.:.Chronique.:.

Pochette

Zorn, John

Locus Solus

[Eva Records::1983]

Les gens les plus influents ne sont pas forcément les plus exposés. John Zorn est sûrement l'un d'eux. Zorn n'est pas un illustre inconnu mais il n'est pas connu non plus du grand public du fait de la musique qu'il pratique. Enfin les musiques parce que le new-yorkais ne s'est jamais cantonné à un seul style. S'il est généralement classé dans l'avant-garde (ce qui est assez pratique tant le terme peut accueillir tout et n'importe quoi) il a quand même touché à pas mal de genres différents. Du jazz klezmer, au punk hardcore, au free jazz, au trash, à l'impro, au contemporain, et la liste pourrait être longue, John Zorn est tout simplement un type qui se sent bien dans les musiques dites difficiles. En tout cas, son influence aujourd'hui est telle (et on ne parle même pas de l'importance qu'a prise son label Tzadik sur lequel sont ressortis la plupart de ses anciens disques) qu'il est considéré comme l'un des papes de l'avant-garde de ces trente dernières années. En effet, le bonhomme a sorti son premier disque au tout début des années 80 (ses premiers enregistrements, eux, datent des 70's) et Locus Solus montre à quel point que dès ses débuts il n'avait aucunement l'intention de faire les choses comme tout le monde et de rentrer bien gentiment dans les cases.

En l'occurrence, Locus Solus est un disque difficile à suivre, représentant cinq sessions d'enregistrements (dont un live) avec un personnel évidemment changeant mais d'une qualité qui ferait pâlir n'importe quelle formation de musique oblique. Jugez plutôt : Arto Lindsay, Anton Fier, Peter Blegvad, Christian Marclay, Wayne Horvitz, Ikue Mori, Whiz Kid et M.E.Miller. Pour autant, avec un tel plateau, John Zorn n'est pas allé avec le dos de la cuillère et n'a rien fait pour adoucir les mœurs. Accumulation de courts morceaux improvisés où free jazz rencontre allègrement rap, noise, instants dadas, un état schizophrénique permanent et fatalement sur le fil du rasoir, voilà ce qu'est finalement Locus Solus. Inutile de dire que ce disque ne fait pas l'unanimité dans la discographie très fournie de John Zorn. S'il peut être éprouvant de l'écouter en entier, il n'est certainement dénué d'intérêt. En fait, c'est sans doute l'un de ses disques les plus sous-estimé. Ce n'est pas parce que l'ensemble nous paraît des plus abstrait et tend vers une sorte de chaos sonore que Locus Solus est du gros n'importe quoi. Ce serait alors ne rien comprendre à la musique improvisée ou alors c'est être complètement réfractaire à ce genre. Locus Solus est un disque débridé mais dont les qualités sont nombreuses et est moins fourre tout qu'on veut bien le croire. Seulement, il faut dépasser le stade du rejet du fait de la difficulté de l'écoute de cet album. En étant dans de bonnes conditions, Locus Solus, se révèle être l'une des clés essentielles pour comprendre l'œuvre de John Zorn.

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 03-10-2012

A voir également :

http://www.tzadik.com/

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