.:.Chronique.:.

Pochette

Forcucci, Luca

Fog Horns

[Sub Rosa::2013]

|01 Fog Horns|02 L'écume des jours|03 Winds|

A chaque fois que l'on épluche le vécu artistique de sculpteurs sonores comme Luca Forcucci on a l'impression d'avoir affaire à des ingénieurs ou des universitaires qui n'ont pas quitté leur amphi ou leur bibliothèque depuis trop longtemps. Cela en devient un peu austère et trop peu séduisant. Ca donne presque le sentiment de lire le mode d'emploi d'un système d'exploitation informatique. Ca fait rarement envie. Les plus critiques diront certainement que ce que fait un type comme Luca Forcucci ne s'adresse qu'à une élite ou une catégorie de gens qui estiment en faire partie mais que, dans le fonds, cette musique n'a que peu d'intérêt. Alors, bien sur, Luca Forcucci, italo-suisse de son état, est passé par bon nombre d'organismes dont le GRM (Groupe de Recherches Musicales) ou la BNF mais plutôt que de s'arrêter sur ce qui a déjà été fait, attardons nous sur le présent et ce disque qui est l'incarnation de ce qui a occupé son esprit depuis quelques années déjà. Fog Horns ne se démarque peut-être pas spécialement des autres productions du même genre même si celui-ci répond à une logique personnelle de son auteur. En effet, Luca Forcucci a toujours axé ses travaux musicaux autour de la perception des choses et de la conscience de ceux-ci. Ajoutez à cela un intérêt qui n'est pas moins grand pour la danse, la poésie, l'architecture et les neurosciences vous pouvez avoir un aperçu de ce qu'il peut produire.

Fog Horns est ainsi composé de trois longues pièces qui sont marqués différents rythmes digitaux et du field recordings qui tend à imprimer un style ambiant. Un ensemble sonore de paysages imaginaires qui a germé dans son esprit après un voyage qu'il a réalisé au moment où il a quitté San Francisco. Pendant les douze heures d'avion il a entendu différents sons qu'il a eu du mal à analyser ne sachant pas vraiment si ils étaient réels ou si il les avaient rêvés. Ces sons étaient ces fameuses cornes de brouillard. En tout cas, c'est devenu une obsession pour lui au point d'en devenir le point central de son travail. Fog Horns en est l'incarnation de ce qu'il a ressenti auquel il a rajouté des touches de violoncelles (réalisées par Michael Kott) ainsi que des effets de découpage et d'echoplex (construits, eux, par Goo Le Gooster). Fog Horns n'est peut être pas une œuvre majeure mais elle dégage ce pourquoi elle a été réalisée. Ce disque montre, en effet, des paysages fantomatiques nimbés de ce brouillard épais qui laisse, a celui qui s'en trouve entouré, venir à soi tous les sons les plus immédiats et lointains à défaut de voir complètement à quoi ils correspondent. L'effet produit par ces trois pièces est immédiat et tout à fait enchanteur. Comme quoi, c'est bien sur la musique qu'il faut se concentrer et pas forcément sur les gens qui la font. C'est quasiment secondaire.

note : 7.5

par Fabien, chronique publiée le 11-02-2014

A voir également :

http://lucaforcucci.wordpress.com/

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