.:.Chronique.:.

Pochette

Moon Lay Hidden Beneath a Cloud, The

Amara Tanta Tyri

[Arthur's Round Table / World Serpent::1994]

A une époque on faisait tout un foin d'un groupe comme Dead Can Dance. A juste titre d'ailleurs. Et aujourd'hui, alors que Lisa Gerrard et Brendan Perry se sont rabibochés, on en fait tout autant sinon plus. Pour autant, on oublie assez vite que le groupe a quelque peu popularisé un genre qui a fait de nombreux émules, parfois très secondairement, et d'autres qui ont pu se montrer plus passionnant que les Dead Can Dance eux mêmes. C'est sans doute le cas d'un groupe comme The Moon Lay Hidden Beneath a Cloud qui est loin d'être une copie conforme et qui aura ouvert de nouvelles portes malgré une vie relativement courte. Si les deux groupes ont un attrait particulier pour les musiques anciennes et notamment médiévales, peut noter de nombreuses différences entre eux. Tout d'abord au niveau du chant. Il est évident que le chant d'Alzbeth est à des années lumières de celui de Lisa Gerrard. Alzbeth, est plus dans la retenue et a une palette vocale certainement moins étoffée. Le rôle d'Albin Julius, lui se cantonne à l'élaboration de la musique alors que Brendan Perry est partie prenante à tous les niveaux. En ce qui concerne la musique en tant que telle, The Moon Lay Hidden Beneath a Cloud se rapproche clairement du folk apocalyptique sans jamais l'embrasser totalement. Le duo autrichien est clairement accaparé par les thématiques médiévales et rien d'autre ne semble les intéresser.

Sur ce second album, The Moon Lay Hidden Beneath a Cloud développe une musique plus variée que sur le premier opus, utilisant ici pour la première fois des instruments acoustiques qu'ils ont eux mêmes fabriqués à partir de modèles du Moyen Age. C'est aussi l'occasion pour eux d'expérimenter l'ajout de samples dont l'un est facilement reconnaissable et fort à propos. En effet, le duo utilise l'extrait de la procession de flagellants que l'on voit dans le Septième Sceau d'Ingmar Bergman. Scène à laquelle assiste le chevalier Antonius Block, interprété par Max Von Sydow, qui a entamé une partie d'échec avec La Mort afin de repousser son propre trépas. Il n'est pas hasardeux non plus que le groupe ait utilisé comme pochette cette représentation d'une sarabande macabre. Avec des tendances souvent martiales, The Moon Lay Hidden Beneath a Cloud tente de représenter cet imaginaire médiéval où la mort, les épidémies de peste, les illuminations religieuses, la guerre, le sentiment amoureux etc... forment une sorte de mystique qui dépassent le simple cadre de l'évocation historique. Ainsi, The Moon Lay Hidden Beneath a Cloud ouvre une brèche et ne se contente jamais de répéter les mêmes formules. C'est aussi pour cela qu'il n'y a jamais chez eux de titres à leurs morceaux car selon eux « les gens doivent avoir la liberté de faire leur expérience personnelle de la musique, de rencontrer leur propre imagination et de s'aventurer sans complexes dans leurs rêves » (interview du groupe en 1994 dans le n°42 de Glasnost).

Mais ce disque, déjà, préfigure aussi du futur d'Albin Julius. En effet, The Moon Lay Hidden Beneath a Cloud est avant tout basé sur la relation qui unissait Julius à Alzbeth. Cette relation ayant pris fin, cela sonnait également la fin du groupe. Entre temps, Albn Julius avait déjà mis sur pieds son nouveau projet en sortant en 1996 sous le nom de Der Blutharsch un premier disque tiré à un peu plus de 200 exemplaires. Certaines séquences de Amara Tanta Tyri, surtout les plus martiales, portent en elles la marque de ce que sera quelques années plus tard Der Blutharsch. De là à dire qu'Albin Julius avait déjà en tête de faire autre chose en dehors de The Moon Lay Hidden Beneath a Cloud, ce serait aller un peu vite en besogne. En tout cas, Amara Tanta Tyri apparaît comme l'une de leur plus belle réalisation, si ce n'est la meilleure.


The Moon Lay Hidden Beneath A Cloud - XXI par Solis-

note : 9

par Fabien, chronique publiée le 20-02-2013

p.s. : Cette chronique doit beaucoup au livre d'Andreas Diesel et de Dieter Gerten, Looking for Europe, Néofolk & Underground, Camion Noir, 2008.

A voir également :

http://www.derblutharsch.com/

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