.:.Chronique.:.

Pochette

Gilbert, Bruce

In Esse

[Mute::1997]

|01 Soli|02 Bassi|03 Muzi|

Des membres de Wire, Bruce Gilbert n'est pas forcément le plus connu. Même s'il n'en fait plus parti aujourd'hui, il a quand même façonné, avec ses camarades, le son Wire, faisant passer le groupe comme l'un des plus important de ces trente dernières années. Pour autant, l'activité de Bruce Gilbert ne s'est pas arrêté au seul Wire. Depuis la fameuse trilogie Pink Flag/Chair Missing/154, Gilbert s'est largement diversifié menant d'autres projets comme Dome, Duet Emmo, Cupol, P'o ou IBM, s'associant ou collaborant avec de nombreux autres (AC Marias, Robert Hampson, Paul Kendall, Ron West...) poussant l'expérimentation jusqu'à son paroxysme. Ses albums solo sont également non négligeables et In Esse est sans l'un des plus saisissant.

Il n'y a pas d'explication, pas de notes, ou de livret dans ce disque qui peut amener à comprendre la démarche de Gilbert pour In Esse si ce n'est cette suite de mots : « psycho-eclectic-extraction ». En fait, ils suffisent à eux même quand on les associe à la musique et on comprend quel sens a voulu leur donner Bruce Gilbert. Largement axé autour d'expérimentations noises, In Esse met effectivement en lumière une construction psychotique, éclectique et qui semble extraire des sons bruts dont on ne sait quel obscure endroit et il les martèle, les associe, les rentransforme pour batir des morceaux frontaux, résolument aggressifs. De fait, In Esse n'est pas un album pour les esprits cartésiens ni même pour les gens qui aiment que les angles soient arrondies.

Pour autant, on aurait pu croire que l'écoute de In Esse soit une expérience douloureuse. Curieusement, il n'en est rien. Cela reste difficile, tendu, oppressant mais on arrive à suivre sans connaître le moindre sentiment de malaise. Du moins, si il y a malaise il n'est pas persistant et on se fonds dans un décor qui n'est manifestement pas fait pour libérer l'esprit mais plutôt pour le garder toujours en alerte. Bruce Gilbert, avec ses triturations douloureuses, réussi là en quelque sorte un coup de maître. Pendant trois quart d'heure Soli martèle et pilonne sous le thème de la variation noise, Bassi, drone grisonnant, sonne comme un interlude nécessaire et Muzi, autre drone, plus lumineux celui-là, se pose comme un monolithe pacificateur mais qui annonce nullement la fin de toute chose. In Esse s'achève dans un calme relatif mais qui ne saurait être définitif. On sait à présent que In Esse a eu des successeurs tout aussi inquitétants et, à vrai dire, on ne demandait que ça.

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 04-06-2012

A voir également :

http://www.pinkflag.com/bruce-gilbert.php

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