées par Ankersmit sur ce bel objet. Une création de trente six minutes qui fait la part belle aux distorsions les plus diverses qu'elles soient agressives ou plus légères, des glitchs vivaces, modulant les fréquences et se réfugiant la plupart du temps dans un minimalisme aiguisé. Visiblement, Thomas Ankersmit a une préférence assez prononcée pour les environnements hostiles et inquiétants. Du moins sur Figueroa Terrace, il tente une exploration risquée qui va au-delà de la simple expérience clinique et schizophrène qu'on a trop l'habitude d'entendre. Cette longue pièce développe différentes humeurs, différentes approches qui ne vous mettent pas dans une situation forcément idéale. Thomas Ankersmit n'est pas de ceux qui souhaitent vous installer dans un confort de circonstance. Ici, le néerlandais construit, déconstruit, concasse les sons tout en formant un ensemble cohérent et solide. C'est tout le sens de l'expérimentation telle que l'on peut le concevoir. Celle qui bouscule les a priori et les habitudes. En ce sens ce disque est une réussite. Pour autant, on devine aisément que Thomas Ankersmit n'a pu faire le tour du Black Serge et il lui faudrait certainement plus de temps pour un peu plus l'apprivoiser. Cependant, est-ce qu'on peut dire qu'on a exploité toutes les possibilités d'un instrument, quel qu'il soit ? Ce serait le limiter et limiter tout autant les capacités de création de l'homme. Tant que celle-ci ne se donnera aucune limite, il se trouvera toujours quelqu'un pour donner une dimension nouvelle à l'instrument et le pousser au-delà de ce que notre imagination prévoit. C'est sans doute pour cela que l'on voit resurgir de vieilles machines que l'on croyait obsolètes. En fait, il n'y a rien d'obsolète, il n'y aurait que des gens sans esprit créatif.

note : 7.5

par Fabien, chronique publiée le 04-09-2014

A voir également :

http://www.thomasankersmit.net/

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