.:.Chronique.:.

Pochette

Martinez, Israel

The Minutes

[Aagoo Records::2013]

|01 Borrados|02 Obliques conjectures|03 Tribonera|04 Lamira|05 Sada|06 Xiriah|07 Bohemia|08 Ojodeagua|09 Tosho|10 Tabula Pacifico|

Plus le temps passe et plus je me rends compte que je ne serai jamais rassasié et que la nature humaine fait que même dans des temps de crise qui sont annoncés avec fracas, la création sera toujours une réponse à la dépression et aux oiseaux de mauvais augure. Si on ne prend que la crise du disque en tant que telle, on ne peut que constater que cela n'a pas causer une crise des vocations. Bien au contraire. Si on entend toujours les mêmes merdes à la radio et que les majors en viennent à réduire leur catalogues ainsi que les risques, les artistes prennent de plus en plus conscience que d'autres voies sont explorables même si elles ne garantissent rien. Certes, aujourd'hui, les labels ne vivent pas mais survivent et, pour beaucoup cela relève de l'exploit quotidien. Ceci dit, et c'est ce qui est paradoxal dans l'affaire, c'est que l'offre (si tant est qu'on puisse parler d'offre) se multiplie et n'a jamais été aussi forte. Etant donné que les radios (enfin une bonne partie d'entre elles) ne remplissent plus leur rôle, que la télévision en est réduit au strict minimum c'est à dire pas grand chose, et que les majors se recroquevillent sur elles mêmes, les artiste et les labels indépendants se sont tournés vers les réseaux internet pour avoir l'exposition qu'ils ne peuvent avoir ailleurs. Tout ça pour dire qu'on n'en finit plus de voir des nouvelles têtes, découvrir des artistes dont on n'avait pas idée, se rendre compte que cela en a décomplexé plus d'un et ce pas toujours pour le bien être de nos oreilles. En soit, internet reste une réelle révolution pour la diffusion artistique. Alors, tomber sur un type comme Israel Martinez, comme sorti de nulle part et le prendre comme un artiste émergeant et se rendre compte qu'il en est à son septième album, que ce qu'il fait est formidable, il y a de quoi se dire qu'on peut avoir foi en l'avenir et que, finalement, il faut être sacrément con pour être encore blasé de la musique aujourd'hui.

Mais, revenons à Israel Martinez tout de même parce que The Minutes, son dernier album en date, sa quatrième réalisation pour le label Aagoo (il aura aussi sorti des choses sur Sub Rosa, Umor Rex, Abolipop et Musica Moderna), est une belle œuvre électroacoustique dont les pièces ont été composés entre 2011 et 2012 à Mexico. Cela a son importance car le thème de The Minutes tourne autour de cette ville et plus particulièrement de la violence qui y règne. En effet, Martinez rappelle dans les notes du disque que Mexico est gangrenée par les cartels de la drogue et que la politique gouvernementale pour éradiquer ce fléau est tout aussi violente que ceux qui sont censés être pourchassés faisant au passage de nombreuses victimes innocentes. Martinez avance alors le chiffre de 60 000 victimes pour la période 2006-2012. Ce disque est alors le relais d'une exaspération d'une partie de la population, voyant certains quartiers se dégrader et se vider alors qu'il existe des tentatives pour les faire revivre. Israel Martinez use alors du field recordings pour illustrer cette tension qui ne prend pas forcément la forme d'une brutalité sonore ou d'une rencontre musicale frontale. The Minutes explore plutôt une forme ambivalente où le calme se complète avec le bruit et le vivant. Pour autant, même si nous ne sommes pas dans une expérience totalement conflictuelle, il y a bien une tension qui s'installe qui va parfois même jusqu'à la déflagration bruitiste. Il ne s'agit pas pour Martinez de faire une musique complaisante ou larmoyante mais plutôt essayer de retranscrire ce qu'il perçoit de la réalité, de sa propre réalité. L'homme est doué, il n'y a pas de doute et The Minutes s'écoute d'une traite tout en passant par des stades émotionnels variés. Mais la variétés des formes et ce qu'elles apportent font partie du fait électroacoustique. Et dans ce registre Israel Martinez se défend plutôt bien.

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 23-05-2013

A voir également :

http://www.israelm.com/

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