.:.Chronique.:.

Pochette

Johannsson, Johann

Prisoners (Original Motion Picture Soundtracks)

[Water Tower Music::2013]

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Il est rare que l'on se penche sur les musiques de films mais pour Johann Johannsson nous sommes prêts à faire une exception. D'une manière générale, c'est une exception qui devrait disparaître tant les musiques de films sont souvent négligées dans les espaces critiques qui sont les nôtres. Et pourtant, ces musiques prennent souvent des places importantes dans l'imaginaire populaire non pas parce qu'elles puissent être facilement identifiables comme n'importe quel morceau pop mais aussi parce qu'elles sont définitivement associées à des films qui sont passés eux aussi à la postérité. Elles traversent généralement le temps et quand bien même elles sont représentés par un milieu assez fermé, elles sont souvent le fait de compositeurs (et parfois interprètes) incontestés. Et pourtant ce ne sont pas elles qui trustent les premières places, sont mises en avant. Il faut dire qu'elles n'ont pas le format pour. On ne le constate que trop dans cette bande originale pour le film Prisoners de Denis Villeneuve. Johann Johannsson, que l'on a déjà rencontré dans Evil Madness, n'en est pas à son premier coup d'essai dans ce registre. Ici, nous sommes quelque peu dans le cadre de la variation de thème, comme cela se fait souvent dans les musiques de films. Sans le moyen le plus adéquat pour coller à la dramaturgie du long métrage. De fait, Johannsson déploie une musique de genre assez typique au pathos assez fort et qui fonctionne à plein régime. Eloge de la lenteur, éloge de la dramatique, éloge de l'émotion à fleur de peau. Denis Villeneuve ne pouvait sans doute pas mieux trouver en la personne de Johann Johannsson pour illustrer Prisoners. Même si on a l'impression de répétition (sentiment qui est d'ailleurs incontournable ici), le travail de variation est à tous points admirable. On pourra trouver ce disque assez classique dans son ensemble mais il à une idée très nordique de la musique contemporaine. En premier lieu c'est à Arvo Pärt que nos pensées vont en premier. Difficile de croire que Johannsson n'ait pas baigné dans cet univers là. Géographiquement parlant, on peut redescendre aussi un petit peu et avoir à l'esprit l'œuvre de Henryk Gorecki. Qu'il soit dans l'intime, l'introspection ou quelque chose de plus volumineux et pesant, Johann Johannssonn impressionne avec une musique qui peut être à la limite de l'anxiogène. Le tout fonctionne parce qu'il sait ne pas aller trop loin dans le pathos. Il s'arrête à cette frontière où l'on sait qu'au-delà tout n'est qu'exagération et litanies d'un larmoyant inutile. Johannsson est dans la justesse, une émotion froide et c'est tout ce qui était nécessaire ici.

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 17-06-2014

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http://johannjohannsson.com/

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