.:.Chronique.:.

Pochette

This Heat

Deceit

[These Records::1981]

|01 Sleep|02 Paper Hats|03 Triumph|04 S.P.Q.R.|05 Cenotaph|06 Shrink Wrap|07 Radio Prague|08 Makeshift Swahili|09 Independence|10 A New Kind of Water|11 Hi Baku Sho (Suffer Bomb Disease) |

Le second et dernier album de This Heat est l'archétype même du disque culte. En fait, les deux albums de This Heat sont cultes mais Deceit l'est sans doute plus que This Heat qui était dans un tout autre registre. Deceit survient alors que le groupe formé par Charles Hayward, Charles Bullen et Gareth Williams ne parvient pas à convaincre au-delà du cercle assez restreint des journalistes et de quelques amateurs. Formé en 1976, This Heat avait été encouragé dès l'année suivant par feu John Peel (avec qui ils ont fait deux sessions qu'on retrouve aujourd'hui sur disque) afin qu'ils sortent rapidement quelque chose de concret sur le support adéquat. Enfin rapidement, ne fut pas le mot d'ordre du trio qui mit pas mal de temps avant de sortir leur premier opus. Celui-ci fut couvert de critiques dithyrambiques mais ne connut pas de succès commercial. Il faut dire que c'était un disque assez difficile d'accès et assez expérimental dans le fonds (utilisation de musique sur bandes, boucle sonores etc...). Deceit, trois ans plus tard, donnait une nouvelle orientation au groupe. Sans doute plus facile à l'écoute mais pas moins exigeant quant à la violence de la démarche du groupe. En effet, This Heat n'avait-il pas comme slogan : « Alerte rouge vingt-quatre heures sur vingt-quatre » ? Cela donnait le ton.

Véritable brûlot post-punk (bien que très varié dans son approche globale), Deceit fut aussi très remarqué par la brutalité des textes à portée éminemment politiques et critiques par rapport au « consumérisme de masse » selon le mot de Philippe Robert (cf ses ouvrages Post-Punk, No Wave Indus & Noise et Musiques expérimentales chez Le Mot et le Reste). This Heat a tout du groupe agressif même si sa musique ne l'est pas forcément. Et celle-ci garde encore aujourd'hui toute sa pertinence. Les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas mais là n'est pas l'essentiel chez This Heat. Ce qui est intéressant c'est la structure même des morceaux qui gardent encore un esprit expérimental en y intégrant des influences krautrock, dub, musique concrète, rock, post-punk, bruitisme divers. Chaque morceau est un choc non pas par la puissance sonore mais bien parce qu'ils dégagent comme malaise mais aussi comme fascination. Là encore, il n'est pas étonnant que Deceit n'ait pas su trouver son public à l'époque. Il est de ceux qui prennent de l'ampleur et une aura incontestable avec le temps. This Heat ne profitera pas de cette notoriété tardive puisque le groupe se séparera en 1982. Même si d'autres disques sortiront par la suite (des lives, les Peel Sessions et un album en 1993 du nom de Repeat qui ne contenait que des morceaux inédits enregistré du vivant du groupe), la légende de This Heat se construira autour de leurs deux seuls lp mais aussi de leurs performances lives qui, aux dires de ceux qui les ont vécu, furent inoubliables.

note : 10

par Fabien, chronique publiée le 29-05-2013

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